La demeure des braves / Je suis un nègre - Home of the Brave - Mark Robson

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kiemavel1
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La demeure des braves / Je suis un nègre - Home of the Brave - Mark Robson

Message par kiemavel1 » 19 nov. 2015, 22:25

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Réalisation : Mark Robson / Production : Stanley Kramer (United Artists) / Scénario : Carl Foreman d'après la pièce d'Arthur Laurents / Image : Robert De Grasse / Musique : Dimitri Tiomkin

Avec Jeff Corey (Le médecin), James Edwards (Moss), Lloyd Bridges (Finch), Frank Lovejoy (Mingo), Steve Brodie ( T.J ), Douglas Dick (Le major Robinson)

Un médecin militaire impuissant devant le cas d'un soldat afro-américain souffrant d'amnésie et paralysé de tous ses membres sans cause médicale identifiable, décide de faire témoigner les camarades qui avait participé avec lui à une mission de reconnaissance destinée à prospecter une île du Pacifique détenue par les japonais et de dresser des cartes du terrain afin de préparer son invasion. Il entend les témoignages de 3 hommes sans que les propos qu'ils tiennent soient vraiment éclairant, alors en désespoir de cause, le psychiatre utlise des narcotiques afin de faire parler le soldat. Moss commence par raconter la longue relation d'amitié qui le liait à Finch, l'un des membres du commando, un jeune homme qu'il avait connu à l'université ; puis au fur et à mesure des séances, il finit par évoquer les tensions nées au sein du commando au cours de la mission…
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Ce film tourné au début de l'année 1949 était l'une des premières productions Stanley Kramer. Son tournage démarra avant même la sortie du Champion, lui aussi réalisé par Mark Robson, qui sortira au printemps de la même année. C'était les premiers films importants qu'il produisait et le second Robson est typique des films ultérieurs du réalisateur/producteur : plein de bonne volonté, audacieux et plutôt courageux mais assez pesant en raison notamment des concessions accordées aux spectacles avec ces scènes chocs sensées heurter ou sensibiliser le spectateur mais qui aujourd'hui font (malheureusement) parfois un peu sourire ; un coté édifiant et moralisateur en raison de dialogues lourdingues venant appuyer des images qui parlaient d'elle même et, la plupart du temps -époque oblige-on peut déplorer aussi une euphémisation des problèmes de société évoqués. Dans Home of the Brave, en dehors d'un final qu'on peut trouver grotesque (c'est mon cas), de quelques incohérences et de quelques inepties…quand par exemple, on apprend de la bouche du psychiatre que les victimes de racisme serraient surtout des hypersensibles et des petites choses fragiles, on déplore peu de gros défauts et ce film serait plutôt nettement moins laborieux que certains des films que Kramer réalisa lui-même plus tard. Bien que daté, il a néanmoins indéniablement une importance historique non négligeable pour être l'un des premiers films a avoir pris comme sujet central les discriminations raciales à l'encontre des afro-américains, qui plus est dans une institution à priori intouchable si proche de la fin de la seconde guerre mondiale : l'armée américaine.
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À ce titre, c'était tout de même un film très audacieux pour l'époque. Il devançait d'ailleurs de très peu des films antiracistes qui sortiront peu après. Avant la fin de cette année 1949 sortiront en effet : L'héritage de la chair (Pinky) d'Elia Kazan, Frontières invisibles (Lost Boundaries) de Alfred L. Werker et L'intrus (Intruder in the Dust) de Clarence Brown…Puis sortiront au cours des années suivantes, notamment quelques films noirs et apparentés que je n'aime pas beaucoup à l'exception de Haines (The Lawless) de Joseph Losey (1950) ou Le Puits (The Well) de Russell Rouse (1951) mais qui sont tout de même des étapes dans la reconnaissance du racisme de la société américaine par son cinéma. En 1950, était sorti également La porte s'ouvre (No Way Out) de Joseph Mankiewicz, puis en 1957, L'homme qui tua la peur (Edge of the City) de Martin Ritt, avec par deux fois Sidney Poitier ; mais avant ce dernier et Harry Belafonte, il y eu donc James Edwards, le 'Private' Peter Moss du film de Mark Robson.

C'était déjà un immense progrès dans la représentation de l'homme noir à Hollywood d'en voir un qui n'était pas porteur de valise, domestique, cuisinier ou chauffeur. Le soldat Peter Moss est un ingénieur topographe et l'homme essentiel de la mission qui consiste comme je l'ai dit plus haut à cartographier une zone dont l'armée américaine envisage l'invasion. Les autres hommes du commando ne sont que des "armes" ou des supérieurs hiérarchiques chargés de mener à bien la mission mais le personnage central - pas seulement en raison des intentions des auteurs - c'est bien le soldat noir. Ensuite, au cours du premier flashback, les souvenirs de Moss le ramènent à l'époque de ses études et on nous montre une belle relation d'amitié interraciale dans une école multiraciale…Le soldat Finch (Lloyd Bridges) et Moss s'étaient connu à l'université de Pittsburg et l'on voit donc des étudiants blancs et noirs se côtoyer durant les cours, se retrouver le soir venu ou jouer au basket dans des équipes multiraciales. Mais le film avait l'intention de montrer qu'il s'agissait de cas exceptionnels et que la société américaine croulait sous les préjugés raciaux ancrés au plus profond des inconscients même chez les insoupçonnables.
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Ainsi lorsque Moss arrive dans le bâtiment dans lequel sont regroupés les hommes du commando, à l'exception de Finch qui le retrouve avec joie, il est accueilli plutôt fraichement par les 2 autres hommes et de manière carrément hostile par le caporal surnommé T.J par ses camarades (Steve Brodie). Même le jeune Major chargé de mener le groupe est d'abord hostile à sa présence mais n'en dit rien. Je fais les présentations d'usage. La situation de départ est la suivante. On a donc le soldat Finch (campé par un excellent Lloyd Bridges) : c'est un bon vivant, un homme simple qui rêve d'ouvrir un restaurant après la guerre avec son ami Moss. Le sergent Mingo (interprété par un Frank Lovejoy encore plus remarquable) : C'est un type cultivé, passionné de poésie mais dont on ne connait pas l'emploi dans le civil. Il est taciturne, froid, réservé en raison de problèmes personnels sur lesquels nous aurons quelques informations. C'est le personnage le plus complexe. Conservateur et assez bigot, il s'oppose de manière minimale au vrai raciste déclaré du groupe mais ne se montre pas hostile envers Moss. Le caporal Everett dit "T.J" : C'est le plouc du groupe, un type arriéré, bigot, conservateur, le représentant de l'amerdique profonde. Un peu crétin, il est capable de laisser échapper ses préjugés racistes sans s'en rendre compte ou à contrario de les exposer directement à la face de Moss, parfois en le visant directement par ses remarques. Il y a enfin le jeune Major Robinson. D'emblée hostile à la présence du soldat noir, il se voit imposer sa présence et semblera s'en accommoder. C'est celui que l'on connaitra le moins. Inexpérimenté, il laissera d'ailleurs pour ainsi dire la responsabilité du groupe à ses sous-officiers.

Je ne dis pas grand chose de l'opération commando sinon que cette partie, assez nettement moins bavarde que la précédente, est remarquablement mise en scène par Mark Robson qui multiplie les gros plans sur les visages dont ceux très expressifs d'Edwards, de Lovejoy et de Bridges, centrant sa caméra sur les acteurs du drame en train de se jouer. Dans cette situation périlleuse, exposés à l'ennemi, les vrais visages de ces hommes vont se révéler mais le conflit ouvert à l'intérieur du groupe ne fera pas seulement imploser le groupe de l'intérieur, il attirera l'attention sur le commando infiltré et les exposera à l'ennemi embusqué dans la jungle. Au sentiment de claustrophobie bien rendu par la mise en scène de Robson, s'ajoutera l'angoisse engendrée par la présence dans le secteur de soldats japonais que l'on ne verra jamais.
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La suite, c'est à dire le dernier flashback qui permet de comprendre les raisons de la paralysie du soldat Moss, ne devrait pas être lu par ceux qui désirent découvrir le film...Les raisons qui avaient entrainé l'amnésie et la paralysie du soldat sont exposées de manière un peu brouillonne et ambiguë. Son effondrement psychologique n'est pas du au harcèlement subi mais est la conséquence d'un sentiment de culpabilité survenu à la suite de la mort de Finch dont il se rend responsable. Il y a donc d'une part, le sentiment de culpabilité éprouvé par le survivant et un sentiment plus personnel vis à vis d'un homme dont il dit avoir souhaité la mort. Le médecin lui aussi très bien campé par l'excellent Jeff Corey, croit comprendre que Moss fut soulagé que Finch soit tué à sa place mais -et c'est là l'ambiguité selon moi- Moss semble aussi avoir éprouvé un court et coupable sentiment de "vengeance" lorsque son ami avait été tué car celui ci venait à son tour de laisser échapper une injure raciste proférée dans un moment de tension extrême alors que la mission avait été tout près d'échouer. A cela s'ajoute des traumatismes plus anciens, accumulés depuis l'enfance ou se mêlent, chez l'homme humilié, à la fois de la colère et un sentiment de honte en raison de sa couleur de peau. Tout ceci est un peu confus et ambiguë mais reste assez honnête. Par contre, la scène montrant la "guérison" du malade est d'un ringard et d'une connerie redoutables. Le " Get up and Walk, You Dirty Nigger !!! Get up !!!! du psychiatre est involontairement amusant.

Stanley Kramer avait été jusqu'à faire tout son possible pour que la presse noire assure la promotion du film et il s'est arrangé pour que le film soit projeté en avant-première notamment à Harlem. Il assurait donc aussi le service après vente. Je signale aussi que dans la pièce de théâtre d'Arthur Laurent "Home of the brave", le soldat paralysé était juif mais dans le scénario du à Carl Foreman, il s'agit donc d'un afro-américain, un choix semble t'il guidé par les quelques films récents ayant abordés l'antisémitisme dans la société américaine, si bien que l'un des responsables du projet aurait déclaré : " les juifs, c'est fait…"…" Place aux nèg…Pardon…Place aux noirs ". Pas un obligatoire du genre mais à voir.
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