[09/01/2019] La Folle journée de Ferris Bueller (Paramount Pictures)

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pak
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[09/01/2019] La Folle journée de Ferris Bueller (Paramount Pictures)

Message par pak » 08 mai 2019, 13:33

Ferris décide de prendre le large loin du centre ville de Chicago. En quête de liberté, il sèche les cours, s’enfuit avec sa petit amie et son meilleur copain. Le proviseur se lance à leur trousses. Mais quand on est malin, courageux et qu’on roule en Ferrari, la vie à 17 ans ne peut être que merveilleuse…


Revenons quelques minutes sur cette sortie d'un classique des années 1980, qu'on a oublié de mentionner dans ces lignes. Le film de teenagers existait déjà aux États-Unis, depuis les années 1950 et rock'n roll, sorte de sous-genre dans lequel les adolescents ont la vedette et les adultes quasi absents ou dans des rôles souvent négatifs. Mais c'était généralement bas du front, à l'image de Porky's sorti en 1982, ancêtre des American Pie. L'adolescent était défini dans ce genre de production comme un personnage irréel, uniquement obsédé par le sexe, et toujours rigolard. Un fantasme de producteurs. C'est alors qu'un trentenaire décide de faire du genre un genre sérieux, non pas strict ou sclérosé, puisque le délire est autorisé et bienvenu dans ses futurs films, mais sérieusement écrit, et proche de ce qu'il avait ressenti lui-même il n'y a pas si longtemps.

Hugues va alors enchainer rapidement tout un cycle de teen movies, dont les premiers titres sont chronologiquement Sixteen candles (1984), le titre de sa sortie française, Happy birthday, étant aujourd'hui oublié, le déjà culte Breakfast club (The Breakfast club, 1984), Une créature de rêve (Weird science, 1985), et Rose bonbon (Pretty in pink, 1985), dont il délèguera, hélas, la réalisation à Howard Deutch. Montés avec des budgets très modestes, de 1 million de dollars pour Breakfast club à 9 millions pour Rose bonbon, ils seront tous des succès aux États-Unis, Breakfast club rapportant même 45 fois sa mise initiale.

Mais rien ne permettait de supposer que son film suivant, La Folle journée de Ferris Bueller, allait autant marquer les esprits et le box-office américains (10ème du classement 1986), installant pour l'éternité John Hughes comme le père de la comédie adolescente moderne. Le film va marquer toute une génération de jeunes américains, au point que certains devenus réalisateurs lui feront référence, parfois dans des films inattendus comme dans Deadpool (2016) où après le générique le film refait la scène post-générique du film de Hugues dans laquelle le héros s'adresse à la salle en s'étonnant de voir encore des spectateurs après le générique.

Il faut dire que le film est une bouffée d'air frais, qui n'a pas vieilli malgré la décennie dans laquelle il s'ancre irrémédiablement. De plis, loin du produit formaté, chaque scène respire la sincérité, l'empathie de l'auteur pour son jeune trio avide de liberté, et il fait preuve d'une inventivité inédite pour ce genre de films. Ce film serait une sorte de fureur de vivre positive pour faire référence à la rebelle attitude souvent dramatique et posée des films de James Dean.

Mais derrière le ton léger, il y a la critique sociale, déjà perçue dans Breakfast club. Le fait que ses héros soient des fils de bourgeois ayant réussi dans l'Amérique de Reagan n'empêche ni les interrogations, ni les doutes, ni encore moins la peur de l'avenir, celui du passage à l'âge adulte, des décisions et des responsabilités à prendre. Ainsi Ferris et son duo d'amis seront constamment écartelés entre leur désir de liberté et le confort a priori doré de leur cocon familial.

Et enfin parlons de l'ouragan Matthew Broderick. A travers ses films, Hugues a déniché toute une génération de jeunes acteurs qui feront parler d'eux la décennie suivante, du cinéma à la télévision : Molly Ringwald, John Cusack et sa sœur Joan Cusack, Anthony Michael Hall, Emilio Estevez, Charlie Sheen, Ally Sheedy, Judd Nelson, Bill Paxton, Robert Downey Jr., Mia Sara, Jennifer Grey, Alan Ruck, Kristy Swanson, Kevin Bacon, Alec Baldwin, Elizabeth McGovern... La liste est longue. Et bien-sûr Matthew Broderick. Un rôle à la Ferris Bueller aurait pu le marquer à vie et l'enfermer, ce sera son ultime tremplin. Car auparavant, avec WarGames et Ladyhawke, la femme de la nuit il avait montré sa palette de jeu dans différents univers.

