[18/04/2019] 8 millions de façons de mourir (BQHL Éditions)

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pak
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[18/04/2019] 8 millions de façons de mourir (BQHL Éditions)

Message par pak » 19 avr. 2019, 13:48

Voilà un film malmaimé des années 1980 qu'on n'attendait plus, ne serait-ce qu'en DVD. Et nous voilà gratifiés d'un combo Blu-ray / DVD.

Après La Veuve noire sorti fin janvier, BQHL Éditions nous propose donc cette autre perle (maudite) du thriller estampilé eighties, 8 millions de façons de mourir (8 million ways to die), très beau titre soit dit en passant, sorti en 1986.

Un film hybride, entre film d'auteur et polar désespéré mais furieux, écartelé entre deux visions, l'intimisme bavard du réalisateur, Hal Ashby, et la furie hargneuse de l'écriture du scénariste Oliver Stone. L'association des deux va aboutir à des moments assez contrastés.

Hal Ashby, c'est Harold et Maude, La Dernière corvée, En route pour la gloire, Bienvenue Mister Chance... de beaux films, mais surtout empreints de mélancolie, photographiant la société américaine des années 1970 et post-guerre du Vietnam. Oliver Stone, lui, est sur le point d'exorciser ses démons vietnamiens à l'écran avec Platoon. Auparavant, il aura signé les scénarios de quelques films marquants comme Midnight Express, Conan le Barbare, Scarface ou L'Année du dragon, qui ont en commun la violence et la brutalité presque sauvage des relations entre les personnages, projets qui ont trouvé un prolongement de la vision du scénariste dans les personnes respectivement d'Alan Parker, John Milius, Brian de Palma et Michael Cimino.

A lire ces quatre noms, on ne peut que rester étonné que dans la continuité de ces films, celui d'Ashby apparaisse, alors que ce dernier est loin, bien loin, de l'univers fracassé et épique des quatre autres. Et le résultat est pour le moins surprenant, voire déséquilibré. Entre le violent début et la conclusion sauvage, se dilue une longue période de développement des enjeux dramatiques, que d'aucuns pourraient trouver ennuyeux, ce qui a été vraisemblablement le cas puisque le film fut un cuisant échec commercial, et aussi critique, ce qui envoya Ashby à la télévision où il aurait pu attendre tranquillement la retraite, mais il décèdera hélas en 1988 d'un cancer.

Ceci dit, on aurait tort de bouder ce film, déjà parce qu'il dégage une réelle atmosphère de néo-polar désespéré telle qu'on pouvait la ressentir dans certains films de l'époque (Police fédérale Los Angeles, Un été pourri, Sans pitié, Mort à l'arrivée... ), renvoyant un miroir déformant à la société triomphante et clinquante des yuppies bouffis de dollars et de cocaïne.

L'autre raison de voir ce film est l'interprétation de Jeff Bridges, qui, depuis le début des années 1970, a déjà un parcours cinématographique assez enviable malgré quelques ratés (le remake de King Kong, l'échec monumental de La Porte du paradis), et qui joue ici un ex-flic traumatisé tombé dans l'alcool. Rarement on aura vu une déchéance de policier poussée aussi loin tout en ne rendant pas le personnage repoussant, Birdges dégageant presque malgré lui une empathie dès que l'ombre d'un sourire se dessine à la commissure des lèvres. Citons aussi Andy Garcia très à l'aise dans l'arrogance.

Certes un film bancal, certes une demie-réussite, mais qui mérite une redécouverte, d'autant qu'un tel film n'est plus guère possible de nos jours de par les thèmes qu'il traite. Même à Hollywood, il y avait une certaine liberté de ton dans les années 1980 qu'on a définitivement perdu.


Dommage que le Blu-ray de BQHL n'ait pas le moindre bonus. VOst et VF incluses, mais à voir en VO pour éviter les accents à la con de la VF, notamment celui ridicule du doublage de Garcia (voir la bande-annonce en français), de quoi tuer un film. A noter que le DVD n'est pas proposé seul.



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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

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