La pièce maudite - The Brasher Doubloon - John Brahm - 1947

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kiemavel1
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La pièce maudite - The Brasher Doubloon - John Brahm - 1947

Message par kiemavel1 » 15 déc. 2015, 09:53

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La pièce maudite - The Brasher Doubloon (1947)
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Le détective privé Philip Marlowe est convoqué par la secrétaire d'une riche veuve demeurant à Pasadena qui envisage de l'engager. Arrivé au manoir, il fait la connaissance de Merle, la jolie secrétaire de Mme Murdock qui le met en garde contre l'excentricité et le caractère difficile de la vieille dame. Celle ci le reçoit et lui expose la raison de sa venue : le vol d'une pièce de monnaie rarissime disparue de la collection de son défunt mari. L'affaire semble simple puisque seulement 3 personnes avaient accès au coffre : Mme Murdock, son fils et sa secrétaire mais Marlowe ne semble pas particulièrement intéressé par l'affaire en dépit des 100 dollars d'avance qui arrangeraient sa situation financière. C'est qu'il se méfie du manque de franchise de Mme Murdock qui affirme soupçonner quelqu'un en particulier mais refuse d'en dire plus. D'autre part, l'atmosphère régnant dans le manoir est étrange. Après une conversation assez vive entre Merle et Leslie, le jeune fils de la maison, ce dernier a essayé de se débarrasser du détective en affirmant qu'on n'avait pas besoin de ses services et surtout l'acariâtre et tyrannique Mme Murdock semble avoir une grande emprise sur Merle, une jeune femme fragile et perturbée…Marlowe accepte l'affaire et exploite l'une des rares informations données par sa commanditaire : un expert numismate nommé Elisha Morningstar s'était il y a quelques jours enquis de la pièce et l'avait sollicité pour en faire l'acquisition…
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The High Window, le 3ème roman écrit par Raymond Chandler avait déjà été adapté à l'écran en 1942 sous le titre Time to Kill mais en changeant le nom du détective Philip Marlowe afin d'intégrer le film dans la série des enquêtes d'un autre détective privé de la littérature puis de l'écran : Michael Shayne, interprété avec succès à 7 reprises par Lloyd Nolan entre 1940 et 1942. Or, l'univers des "Michael Shayne" qui apparente la série davantage à la comédie policière plus qu'au film noir est très éloigné de celui voulu par Chandler. On peut donc comprendre le désappointement de l'auteur à la sortie du film et Il a du être à peine plus satisfait de cette seconde adaptation même si elle est tout de même nettement moins parodique que la première. Cependant, pour apprécier ce film, il faut oublier Adieu, ma belle (Murder my Sweet) ou Le grand sommeil (The Big Sleep) et les deux grands interprètes du rôle de Marlowe, Dick Powell et Humphrey Bogart, dans ces deux films qui avaient précédé celui de John Brahm. Mais de mon point de vue, The Brasher Doubloon n'est cependant pas un film noir raté mais un noir allégé tant son esthétique l'éloigne des canons du genre (alors que le metteur en scène avait su au cours des années précédentes donner de "vrais" films noirs) mais c'est surtout son traitement d'une histoire embrouillée "à la Chandler" qui dénature les intentions de l'auteur car Brahm et/ou les auteurs du scénario ont semblé traiter par dessus la jambe cette histoire en accentuant notamment le coté grotesque de certains personnages secondaires et surtout en exploitant les troubles de Merle, l'un de ses personnages clés, de manière plutôt drôle. Il est aussi possible que John Brahm ai eu conscience qu'il n'avait pas non plus une distribution capable de donner toute la mesure de cette histoire à cause des deux têtes d'affiche dont il disposait, l'une inexpérimentée (Nancy Guild), l'autre peu prédisposé pour le genre (Montgomery).
