[01/11/2020] Brick de Rian Johnson (Studiocanal)

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pak
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[01/11/2020] Brick de Rian Johnson (Studiocanal)

Message par pak » 25 oct. 2020, 16:18

La nomination de Rian Johnson aux commandes du Star Wars huitième du nom (Les Derniers Jedi) en a surpris plus d'un, dont moi, connaissant le travail de l'auteur par ailleurs, à des années lumières, si je puis dire, du monument préfabriqué de l'usine Lucas ou désormais Disney (mais on reste dans le même niveau de superficialité blindée de dollars).

En effet, Rian Johnson a un univers propre, complètement décalé, avec un pied dans le réel, et un autre ailleurs. Il suffit de (re)voir ses films Une arnaque presque parfaite (The Brothers Bloom), film d’escroquerie complètement loufoque sorti en 2008, bourré de références, à la bonne humeur contagieuse, même si on ne comprend au final pas tout ce qui se passe à l'écran, ou Looper, film de science-fiction sorti en 2012, au passage peut-être l'un des seuls (le ?) films de Bruce Willis regardables depuis le début des années 2000, là encore un scénario original qui s'appuie sur un thème codifié, ici le voyage dans le temps, pour partir dans l'inédit, à savoir l'envoi d'un tueur dans le passé pour s'éliminer lui-même. Ces deux films ont en commun de détourner un thème bien connu sur la base d'un scénario dense.

Et son premier film, Brick, est leur parfait prototype, tellement parfait qu'il est même meilleur que ses films suivants. Brick, c'est le télescopage entre deux genres bien connus et exploités aux États-Unis, mais dont l'âge d'or est décalé de plusieurs décennies : le film noir et le film d'ado dans son milieu universitaire.

Johnson réussit ni plus ni moins le mariage des deux, insérant du Dashiell Hammett dans un film de John Hughes ! Cela donne à la fois un film référentiel dans lequel les figures imposées des deux genres se croisent (le détective loser qui met son nez où il ne faut pas, la bimbo, la femme fatale, la brute sportive, la guerre de gangs... ) et un film au ton original.

Le film est construit comme une spirale qui va de mal en pis à mesure que l'enquête avance, avec des conséquences dramatiques mais pas sans 'humour, désenchanté. L'intrigue échafaude les fausses pistes dignes d'un Faucon maltais, c'est-à-dire à la limite de la compréhension parfois.

Le film révèle aussi Joseph Gordon-Levitt dans son premier grand rôle après une longue carrière d'enfant acteur. Brick a été multi-primé dans divers festivals américains, obtenant entre autres un prix spécial du jury au Festival du film de Sundance de 2005, et il a aussi été primé en France au Festival du film policier de Cognac de 2006 en remportant le Prix "Sang neuf".

Évidemment, comme tout film atypique, il risque de déplaire et à ceux qui pensent découvrir un film policier bourré d'action, et à ceux qui s'attendent à un film noir classique. Mais si vous aimez être surpris comme je l'ai été lors de sa découverte en salles à sa sortie, alors il y a des chances qu'il vous plaise aussi.

La sortie du film en Blu-ray (une édition DVD existait déjà depuis le 05/03/2007) par Studiocanal en novembre redonnera une petite chance à ce film pas loin d'être culte, hélas passé inaperçu en France car sorti en plein milieu du mois d'août 2006...


Film proposé en VOST et VF. Aucun supplément.


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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

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