Avec 2 géniteurs de cette trempe, ce petit film mineur avait tous les atouts en mains pour faire des étincelles. Cartes maîtresses que ne gâche Don Siegel, qui réalise un excellent polar d'aventure, un suspense maritime, dont une bonne moitié se déroule sur un petit yacht.
L’histoire ? Sam Martin (Audie Murphy) tente de joindre les 2 bouts en promenant sur son bateau (qu'il n'a pas fini de payer) de riches clients amateurs de la pêche au gros. Il va se trouver embarqué malgré lui, dans un trafic d'armes entre les Etats Unis et Cuba, pendant la guérilla castriste
Film rythmé, bourré de péripéties et de rebondissements, Gun Runners bénéficie d’un beau casting qui s’appuie lui même sur des personnages hauts en couleurs, convaincants et très bien dépeints.
Audy Murphy joue sobrement, presque discrètement, le rôle d'un brave gars amoureux de la mer. Mais dès qu’il s’agit d’empoigner brusquement une sulfateuse, on comprend mieux comment il est revenu du front européen le torse couvert de médailles. Son regard toujours un peu mélancolique, contraste avec la jeunesse de son visage poupin.
Son épouse Lucy Martin est incarnée par Patricia Owens. Le couple respire la joie de vivre et la sensualité. Les 2 tourtereaux n'arrêtent pas de se taquiner pour mieux se sauter dessus. Le rôle de Lucy prouve encore une fois encore que les personnages féminins des polars, et plus généralement des films de genres des années 50, étaient loin d'être des oies blanches timorées, comme le sous-entendent certains "critiques", pour qui le cinéma classique américain rime avec femme au foyer, population coincée sous un carcan puritain et sexualité réprimée.
Bien sur, on ne dépasse pas le stade des discours et des regards, mais cette Lucy n'a rien d’une potiche frigide.
Autre personnage clé: Hanagan, campé par l'excellent Eddie Albert. C'est le méchant de l'histoire. Trafiquant d’armes richissime, son pouvoir financier le rend odieux et particulièrement cynique sur les rapports humains entre dominants et dominés, face à un gars qui a désespérément besoin d'argent pour rembourser les traites de son bateau. Et le pire, c’est qu’il n'est pas loin de la réalité. Insolent, impertinent, mais pragmatique en somme.
Il est accompagné d'une superbe donzelle, Eva (la blonde Gita Hall), qui elle aussi est chaude comme la braise, à voir la façon dont elle allume le brave Sam Martin , non seulement pour faire diversion, mais aussi et surtout par pure attirance physique.
On croise également l'alter-ego de Walter Brennan en la personne d'Harvey (Everett Sloane), vieille ganache alcoolique, rouspéteuse mais fidèle en amitié, dont les initiatives manquent d’avoir des conséquences désastreuses.
Pour couronner le tout, le strabisme torve de Jack Elam vient mettre son grain de sel dans ce jeu de quille.
Ce beau monde va donc se trouver embarqué au sens propre, dans une aventure trépidante, rythmée par des dialogues hard-boiled, des réparties ironiques et secouée par une belle fusillade finale.
The Gun Runners en DVD ? Encore un petit bijou oublié des éditeurs. C’est vrai qu’entre les sorties de Plus belle la vie, Chouchou et Sous le soleil, le temps manque.












