Étrange mariage - When Strangers Marry - William Castle - 1944

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kiemavel1
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Étrange mariage - When Strangers Marry - William Castle - 1944

Message par kiemavel1 » 19 oct. 2017, 01:07

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La jeune et naïve Millie, toute droit venue de son Ohio natal, arrive à New-York pour y retrouver Paul, son mari épousé quelques semaines plus tôt. Elle travaillait alors comme serveuse dans un restaurant, avait été séduite par un représentant de commerce et après seulement 3 ou 4 brèves rencontres l'avait épousé. Arrivée à l'endroit convenu, un hôtel, son mari demeure pour un temps introuvable. Elle signale donc sa disparition aux services de police. Au cours de leurs recherches, ceux ci en viennent à soupçonner Paul d'être l'auteur d'un crime commis quelques jours plus tôt à Philadelphie. Millie n'en croit d'abord rien, puis fini par éprouver des doutes sur la véritable personnalité d'un homme qu'elle ne connait pas vraiment. Elle part à sa recherche, aidée par Fred Graham, un autre représentant de commerce et - par ailleurs- ex petit ami de la jeune femme...
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Le scénario recycle dans le thriller un phénomène social bien réel et exploité plusieurs fois au cinéma, les mariages dans l'urgence, les mariages express en temps de guerre. On en aura aussi l'illustration notamment dans Les plus belles années de notre vie avec le mariage raté des personnages interprétés par Dana Andrews et Virginia Mayo ou bien, pour rester dans le film noir, dans L’aventurière de San Francisco où Kay Francis dirigeait un gang de femmes qui détournait la solde des GI qu'elles épousaient.

Ici, la douce Millie, interprétée par la "Girl Next Door" Kim Hunter, qui est tout à fait crédible en provinciale un peu perdue dans New-York, découvre à sa grande frayeur que le quasi inconnu qu'elle a épousé (elle est par exemple incapable de décrire au policier qui l'interroge si Paul a des défauts physiques et elle en est gênée ...) est peut-être un assassin. Plongée dans un environnement urbain pour elle infernal, et en tout cas très loin de son environnement familier, elle va devoir affronter cette situation presque seule et ce dépaysement, cette solitude, et surtout ses angoisses intimes vont se traduire parfois de façon très violente. Cette situation donne l'occasion à Castle de filmer au moins une séquence cauchemardesque dont il a le secret.
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Malheureusement Castle multiplie aussi, parfois artificiellement, les motifs d'inquiétudes éprouvés par Millie au sujet de son mari. On ne comprend pas toujours les raisons qui poussent Paul à utiliser de fausses identités, à se confiner dans le noir, à fuir toutes relations sociales, etc...D'autre part, en terme de mise en scène, on est assez loin des recherches d'un film ultérieur de Castle : Une balle dans le dos (Undertow) mais on trouve déjà ce qui fait le charme - et la limite- de ses films noirs. Castle ne manquait pas d'imagination et ses histoires recèlent des petites trouvailles, des petits détails inattendus mais bien souvent ses tentatives ressemblent à une façon artificielle d'assaisonner le suspense pour combler les insuffisances du scénario ; et pourquoi pas d'ailleurs, mais ici certains effets tombent à plat ou retombent très vite et lorsqu'ils fonctionnent un peu, ils ressemblent à ces bizarreries qui rendirent célèbres le metteur en scène plus tard, à partir de la fin des années 50. Il use en tout cas de tout un tas de trucs assez faciles mais cependant parfois un peu amusants.
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Le film s'ouvre par le meurtre. On entend les rugissements d'un lion (bien réels, mais c'est pas celui de la MGM...C'est presque pareil, c'est la Monogram ! ). C'est en effet un masque de lion que porte l'homme ivre qui participe à une convention de représentants à Philadelphie que suit le metteur en scène au milieu d'une foule de fêtards. Il rit aux éclats, tentent de blaguer, propose d'offrir un verre à toute l'assistance composée...d'un seul homme qu'on verra toujours de dos et on remarque qu'il exhibe un peu imprudemment une grosse liasse de billets de banque. Le lendemain matin, la femme de ménage commence son travail dans la chambre de cet homme. La radio diffuse un programme de remise en forme et tout en nettoyant la chambre, la femme s'adresse au cadavre assis sur un fauteuil. Elle ne parait nullement surprise que l'homme porte toujours sur la tête celle de lion qu'il portait lors de la fête de la nuit précédente. Mais ses questions restant sans réponses, elle soulève la tête de lion et s'aperçoit que le vieil homme est mort étranglé au cours de la nuit. Tout ceci est assez typique de Castle et il continue...

