[16/10/2019] La Bataille de l'eau lourde (Editions Montparnasse)

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pak
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[16/10/2019] La Bataille de l'eau lourde (Editions Montparnasse)

Message par pak » 26 oct. 2019, 21:02

On le sait peu, mais ce sont deux allemands qui, en décembre 1938, ont réussi à obtenir en laboratoire la première fission nucléaire. Peu de temps après, en février 1939, l'équipe du couple Joliot-Curie démontre qu'une réaction en chaine est possible et qu'elle peut générer une énorme quantité d'énergie. Ces constats, à l'aube du second conflit mondial, vont provoquer une course dans la recherche nucléaire, qui va aboutir à Hiroshima et Nagazaki.

Mais cette course est à relativiser car tous les participants n'ont pas les mêmes atouts. Les français vont être vaincus et occupés, côté soviétique, Staline ne s'intéressa au potentiel militaire du nucléaire qu'en septembre 1942 avant d'accélérer la chose après le bombardement atomique du Japon, les britanniques vont vite avoir d'autres chats à fouetter, bientôt isolés sur leur île et dépendant de l'aide américaine, et seront plus dans l'assistance des États-Unis sur leur projet Manhattan, d'ailleurs, en fait, seuls les américains pourront sereinement développer leur programme nucléaire, ne voyant pas leur territoire menacé et disposant de moyens considérables après l'entrée en guerre du pays en décembre 1941.

Et l’Allemagne dans tout ça ? On a beaucoup fantasmé sur la capacité des nazis à développer l'arme nucléaire et sur son degré d'avancement dans son élaboration. Le fait est que si les scientifiques allemands étaient compétents et à la pointe des connaissances théoriques sur le sujet, leur pays n'a jamais été en position de ne serait-ce que mener un projet d'arme nucléaire jusqu'au développement d'un prototype. L'idée même d'arme nucléaire, si elle a forcément trotté dans la tête des savants et de quelques dignitaires nazis, n'a quasiment pas été l'enjeu de profondes réflexions. Tout simplement parce que isolée, l'Allemagne avait besoin de plus en plus d'énergie, et le nucléaire semblait dans un premier temps l'une des solutions alternatives possibles pour cela, ce qui a fortement orienté les recherches allemandes sur l'atome. Ensuite parce que les hauts dignitaires n'y ont jamais vraiment cru, au point qu'Albert Speer, devenu ministre de l'armement en février 1942, décréta d'autres priorités, favorisant les programmes aéronautiques et d'armements de pointe comme les fusées. Une autre preuve de ce manque de motivation, est que les équipes de chercheurs sur le sujet étaient dispersées dans plusieurs laboratoires sur le territoire allemands, qu'elles étaient indépendantes et ne communiquaient pas forcément entre elles sur leurs résultats, et que donc tout cela manquait d'une réelle coordination. Et même si tel était le cas, les hypothèses retenues pour développer une arme nucléaire se basaient sur celles du développement d'un réacteur produisant de l'énergie, or l'élaboration d'une bombe se base sur une conception toute autre que celle d'un réacteur, donc la recherche allemande dans cette voie faisait fausse route.

Ceci dit, le programme nucléaire nazi existait bel et bien, même s'il était nettement moins belliqueux qu'on ne le pense, par la force des choses, et on imagine bien que s'ils avaient eu plus de temps et dans une situation autre que s'adapter continuellement à un contexte de plus en plus rapidement en leur défaveur, les militaires auraient fini par s'intéresser plus sérieusement au sujet (d'ailleurs, tardivement, en 1944, un programme chapeauté par les SS verra le jour, qui aurait peut-être débouché sur l'invention de ce qu'on appelle la bombe thermonucléaire à long terme, mais le régime nazi comme d'habitude voyait plus loin que son espérance de vie alors que la guerre était déjà perdue). En 1947, lors du tournage du film La Bataille de l'eau lourde, le Monde sait depuis deux ans la capacité destructive d'une bombe atomique. L'inquiétude n'est pas encore de mise dans l'opinion générale car officiellement seuls les États-Unis la possède, et ils sont du côté des "gentils". Le 29 août 1949 explosera la première bombe atomique soviétique au Kazakhstan, et tout changera... En attendant, côté occidental, la France et la Norvège reviennent sur ce qui a été nommé la Bataille de l'eau lourde, qui est en fait une succession d'évènements et d'opérations militaires qui vont graviter autour de cet élément chimique entre 1940 et 1944.

L'eau lourde était un élément indispensable pour qui voulait créer une réaction nucléaire. Pour faire simple, disons que de par sa composition, l'eau lourde permet, lors d'une fission nucléaire, qui consiste ici à casser en deux un noyau d'uranium et générant ainsi l'émission de deux ou trois nouveaux neutrons et un dégagement d'énergie très important, de ralentir ces neutrons ainsi formés, ce qui augmente la probabilité d'aller provoquer de nouvelles fissions avec d'autres noyaux d'uranium, ce qu'on appelle la réaction en chaine. Donc plus on veut d'énergie, plus la quantité d'eau lourde nécessaire est importante. Mais à la fin des années 1930, la recherche nucléaire n'en est qu'à ses débuts (prometteurs d'un point de vue scientifique), et l'eau lourde pure n'a été isolée qu'en 1933. Les laboratoires de l'époque ne disposent alors que de quelques grammes d'eau lourde, quantité suffisante pour des expériences, mais nettement insuffisante pour une exploitation à grande échelle, qu'elle soit énergétique ou militaire. Seule l'usine hydro-électrique de Vemork, dans le comté de Telemark en Norvège, construite en 1934, a alors la capacité d'en produire à l'échelle industrielle (encore que l'on parle de moins de 200 kg de production, ce qui constituait l'unique stock mondial).

C'est cette usine qui va être l'enjeu majeur de cette bataille de l'eau lourde, car dès 1940, elle va tomber entre les mains des allemands qui envahissent le pays en seulement deux mois de combats (du 9 avril au 10 juin 1940). Sauf que le bénéfice que vont en tirer les autorités germaniques sera assez faibles, et le film du duo franco-norvégien Jean Dréville / Titus Vibe-Müller va expliquer pourquoi. En fait, l'histoire se concentre sur deux des opérations significatives qui vont handicaper l'exploitation de l'usine par les nazis. La première est une initiative française : anticipant l'invasion allemande, le ministre de l'armement français Raoul Dautry obtient l'autorisation d'envoyer une mission en Norvège pour évacuer le stock d'eau lourde présente sur place. La seconde est anglo-norvégienne : après une première tentative d'envoyer des commandos détruire l'usine qui s'est soldée par un fiasco, des agents norvégiens sont parachutés sur place en février 1943 et parviennent à placer des charges explosives qui réduiront fortement le potentiel de l'enceinte.

La Bataille de l'eau lourde (Kampen om tungtvannet), sorti en 1948 sur nos écrans, est donc une double célébration pour des pays qui ont surtout connu l'occupation, mais dont les faits de résistance ont tout de même permis de participer à l'effort de guerre comme on dit, et donc à garder d'une certaine manière la tête haute. Pour imager cela, le ton employé va être celui de La Bataille du rail de René Clément sorti deux ans plus tôt, c'est-à-dire celui de ce qu'on nomme de nos jours docu-fiction, mais poussé encore plus à l'extrême, car ici, quasi tous les personnages historiques alliés rejouent leur propre vécu. Ainsi on verra à l'écran le ministre Dautry, les physiciens Frédéric Joliot, Hans von Halban et Lew Kowarski, les membres du commando norvégien (sauf deux remplacés par des acteurs, l'un étant décédé, l'autre ayant refusé de participer). C'est la force du film puisque tous ces gens savent de quoi ils parlent, mais aussi sa faiblesse, car toute implication émotionnelle, ou presque, liée à la fiction est ici écartée. Les deux films ont aussi comme point commun un montage parcellé d'images d’archives. On est loin, très loin, du film d''Anthony Mann, Les Héros de Télémark (The Heroes of Telemark), qui revient de manière très romancée sur l'épisode commando (le scénario est d'ailleurs inspiré du roman de Knut Haukelid, qui joue son propre rôle dans La Bataille de l'eau lourde, et qui faisait partie du commando chargé du sabotage ; il mettra un terme aux espoirs des nazis de récupérer de l'eau lourde en grande quantité en coulant le navire la transportant en février 1944). On notera tout de même le savoir-faire des réalisateurs, et la séquence de sabotage contient un réel suspense. Le film fait aussi œuvre de pédagogie, peut-être la dernière fois avant de tomber dans l'oubli. Le choix de la narration à l'époque ne fut d'ailleurs pas un problème puisqu'à l'instar de La Bataille du rail, le film sera un beau succès salles, cumulant près de 5,4 millions d'entrées, se classant ainsi second du box-office de 1948, derrière La Chartreuse de Parme de Christian-Jaque, répondant ainsi à une demande (un besoin ? ) du public qui avait réservé un accueil similaire en 1947 au film Le Bataillon du ciel d'Alexandre Esway, et qui saluera aussi Le Grand cirque de Georges Péclet à sa sortie en 1950.

Mais Dréville / Vibe-Müller ou Mann, dans les deux films, le raccourci faisant état que ces actions ont empêché les nazis de construire la bombe atomique est assez exagéré car ils étaient loin d'y arriver si tant est même qu'ils aient commencé. Bien-sûr c'est plus flatteur pour les pays impliqués dans ce coup porté à l'ennemi, mais cela n'enlève rien au mérite des participants car c'est aussi avec ce genre d'actions locales, multipliées par milliers, que cette guerre mondiale s'est terminée avec l'issue que l'on sait. Et puis dans le contexte du début des années 1940, avec les moyens de communication et donc d'espionnage de l'époque, il n'était pas aberrant de penser qu'une course contre la montre était engagée quant à l'utilisation de l'arme atomique, que le moindre signe de progrès côté ennemi pouvait sous-entendre une avancée majeure et donc un danger potentiel qu'il fallait rapidement éradiquer. Même si dès 1947, des rapports démontraient que l'Allemagne était loin d'avoir la capacité de produire ne serait-ce qu'une seule bombe atomique, il est raisonnable de penser que les auteurs de La Bataille de l'eau lourde étaient encore dans l'ignorance de ces faits. C'est déjà moins vrai pour Les Héros de Télémark 18 ans plus tard, mais le contexte international avait changé, et la démarche était là plus romanesque.

Sur le même sujet, on peut citer la mini-série norvégienne, qui revient sur les évènements avec plus de moyens (et toujours ce discours sur l'éventuelle bombe atomique allemande), sortie en Blu-ray et en DVD sous le titre The Heavy water war - Les Soldats de l'ombre (Kampen om tungtvannet), réalisée par Per-Olav Sørensen, et écrite par Petter S. Rosenlund, édition proposée par Wild Side le 6 avril 2016 (6 épisodes de 45 minutes).


Cette longue (qui a dit barbante ? ) présentation pour annoncer la sortie du film en DVD (dans les bacs depuis le 16 octobre) par les Éditions Montparnasse, dans une copie restaurée. Restaurée, certes, mais pas de Blu-ray, l'éditeur semblant rester coincé au siècle dernier en ne proposant qu'une petite poignée de ses titres sur support HD.

Mais on dit merci quand même. Le film est accompagné d'un livret de 16 pages revenant sur le film, avec des interviews d’historiens, de militaires et de descendants du producteur.

Sur le DVD, en guise de supplément, est gravé le cout-métrage d'animation en prises de vue réelles Uncanny valley, réalisé en 2015 par Paul Wenninger et durant 13 minutes, une coproduction austro-française narrant la souffrance de jeunes soldats dans une tranchée de la première guerre mondiale. Très bien, mais le rapport avec la choucroute ? C'est là bien plus à sa place dans un titre ayant pour sujet 14-18...

Le film est en VF, sauf pour les dialogues norvégiens qui gardent leur langue d'origine et sont sous-titrés.

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[16/10/2019] La Bataille de l'eau lourde (Editions Montparnasse)

Message par pak » 27 oct. 2019, 13:26

La jaquette DVD entière :

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Comme précisé plus haut, d'autres fictions sur le même sujet, qui permettent de comparer les approches.


Le film anglais d'Anthony Mann, pas son meilleur, Les Héros de Telemark (The Heroes of Telemark) sorti en France le 04/03/1966. Évitez le DVD LCJ, qui ne contient qu'une VF, et privilégiez si possible le TF1 qui propose les deux versions VF et VOst (cette édition commence à être ancienne car sortie le 5 juin 2008).

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Et plus récemment, The Heavy water war - Les Soldats de l'ombre (Kampen om tungtvannet), réalisée par Per-Olav Sørensen, mini-série norvégienne diffusée pour la première fois entre le 4 janvier et le 1er février 2015 sur NRK 1 (première chaine publique norvégienne), et sortie en Blu-ray et DVD (séparément, pas en combo) par l'éditeur Wild Side le 6 avril 2016.

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[16/10/2019] La Bataille de l'eau lourde (Editions Montparnasse)

Message par pak » 27 oct. 2019, 13:53

La bande-annonce du court-métrage hors-sujet proposé en bonus du DVD de La Bataille de l'eau lourde :



Lors d'une reprise en salle en 1953 ( ? ), la société de distribution Corona avait diffusé La Bataille de l'eau lourde avec en complément de programme un court-métrage de Marie Epstein et Leonide Azar, La Grande espérance, qui tentait d'expliquer le nucléaire positivement, c'est-à-dire pour de futures exploitations civiles en contre-point de la crainte du nucléaire militaire. D'ailleurs le CEA est créé dès octobre 1945, et en juillet 1952, le premier plan quinquennal de développement de l'énergie atomique pour produire de l'électricité est lancé, ce qui contribuera au déploiement du programme nucléaire civil français et aboutira à la construction du parc de centrales nucléaires qu'on connait aujourd'hui.

Cela aurait été plus judicieux de proposer cela comme complément plutôt que le court-métrage de 2015 de Paul Wenninger...

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Re: [16/10/2019] La Bataille de l'eau lourde (Editions Montparnasse)

Message par kiemavel1 » 27 oct. 2019, 19:16

:shock:

Encore un sujet traité de fond en comble ::)
Pas ch... non, pas du tout même, mais c'est sûr qu'il faut un minimum s'intéresser à l'histoire … ce qui est mon cas. En revanche, rien à ajouter du point de vue scientifique (J'ai eu 5 en math au bac. Heureusement, c'était pas un gros Coeff ^^) ; pas plus en ce qui concerne l'histoire de ces évènements mais je n'ai pas non plus totalement découvert le sujet ayant vu les 2 principaux films cités et ayant été jadis un lecteur d'Historia qui dans les 80th revenait souvent sur cette période de la 2ème guerre mondiale (mais je ne suis pas allé plus loin que la lecture de ce magazine d'histoire populaire). De nos jours, cette mode WWII, on la retrouve un peu à la TV, par période sur Arte …. et de manière récurrente sur une des chaines de la TNT (RMC 24) qui s'est fait une spécialité de ces docus consacrés à cette guerre "populaire". Je diverge ...Pour revenir au cinoche, j'avais franchement préféré l'approche documentaire de Dréville à la dramaturgie fantaisiste américaine pourtant due à Anthony Mann dont ce n 'est effectivement pas le meilleur film

Sinon, pour finir sur une note sérieuse, pour illustrer le génie scientifique français … ayant su garder un coté artisanal, j'ai du Boris Vian chanté par Reggiani :


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Re: [16/10/2019] La Bataille de l'eau lourde (Editions Montparnasse)

Message par pak » 29 oct. 2019, 15:45

Pour les abonnés de Free et autres, dans le genre documents WWII, on en a aussi une ribambelle sur les chaines Histoire, Toute l'Histoire, et d'autres comme Planète +.

Le choix est large, les sujets souvent bien traités, mais certains manquent de subjectivité (des documentaires américains, ou des russes dont les commentaires sont traduits littéralement, ce qui laisse entrevoir leur côté nationaliste).

Il est clair que les sujets sur la seconde guerre mondiale sont surreprésentés, mais ça veut dire que le sujet fascine encore (pour le meilleur, comme pour le pire).
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