[22/10/2020] Kanal d'Andrzej Wajda (Malavida Films)

On parle ici des DVD zones 2, des site qui les vendent, des promotions, ... Vous pouvez mettre vos critiques de DVD.

Planning des sorties
Répondre
Avatar du membre
pak
Messages : 470
Enregistré le : 26 nov. 2012, 19:21

[22/10/2020] Kanal d'Andrzej Wajda (Malavida Films)

Message par pak » 25 oct. 2020, 14:48

Le 1er août 1944 à 17h, l’explosion d’une bombe dans le quartier général de la Gestapo à Varsovie donne le signal de l'insurrection générale.

Principalement menée par l'Armia Krajowa, l'Armée de l'intérieur, le plus important mouvement de résistance en Pologne, cette insurrection va en partie rater son effet de surprise, car les allemands s'attendaient à ce genre évènement, d'autant plus que l’Armée Rouge se rapprochait dangereusement de la capitale polonaise.

Ainsi, après quelques succès localisés, la résistance est rapidement cantonnée dans un rôle défensif des quartiers dont elle a pris le contrôle. De plus, si les insurgés sont plus nombreux (environ 50 000 combattants) que les forces allemandes (moins de 40 000 hommes), ils n'ont pour la plupart aucune expérience de la guerre, et moins de la moitié des résistants sont armés au déclenchement des hostilités.

Et ce qui va se transformer en un gigantesque combat urbain va petit à petit virer au massacre. En effet, c'est un général SS qui se voit nommé commandant des forces allemandes, et chaque capture se soldera par des exécutions. Aucun distinguo ne sera fait entre les civils non combattants et les résistants. Néanmoins, constatant que ces tueries renforçaient la volonté des insurgés, celles-ci furent un temps stoppées. Utilisant tous leurs moyens à disposition, artillerie (notamment le mortier géant Thor tirant des obus de 2 200 kg), aviation, blindés, les allemands vont bombarder les quartiers rebelles pour saper la résistance qui n'a aucun moyen de riposter.

Pourtant, malgré le déséquilibre des forces en présence, les polonais s'accrochent, et l'espoir renait lorsque les russes arrivent sur la rive Est de Varsovie le 10 septembre. Cette percée vers la ville a cependant coûté cher à l'Armée Rouge. On le sait peu, pourtant, cette dernière va laisser la première armée polonaise (formée par les Soviétiques) tenter une traversée de la Vistule, fleuve qui coupe la ville en deux, pour prêter main forte à l'insurrection. Mais peu soutenue par l'Armée Rouge, cette tentative sera vite annihilée par les allemands. Pire, ces derniers comprennent alors l'attitude d'attentisme des russes, Staline voyant là l'occasion de se débarrasser de futurs opposants potentiels (parmi les révoltés polonais, les communistes et pro-soviétiques sont très minoritaires). D'ailleurs, à la fin de la guerre, l'Armia Krajowa fut sommairement démantelée par le NKVD, avec exécutons, emprisonnements et déportations, et les représailles sur les survivants opposants continueront jusqu'à la fin des années 1950.

Dès lors, les insurgés sont quasi abandonnés à leur sort. Les alliés mettent peu de pression sur Staline pour qu'il avance dans la ville. Les pourparlers diplomatiques sont compliqués du fait que le gouvernement polonais est en exil en Angleterre et que celui-ci refuse de reconnaitre l'autorité polonaise imposée par Staline, qui par réaction refuse son aide. Seul Churchill manœuvre pour obtenir des actions concrètes comme des parachutages d'armes. Mais les quelques actions de soutien arrivent trop tardivement et sont inefficaces.

Conscients de leur abandon, les combattants polonais résistèrent jusqu’au 2 octobre. Quand tout est perdu, certains résistants survivants, persuadés qu'ils se feront massacrer à leur reddition, tentent de fuir la ville, pour rejoindre la rive Est de la Vistule.

Et c'est là qu'intervient le film d'Andrzej Wajda, Kanal, sorti en France le 12/03/1958 sous le titre Ils aimaient la vie. Ils aimaient la vie car le gros des troupes combattantes était formé de jeunes hommes et femmes, parfois tout juste sortis de l'enfance, et qui, en quelques semaines de combats, vont passer du plus pur enthousiasme de la jeunesse au plus noir des désespoirs de vétérans qui en ont trop vu. L'histoire se situe dans les derniers jours de septembre 1944, quand une poignée de ces jeunes va tenter de fuir par les égouts de la ville.

Wajda, c'est une âme déchirée qui a connu son pays envahi à la fois par les allemands et les russes en 1939, c'est le fils d'un officier abattu à Katyń, et ce fut aussi un résistant de 16 ans membre de l'Armia Krajowa. En filmant non pas le soulèvement mais sa fin à travers un groupe qui n'a rien d'héroïque, l'auteur filme l'enfer dont l’égout est l'entrée, il filme la fin, aussi bien l'écrasement d'un mouvement et de ses membres, mais aussi celle de son pays, la Pologne, qui en 1957, année de sortie du film, était sous le joug soviétique, mais dont le sentiment de révolte n'était pas éteint car cette république n'aura de cesse d'être une épine dans le pied de l'ex bloc de l'Est soviétique...

Le film a obtenu le Prix du jury au festival de Cannes de 1957.

Après une reprise dans nos salles le 04/12/2019, Kanal est réédité en DVD par Malavida Films. Une première édition existait depuis le 04/04/2007, du même éditeur.

Cette nouvelle édition dite collector profite d'une image restaurée, alors on se demande : pourquoi pas de Blu-ray ?

En bonus, nous trouvons une interview filmée d’Andrzej Wajda de 25 minutes datant de 2004, en VOST, ainsi qu'un entretien avec Jan Nowak Jezioranski (journaliste et écrivain, mais aussi l'un des plus célèbres résistants polonais, décédé en janvier 2005) de 29 minutes, de 2004 aussi et également en VOST.

Un livret de 20 pages accompagne le disque, contenant des entretiens d'Andrzej Wajda avec Maria Ratschewa (historienne de cinéma), datant de 1982, et avec Boleslaw Michalek (scénariste et critique de cinéma), datant de 1968. Des textes d’analyses complètent ce livret.


Film proposé uniquement en VOST. Édition annoncée limitée à 1000 exemplaires pour 17,99 €.

Dans les bacs depuis le 22/10/2020.

Image
Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

Répondre