Carton aux États-Unis, le film marqua nettement moins en France où il fera moins de 270 000 entrées (le film était pourtant sorti pour les vacances de Noël). Autant dire qu'il passa inaperçu, et c'est à travers les diffusions TV et la vidéo que le film marquera certains jeunes français des années 1980.


Après une édition DVD proposée en août 2000, Paramount propose enfin le film en Blu-ray. Et pour ne rien gâcher, plusieurs bonus sont proposés, près d’1h15 (tout en VOst) :

- Module "Getting the Class Together - The Cast of Ferris Bueller’s Day Off" : retour sur le casting du film (2005, environ 28 minutes). Avec les deux directrices de casting, mais surtout des interviews du casting principal : Matthew Broderick, Alan Ruck, Mia Sara (images de 1986 uniquement), Jennifer Grey (1985 et 2005), Lyman Ward, Cindy Pickett, Jeffrey Jones, Richard Edson, Ben Stein, Kristy Swanson, Jonathan Schmock et Edie McClurg, sont tous réunis pour évoquer leurs souvenirs du tournage,

- Module "The Making of Ferris Bueller’s Day Off" (2005, environ 15 minutes) : en fait les mêmes qui se penchent un peu plus sur la réalisation de certaines scènes clés du film,

- Module "Qui est Ferris Bueller ? " (2005, environ 9 minutes) : les mêmes intervenants dressent le portrait du personnage principal, avec les valeurs qu’il représente,

- "Le monde selon Ben Stein" (2005, environ 11 minutes) : un zoom sur Ben Stein, qui interprète le professeur d’économie dans le film de John Hughes, auteur de discours des présidents Richard Nixon et Gerald Ford, écrivain, scénariste, avocat,

- "Ferris Bueller Vintage : les cassettes perdues" (1986, environ 10 minutes) : montage d’interviews réalisées par les comédiens eux-mêmes avec d’un côté Matthew Broderick et Alan Ruck, Alan Ruck et Mia Sara, Matthew Broderick et Jeffrey Jones, avec en sus les images de tournage d’une scène coupée.

A tout ceci s'ajoute une galerie de photos.


A noter que le commentaire audio du DVD (alors à la mode aux débuts du support) de John Hugues n'a pas été repris pour le Blu-ray. C'est vraiment dommage car il manque dans cette édition le point de vue de l'auteur, et son commentaire était riche d'informations et d'enseignements, démontrant à quel point il s'était investi dans son film qui dépasse de loin la commande hollywoodienne visant un public spécifique. Un choix éditorial regrettable mais qu'on peut comprendre (sans pardonner) dans le sens où l'éditeur a dû se dire que personne n'écoute ces commentaires, ce qui ne doit pas être très loin de la réalité.

On remarquera aussi que cette réédition ne concerne que le format Blu-ray. Pas de nouvelle édition DVD. VOst et VF. Dans les bacs depuis janvier.


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Re: [09/01/2019] La Folle journée de Ferris Bueller (Paramount Pictures)

Message par kiemavel1 » 09 mai 2019, 10:44

Tu as le don de régulièrement sortir des articles sur des sujets et donc des genres dont j'ignore à peu près tout.
Euh … Je n'ai vu aucun film de John Hughes et ce que tu en dis à tout pour me plaire (et j'ai aussi yeuté IMDB)
Du coup, j'ai déjà des B-R et des DVD dans ma wishlist et je vais rapidement commander. A priori, ceux qu'il faut voir, ce serait :
16 bougies pour Sam, Breakfast Club et Ferris Bueller ?

Bon, là du coup j'ai bien envie de te commander un sujet (gonflé le gars). Sur l'Amérique des années 50, vue de loin (dans le cinéma, depuis les années 70) par ceux qui l'ont connu, ou pas. Vaste sujet qui serait à décomposer en comédie (American Graffiti, Retour vers le futur), polar (L.A. Confidential), Comédie dramatique (Loin du paradis). Ce n'est pas pressé, hein :wink:

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pak
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Re: [09/01/2019] La Folle journée de Ferris Bueller (Paramount Pictures)

Message par pak » 09 mai 2019, 21:16

Je me suis toujours demandé comment pourraient être perçus les films de Hugues s'ils étaient découverts par un quarantenaire (ou plus) aujourd'hui.

Ses films me renvoient à mes propres adolescence et adulescence (utilisons le mot puisqu'il est désormais dans le dictionnaire), et j'avais l'âge du cœur de cible même si pas américain. Les revoir aujourd'hui me ramènent à des souvenirs de cinéma agréables et me rendent assez positivement nostalgique.

Néanmoins, s'il fallait commencer par le meilleur, c'est clairement le duo Breakfast club / La Folle journée de Ferris Bueller qu'il faut choisir.

16 bougies pour Sam doit être considéré comme le brouillon de l'auteur : de belles idées, de bonnes scènes, du rythme et un peu de burlesque : tout est déjà là, mais il manque ce petit quelque chose qui ne rend pas ce film aussi frappant que peuvent l'être parfois certains films qui révèlent un nouvel auteur.

Une créature de rêve est plus classique dans son traitement : l'ado et ses fantasmes sexuels, les blagues potaches, les partys alcoolisées et la drague lourdingue. C'est le plus faible de la série (les 4 films ont été filmés et sont sortis dans un espace de trois années).
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Re: [09/01/2019] La Folle journée de Ferris Bueller (Paramount Pictures)

Message par kiemavel1 » 09 mai 2019, 22:13

Merci
Je ne suis pas concerné par ce que tu dis, cad cette nostalgie particulière générée par la redécouverte de films sur l'adolescence ramenant à des souvenirs de cinéma les spectateurs ayant eu le même âge que les personnages s'animant à l'écran mais par contre, la nostalgie des années 80, je connais, même si je suis loin d'avoir tout aimé de cette époque.

Je suis sûr de commander ces films.
J'ai mis de coté plusieurs articles car j'hésite entre plusieurs options, un coffret Hughes de chez MEP + Fellis Bueller en B-R
ou bien les 2 B-R (Breakfast et Bueller) + un ou deux DVD dont 16 bougies pour Sam qui m'intéresse aussi, même en tant que brouillon

Encore merci pour ses sujets sur des cinéastes visiblement intéressants mais ayant bossés - ou ayant été bons (apparemment la fin de carrière de Hughes n'est pas à la hauteur des films que tu as mis en avant) durant des périodes que je connais mal
Du coup, je vais revenir vers des messages antérieurs car je me suis aperçu que tu as bcp posté, notamment dans la section "noir" durant la période où j'ai été absent

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pak
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Re: [09/01/2019] La Folle journée de Ferris Bueller (Paramount Pictures)

Message par pak » 11 mai 2019, 15:45

John Hugues était essentiellement scénariste, mais il s'est vite coulé dans le confort de ses succès au box-office, la comédie tout public et visant un public jeune.

De Maman j'ai raté l'avion ! (dont le succès a généré un merchandising lucratif, des suites mises en chantier aux adaptations en jeux vidéos) à la comédie canine Beethoven (là encore plusieurs suites), en passant par les films avec John Candy (Un ticket pour deux, L'Oncle Buck, The Great outdoors), il n'a fait ensuite que recycler des formules, dont la principale était de confronter en mode comique, souvent burlesque, l'enfance au monde des adultes. Le succès planétaire de Maman j'ai raté l'avion ! ayant bien rempli son compte en banque, d'où, en plus des suites, des films comme Denis la malice, La P'tite arnaqueuse, Sacré sale gosse, Bébé part en vadrouille...

Il faut dire que ses excursions hors de son champ habituel n'ont pas été de grandes réussites : la version live du classique de Disney Les 101 dalmatiens (qui marcha toutefois suffisamment pour connaitre une suite), le remake Les Visiteurs en Amérique, les véhicules pour stars du moment comme la parodie Drillbit Taylor, garde du corps avec Owen Wilson, Flubber avec Jim Carrey ou la comédie sentimentale Coup de foudre à Manhattan avec Jennifer Lopez sont plus des travaux alimentaires qui s'éloignent de la sincérité de ses premiers films des années 1980.

S'il fallait encore garder quelques titres, autre que le duo Breakfast club / La Folle journée de Ferris Bueller, je citerai Un ticket pour deux, où l'auteur délaisse momentanément la jeunesse pour verser dans le buddy movie comique (non sans une pointe mélancolique) et La Vie en plus avec Kevin Bacon et Elizabeth McGovern, sorte de prolongement de ses teen movies, où les personnages débuteraient leur vie d'adulte. Mais on reste dans les années 1980, définitivement sa meilleure période d'un point de vue créativité.
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Michel Audiard

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Re: [09/01/2019] La Folle journée de Ferris Bueller (Paramount Pictures)

Message par kiemavel1 » 12 mai 2019, 16:02

Un ticket pour deux, je l'avais repéré depuis ton papier. Quant au second, La Vie en plus, Elizabeth McGovern ... ça me suffit pour vouloir voir un film.

Je me demande si j'ai seulement vu un film de ta longue énumération :oops: … mais j'ai au moins vu des bouts - en zappant dessus - de Maman, j'ai raté mon film :wink: et Les visiteurs en Amérique

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