[09/09/2019] Coffy - La Panthère noire de Harlem (BQHL Éditions)

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pak
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[09/09/2019] Coffy - La Panthère noire de Harlem (BQHL Éditions)

Message par pak » 02 sept. 2019, 12:23

En 1971 sortait aux États-Unis Sweet Sweetback's Baadasssss Song de Melvin Van Peebles, film fauché au budget serré de 150 000 dollars. Il va en rapporter 15 millions ! Une telle rentabilité va forcément éveiller l’intérêt des gros studios, plutôt ségrégationnistes. Et le succès Les Nuits rouges de Harlem, première aventure de Shaft, produit par la MGM, qui sort quelques semaines plus tard, confirmera la tendance, et la naissance d'un sous-genre nommé blaxploitation.

Coffy est son pendant féminin, dans lequel une jeune infirmière fait un carnage chez les trafiquants de drogue de son quartier suite à l'overdose de sa sœur.

Bon, j'avoue être assez partagé sur ce genre. C'est ultraviolent, souvent mal joué, bourré de clichés, pas forcément très fins (le surnom du personnage du film de Van Peebles vient de ses prouesses sexuelles et de la taille de son sexe). Sans parler du fait que ce cinéma à la base fait par des Noirs-américains pour un public Noir-américain ne fait quelque part que reproduire leur ghetto social. Un ghetto artistique en quelque sorte...

Bien évidemment, même si le cinéma et le divertissement "ethnique" existent encore aux États-Unis, il est rentré dans le rang et est assumé par les studios, à l'image des sitcoms télévisuels bien connus comme le Cosby Show ou plus récemment Le Prince de Bel-Air qui a révélé Will Smith. Des bas-fonds de Harlem entre prostituées et drogue, on est passé aux familles bourgeoises dont les parents exercent des professions libérales telles que médecin ou avocat.

Mais revenons à notre Coffy. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça déménage ! Le réalisateur Jack Hill semble à l'aise dans cet univers, et le film est au-dessus de la moyenne du genre. Décomplexé, accompagné d'une musique assez cool, le film est surtout construit autour de la magnifique Pam Grier, qui compose une héroïne qui n'a pas froid aux yeux, ni ailleurs du reste, car comme souvent dans ce genre de film, les femmes sont souvent dénudées, d'autant que la Coffy, elle n'hésite pas à séduire pour approcher sa cible. De plus le film balance souvent entre une description assez réaliste de son époque et cette partie de la société américaine, et une sorte de délire de violence méchante et hargneuse.

Si elle n'est pas juste tout le temps, Pam Grier offre tout de même une interprétation presque psychotique avec ce personnage de femme ronronnant, sensuelle, langoureuse, qui d'un coup de transforme en furie destructive, au langage fleuri, parvenant à rendre ridicules ses victimes qui jusque là en imposaient aux autres.

Bien évidemment, on reste dans une certaine logique du cinéma américain : les salopards sont de vraies ordures, et chacun aura droit à son exécution. Dans le cinéma d'exploitation, pas de temps pour la justice autre que la loi du talion guidée par la vengeance personnelle.

Un film à mettre en concurrence avec Dynamite Jones (ou Cleopatra Jones en VO) de Jack Starrett, produit par la Warner, projet que AIP, productrice de Coffy, espérait mettre en boite, mais American International Pictures n'avait pas les moyens de Warner, par contre avait plus de réactivité, car une fois le projet perdu, Coffy a été mis en chantier et est sorti avant Dynamite Jones. C'est amusant de voir la vision de l'héroïne noire-américaine des deux studios, AIP, indépendant, mettant en avant une justicière dans les quartiers malfamés, Warner, plus politiquement correct, préférant en faire un agent secret spécial travaillant pour le gouvernement, sous couverture comme mannequin. Les deux convergeant dans le même combat, celui contre les trafiquants de drogue.

SI vous aimez les films très marqués seventies, et l'action, la belle Coffy vous attend. L'éditeur BQHL avait proposé le film restauré sur support DVD en septembre 2016, il le propose désormais en Blu-ray.

Prévu pour le 9 septembre prochain, en VOst et VF, sans bonus.

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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard