[12/10/2019] La Nuit des morts vivants - 1990 (Sidonis)

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pak
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[12/10/2019] La Nuit des morts vivants - 1990 (Sidonis)

Message par pak » 17 oct. 2019, 19:40

De par son statut de remake du film culte de George A. Romero qui en 1968 inventait le film de zombie, du moins le modèle sur lequel va se fonder un sous-genre du cinéma d'horreur-gore qui n'en finira pas de montrer régulièrement à l'écran des humains dévorés par des mort-vivants plus ou moins amorphes. Sous-genre qui, 50 ans après, continue à autant fasciner si on en croit le succès de la série américaine The Walking dead.

Il faut dire que ça fait un petit moment que le film de zombie est sorti de son ghetto de la série B à petit budget. Pour le meilleur (28 jours plus tard et sa suite 28 semaines plus tard) comme pour le pire (World war Z), en passant par des réussites aussi inattendues qu'originales (le sud-coréen Dernier train pour Busan).

George A. Romero avait donné deux, non pas suites, mais plutôt deux autres épisodes à une sorte de trilogie autour du zombie, partant du même principe, à savoir un groupe de survivant piégé dans un lieu clos, qui doit à la fois combattre les créatures pour leur survie, mais aussi les tensions internes dans le groupe qui amènent généralement à des situations dramatiques.

Du fait de sa méconnaissance du milieu, Romero n'a gagné que très peu d'argent par rapport aux recettes de son premier film, la majorité étant partie dans les poches des distributeurs. Plus grave, suite à un imbroglio fait d'incompétence et de maladresse, le film tomba directement dans le domaine public par défaut de dépose de copyright. C'est donc Romero qui décide de lancer le remake de son film, comme s'il voulait finalement boucler sa trilogie (à l'époque car il poursuivra sa saga ensuite avec Le Territoire des morts sorti en 2005, Chronique des morts-vivants en 2008 et Le Vestige des morts-vivants en 2009), avec une nouvelle version du premier opus, en couleur et avec plus de moyens, rendant ainsi une cohérence visuelle et artistique à l'ensemble. Il va d'ailleurs en écrire le scénario, et coproduire, mais, et c'est peut-être là son erreur majeure, ne va pas réaliser. Cette tâche sera confiée à Tom Savini, que Romero connait bien, réputé pour ses maquillages (il a participé ainsi à plusieurs films de ce dernier), qui aimerait réaliser un long-métrage. Il avait déjà réalisé trois épisodes de la série Histoires de l'autre monde (Tales from the darkside) créée et produite par Romaro afin de révéler et alimenter un vivier d'auteurs / réalisateurs dans le domaine du fantastique (série qui, malgré ses 4 saisons entre 1973 et 1988, n'a pas révélé grand monde au final).

C'est donc le premier film de Tom Savini, et, un peu lâché par un Romero concentré sur son adaptation d'un roman de Stephen King (qui deviendra le moyennement réussi La Part des ténèbres), il va subir les pressions des autres producteurs, dont l'intrusif et phénoménal Menahem Golan qui souhaite revenir le plus possible vers le film original alors que Savini non, et la Columbia, distributrice du film, qui souhaite limiter les effets gores et choquants pour éviter une classification du film trop réductrice. Il y a donc quelques plans gores qui ont sauté au montage (mais au final n'est-ce pas plus mal ? ) et des scènes d'exécutions de zombies rendues moins "trashs", ce qui évita le film d'être classé "X" (ou "NC-17" aujourd'hui). On notera aussi une fin moins nihiliste que l'originale. Savini déclara qu'au final, environ 40 % seulement du film était conforme à sa vision personnelle.

Est-ce que le film aurait été meilleur si Romero l'avait plus aidé face aux producteurs ? Cela n'aurait probablement pas changé l'aspect plus fonctionnel que travaillé de sa mise en scène. Et puis le film n'est quand même pas le calque parfait du film de 1968, notamment grâce au traitement du rôle féminin principal, dont on se rappelle l'état quasi catatonique dans le film de Romero, traumatisée par les évènements, alors qu'avec Savini, il y a un virage radical au dernier tiers du film la concernant, prenant clairement son destin en mains telle Ripley dans Alien. Ce faisant, Savini respecte la traduction du film de zombie qui elle-même suit l’évolution de la société contemporaine au tournage. Cet aspect est présent dans les meilleurs films du genre, et le réalisateur ne l'a bien-sûr pas oublié. Et si la ségrégation n'est plus celle de la fin des années 1960 aux États-Unis, il n'en demeure pas moins que les tensions raciales n'ont évidemment pas disparu, et cet élément reste dans cette mouture, même si elle est logiquement moins prédominante. Enfin, ce qui ne change pas, voire qui est accentué, c'est la question de savoir si dans cet univers de fin du Monde, le zombie n'est au final pas le danger le plus significatif pour l'Homme et la survie de l'Humanité, le plus grand étant l'Homme lui-même. Thème et thèse largement développés avec talent par la série The Walking dead citée plus haut.

À sa sortie, ce remake, pourtant relativement réussi, ne va pas trouver son public et ne renouvèlera pas l'effet culte de la version de Romero. Peut-être la faute au manque de surprises si on connait le film de zombie en général, bien qu'il en réserve quelques unes par rapport au film remaké. Mais plus sûrement un échec lié au désintérêt constant du public pour le sujet depuis le milieu des années 1980, ce qui fera dire à Lucio Fulci, un peu vexé d'avoir été débarqué du tournage de Zombi 3 sorti en 1988, que les zombies étaient démodés. Sûrement vrai puisque le même jour que le film de Savini sortait aux États-Unis un film d'un autre genre dit démodé, le western Monsieur Quigley l'Australien, qui totalisera environ 20 millions de dollars de recettes contre à peine 6... En France, le film ne sortit que dans un circuit restreint en province, pas à Paris, et seule son exploitation en VHS lui donnera une visibilité plus large.


Un film à redécouvrir dans de bonnes conditions, et ça tombe bien puisque SIdonis, sortant du western, fait une pause zombie en proposant une réédition du film en Blu-ray et DVD (et non, ouf, pas de combo ! ). Ce master aux petits oignons remplacera avantageusement le DVD sorti le 26 septembre 2000 par Sony (qui contenait un commentaire audio de Tom Savini et un making-of de 25 minutes), réédité en 2003.

Le Blu-ray contient un livret de 24 pages écrit par Marc Toullec intégré au boîtier Digibook, absent de la version DVD. Les deux supports proposent en bonus :

- Le making-of (1999) de l'ancienne édition DVD, montrant une bonne partie des plans coupés,
- Une interview de Tom Savini de 28 minutes,
- Un entretien datant de 2016 avec l'actrice-cascadeuse Patricia Tallman,
- Un entretien avec Everett Burrell et John Vulich de la même année, responsables des effets spéciaux,
- La bande-annonce.

Bref, de copieuses galettes. Seul bémol, bien que mis en avant sur la jaquette (notez au passage la faute sur le prénom, écrit à la française avec un s), l'absence de George A. Romero dans les suppléments.

Le film est proposé en VOst et VF. Dans les bacs depuis le 12 octobre.

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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard