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[01/10/2019] Happy birthday to me (Rimini)

Posté : 19 oct. 2019, 19:34
par pak
Avant de proposer en Blu-ray l'un des premier slashers des années 1980, Le Bal de l'horreur de Paul Lynch, dans les bacs depuis le 09/09/2019, Rimini avait sorti le 9 mai un combo Blu-ray / DVD d'un autre film du genre, le moins connu Happy birthday to me, sorti chez nous en salles le 06/01/1982 sous le titre Happy birthday, souhaitez ne jamais être invité, puis distribué en VHS sous le titre plus sobre de Happy birthday.

Ce slasher de 1981 n'est pas le plus connu mais contient quelques éléments intéressants. Déjà il est réalisé au Canada par J. Lee Thompson, qui, en cette entame de décennie, faisait déjà figure de vétéran, lui qui réalisa son premier long-métrage en Angleterre en 1950, l'inédit Murder without crime, soient 30 ans avant le début du tournage d'Happy birthday. Bien que peu apprécié de la critique et des historiens du cinéma, J. Lee Thompson a roulé sa bosse avec savoir-faire dans divers genres, drame, aventures, guerre, western, comédie, thriller, film noir... Il a eu devant ses caméras des noms prestigieux, et ça reste l'homme qui réalisa l'ultra classique de guerre qu'est le film Les Canons de Navarone.

Certes les années 1980 vont voir sa motivation décliner, et avec son engagement dans la compagnie de la Cannon, ce sera la Bérézina ! Il n'empêche qu'avoir ce réalisateur pour mettre en image un slasher, pour une production canadienne, ça a quelque chose de quasi prestigieux (d'ailleurs c'est bien pour cela que la Cannon l'engagera avec quelques autres noms connus, l'erreur que fera Thompson sera de rester jusqu'à la fin). Quand Bob Clark tourne Black Christmas, il a 34 ans, John Carpenter, pour Halloween va sur ses 30, Sean S. Cunningham en a 37 sur le plateau de Vendredi 13, et George Mihalka 27 quand il attaque Meurtres à la St-Valentin. Un genre alors généralement mené par de jeunes réalisateurs. J. Lee Thompson, lui, aura 66 ans à la fin du tournage d'Happy birthday. Cet âge quasi canonique pour ce genre explique sûrement pourquoi par exemple il n'y a pas de plans "nichons" que le genre fantastique aimera utiliser dans les années 1980 (la scène de fesses montrant deux jeunes batifoler sans s'apercevoir que la mort s'approche d'eux est devenue un gimmick du cinéma d'horreur). Et si le réalisateur a bien compris dans quoi il mettait les pieds, les scènes donnant leur lot d'hémoglobine sont mesurées, à quelques exceptions près, comme une opération du cerveau qui n'a rien à envier à celles d'Hannibal ou de Saw 3, vous voilà prévenus). On notera aussi une certaine recherche dans la mise en scène, et un suspense bien maitrisé, mené jusqu'à l'incroyable révélation finale qui a fait la (petite) réputation du film. Par contre certaines scènes auraient mérité à être raccourcies, le montage resserré, la réussite des meilleurs slashers reposant sur leur rythme, et non sur des scènes trop dialoguées ou longuettes.

Car comme la plupart des slashers de l'époque, l'identité du tueur ne sera révélée que le plus tard possible, chose dont se souviendra Wes Craven pour Scream une quinzaine d'années plus tard. Évoquer Scream n'est pas anodin car on sourit a posteriori en découvrant le cheminement de l'histoire d'Happy birthday qui suit presqu'au mot prêt la description du slasher qu'en fait l'un des protagonistes du film de Craven. On y découvre aussi un certain humour potache, le ton étant nettement moins sérieux que dans Halloween ou Vendredi 13.

On trouve aussi dans le film une certaine critique sociale. Il débute sur une présentation des futures victimes, une bande de jeunes bourgeois formant le Top Ten, l’élite du coin, les plus riches, les plus beaux. Et donc une certaine tendance à se foutre de tout, à faire des paris débiles et dangereux, n'excluant pas la casse, mais ils s'en moquent, leurs parents ont de l'argent. Leur statut ne sera pas étranger à ce qui va se passer, mais chut...

Une autre curiosité du film est son casting. SI ce n'est pas forcément tout le temps ben interprété (mais les acteurs de ce genre de films, souvent jeunes, ne sont pas là pour concourir à l'Oscar), on a la surprise de voir dans le rôle principale Melissa Sue Anderson, LA Mary Ingalls de La Petite maison dans la prairie. L'actrice mettra d'ailleurs fin à sa participation avec la série en 1981, année de sortie du film, ce dernier étant vraisemblablement une tentative de casser radicalement l'image de mièvrerie liée à la série (elle rentrera vite dans le rang). Autre surprise, la présence de Glenn Ford dans ce genre de production, mais aussi dans l'un de ses derniers rôles, peut-être attiré par la présence de J. Lee Thompson, nom qui parlait forcément à cet autre vétéran du cinéma, et qui fut difficile à dirigé, l'acteur se demandant au final ce qu'il était bien venu faire dans ce truc pour jeunes. On notera pour les amateurs la présence de Tracey E. Bregman, sorte de recordwoman de la télévision qui, avec ses participations aux soap opera interminables Des jours et des vies, Amour, gloire et beauté et Les Feux de l'amour, cumule plus de 1690 épisodes (et ce n'est pas fini... ), même si elle est encore loin des plus de 3000 cumulés par Doug Davidson, présent dans Les Feux de l'amour depuis 1978 !

Un film qui ravira les nostalgiques du slasher à l'ancienne, et qui en ont marre des reboots et remakes des classiques du genre.


Rimini propose aujourd'hui le film en DVD simple, disponible depuis le 1er octobre. Les amateurs de HD devront toujours se résigner à acquérir le combo. En supplément, un documentaire de 2012, Slice and dice : The Slasher film forever, réalisé par Calum Waddell, et qui durant près d'1h20, en VOst, raconte l’histoire du slasher, assez bien fait, même si l'auteur mélange un peu les genres et voit du slasher là où il n'y en a pas, avec des intervenants de renom comme Tom Holland, Mick Garris, Scott Spiegel, Christopher Smith ouTobe Hooper...


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Le combo Blu-ray / DVD, toujours disponible :

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Contient un livret de 28 pages rédigé par Marc Toullec (un des rédacteurs de la revue Mad Movies au moment de la sortie du film en France le 06/01/1982), qui revient sur la production du film remise dans son contexte, notamment la production au Canada alors en plein boum grâce à une loi exonérant d’impôts les investissements dans des films à participation canadienne dite significative (de 1979 à 1981, le Canada s’engage ainsi dans 150 coproductions de longs métrages), loi qui aura des effets pervers.