Plus tard, quand Millie passe sa 1ère nuit à N-Y, incapable de dormir sans nouvelles de son mari, une lumière crue et violente, la lumière brutale des néons d'une boite de nuit, éclairera soudain son visage. La scène est accompagnée d'un effet sonore assourdissant illustrant son impression de provinciale confrontée aux réalités de la vie dans une grande ville. Un peu plus tard encore, Paul apparaitra à Millie, puis disparaitra derrière la vitrine d'un restaurant éclairée uniquement par la lumière clignotante d'un néon. Plus loin, c'est le mari, Paul qui sera pris de frayeur et sursautera lorsque, alors que Millie est dans ses bras, il croiera que c'est elle qui évoque le crime commis dans l'hôtel, alors qu'en réalité la voix qui raconte les faits sordides est celle d'un voisin en train de lire un journal sa fenêtre ouverte. D'autres scènes assez brillantes en apparence participent au sentiment d'assister à une sorte de catalogue de scènes d'angoisse sans réelle unité et surtout mises bout à bout dans un scénario peu cohérent. Je peux citer en exemple une scène dans un taxi collectif où un couple en fuite se retrouvera - sans raison- sous les regards soupçonneux des co-voyageurs, provoquant la panique de l'homme et leur fuite. Une autre scène nocturne dans laquelle les images cauchemardesques et les personnages terrifiants viendront matérialiser les terreurs de Millie lorsqu'elle traversera un tunnel....et enfin, le final n'est pas non plus une grande réussite. On sent venir le dénouement de très loin et surtout le Climax est assez médiocrement amené, filmé et joué (...car Bob n'était pas encore tout à fait le grand Bob de Cape Fear ou de Night of the Hunter).
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En revanche, d'autre moment sont plus heureux. On peut voir un signe d'anti-raciste dans le fait que le couple en fuite, après avoir craint et évité tous les lieux publics, trouvera refuge dans une boite dont toute la clientèle est noire. Après un très bref silence et le coup d'oeil simultané de toute l'assistance lorsque le couple rentrera dans la boite, la soirée suivra son court comme si de rien n'était (A signaler l'excellente musique - de Tiomkin ?- dans cette scène). Et enfin, je pense qu'on doit à Yordan, l'exploitation d'une idée assez subtile et bien intégrée au scénario. Chez les 2 hommes de Millie, si mystérieux et insaisissables, ce seront les traces écrites qu'ils ont laissés qui les menaceront...ainsi que les écrits que leurs actes entraineront. Yordan parsème son histoire de petites touches concernant l'écriture du meurtrier. Une lettre perdue puis retrouvée ; un papier glissé sous une porte (une fausse piste ... parmi d'autres)...et les journaux relatant les faits auront aussi une certaine importance.

Bref, malgré mes critiques, Castle réussit en 67 minutes à caser plus d'idées que pas mal de metteurs en scène plus prestigieux en 90, le problème c'est qu'ici, bonnes idées et fausses bonnes idées se côtoient et nuisent à l'unité d'un film pourtant à voir pour sa singularité. Ce film fauché des Studio Monogram était produit par Frank et Maurice King, avec cette fois ci le 3ème frangin, Herman, un spécialiste des effets spéciaux et futur conseiller technique de nombreux films noirs : Dillinger, Fatalité, The Gangster et Le démon des armes, tous produits par les frères. Comme autre futur talent, en dehors des comédiens en devenir, on peut aussi signaler qu'il s'agissait d'un des premiers scénario de Philip Yordan et que l'excellente musique originale était due à Dimitri Tiomkin.
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Anecdotes :
Le film a été distribué plus tard sous le titre Betrayed, lorsque Mitchum est devenu une star, puis plus tard diffusé avec ce titre à la télévision américaine. C'était son premier rôle important alors qu'il avait multiplié les petites rôles depuis l'année précédente. Dès l'année suivante, en 1945, il passait dans la classe supérieure avec son premier rôle dans Les forçats de la gloire de Wellman. C'était aussi les débuts de Kim Hunter, son 3ème film après La 7ème victime de Robson et Tender Comrade de Dmytryk.

Une toute jeunette Rhonda Fleming apparait aussi dans la dernière séquence humoristique du film qui se passe à bord d'un train. En raison du manque de places, elle est introduite dans le compartiment d'un couple qui voudrait rester seul et commence à raconter qu'elle prend ce train pour aller se marier. Cette séquence répond à une autre que nous avions vu au tout début du film mais c'était alors le personnage de Kim Hunter qui jouait l'intruse.
Vu en VOST.
Avec Robert Mitchum (Fred Graham), Kim Hunter (Mildred "Millie" Baxter), Dean Jagger (Paul Baxter) et Rhonda Fleming

kiemavel1
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Re: Étrange mariage - When Strangers Marry - William Castle - 1944

Message par kiemavel1 » 19 oct. 2017, 01:07

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chip
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Re: Étrange mariage - When Strangers Marry - William Castle - 1944

Message par chip » 19 oct. 2017, 08:36

Bon ! encore une belle analyse qui donne envie... On dit que Welles était un admirateur du film... Quant aux frères King, ils furent aussi les producteurs de " Bad men of Tombstone " ( j'ai épousé un hors-la-loi)(1849), à quand la critique ? :oops: :wink:

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Re: Étrange mariage - When Strangers Marry - William Castle - 1944

Message par kiemavel1 » 19 oct. 2017, 22:49

chip a écrit :
19 oct. 2017, 08:36
Bon ! encore une belle analyse qui donne envie... On dit que Welles était un admirateur du film... Quant aux frères King, ils furent aussi les producteurs de " Bad men of Tombstone " ( j'ai épousé un hors-la-loi)(1849), à quand la critique ? :oops: :wink:
:oops:
Celui là, ça fait trop longtemps que je l'ai vu maintenant. Il me faudrait le revoir. Il fait parti des nombreux westerns découverts ou revus au cours des derniers mois et sur lesquels je n'ai pas écrit une ligne. Et pourtant j'en ai aimé beaucoup. Pour citer les plus "curieux", comme dirait Brion : L'inconnu du ranch, Walk Like a Dragon, Hellfire, The Brass Legend (revu un peu à la baisse ...).

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chip
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Re: Étrange mariage - When Strangers Marry - William Castle - 1944

Message par chip » 20 oct. 2017, 07:21

Les titres cités sont intéressants, même avis en ce qui concerne " The brass legend ", Gerd Oswald fera mieux l'année suivante avec " Fury at Showdown " (1957).

kiemavel1
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Re: Étrange mariage - When Strangers Marry - William Castle - 1944

Message par kiemavel1 » 21 oct. 2017, 22:49

Oui, je suis d'accord. Pour ma part je préfère même assez nettement Fury at Showdown mais à la première vision (en vo pure) j'avais presque autant aimé.

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