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De fait, le Marlowe de George Montgomery est bien plus léger que ses prédécesseurs. Ce n'est pas un de ces durs à cuire portant sur eux leur connaissance des bas fonds qu'ils ont assidûment fréquenté et on ne perçoit nulle lassitude chez ce Marlowe là. Il est plus jeune (Montgomery avait 30 ans), plus optimiste, plus souriant et plus charmeur (Ah cette moustache !). Nul cynisme ni de sarcasmes chez lui mais il manie l'ironie et use de son sourire pour enjôler (ou engeôler ; comme on veut) ses adversaires plus ou moins déclarés. Un charme juvénile et une gaité coupables ? Son Marlowe est-il trop confiant et trop optimiste ? Peu (m')importe tant ce personnage est cohérent dans l'univers montré par le metteur en scène. Mais certes, ses manières douces, sa nonchalance et même son usage occasionnel de la force pourront déconcerter car même quand il passe à l'action, sa manière de désarmer ses agresseurs ou bien sa façon de se battre (il pratique davantage le coup de pied au cul que le coup de poing rageur) sortent des canons du genre. L'intrigue est en revanche totalement "film noir" ; sous genre "à la Chandler" car même si l'intrigue a été simplifiée par rapport à celle du roman et même par rapport à la 1ère adaptation à l'écran, on croise tout de même de nombreux personnages mystérieux dans une intrigue incluant : vol, chantage, meurtres (3) sur fond de secret de famille. Mais, parallèlement à son enquête, Marlowe s'assigne une mission secondaire qui m'a semblé plus intéressante et amusante que la première : décoincer Merle, une jeune femme terrifiée par les hommes…car le moins qu'on puisse dire, c'est que le traitement des troubles névrotiques de la demoiselle est pour le moins facétieux.
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On découvre une belle jeune femme vulnérable et au comportement énigmatique car elle semble toute dévouée à une vieille dame qui semble pourtant exercer sur elle une pression constante. Merle semble trembler au son de la voix de Mme Murdock qui use d'elle comme d'une esclave virtuelle. Mais c'est surtout son comportement avec Marlowe qui intrigue ce dernier. Lors de leur rencontre, elle se crispe quand il la touche "accidentellement" et avoue fuir tout contact avec les hommes. Notre expert Marlowe se propose aussitôt pour tenter de guérir la phobie de Merle !..et cela occasionne quelques séquences amusantes même si le personnage n'est pas exploité totalement car la fragile jeune femme pourra aussi représenter une menace…à laquelle on ne croit guère en raison du jeu relativement limité de la jeune Nancy Guild qui joue ça en ayant l'air d'avoir en permanence les yeux pris dans les phares. Dommage car le traumatisme enfoui en elle est la clé de l'énigme et cet aspect aurait peut-être mérité d'être traité avec un peu plus de sérieux…
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Merle n'est pas le seul personnage étrange que va croiser Marlowe. Dans le manoir, il fait donc la connaissance de la sinistre Mme Murdock (Lucille Bates, dans un rôle assez proche de celui qu'elle tenait dans Rebecca) et de son jeune fils Leslie (Conrad Janis), un enfant gâté (pourri ?) et arrogant auquel sa mère est très attachée. Puis Marlowe va rencontrer une troupe bigarrée de personnages louches, mais pour moi au moins aussi inquiétants qu'amusants. Elisha Morningstar (Housely Stevenson) un expert numismate retrace notamment, sourire au lèvre, la sinistre histoire des possesseurs de la "pièce maudite". Puis Eddie Prue (Alfred Linder), accent allemand prononcé et une paupière lui tombant sur l'oeil, rend visite à Marlowe pour l'intimider. On retrouve aussi Marvin Miller (en tenancier d'un tripot). Fritz Kortner est le photographe d'actualités Rudolph Vannier (et son rôle de maitre chanteur aurait pu convenir à un Peter Lorre) et enfin Roy Roberts interprète le flic qui suit également l'affaire pour la police ; sans rien y comprendre, arrivant toujours trop tard, comptant les morts et donc perpétuellement exaspéré. À signaler aussi, l'épilogue assez vieillot au cours duquel Marlowe réunit tous les acteurs du "crime" dans son bureau…Sympathique mais John Brahm a donné de bien meilleurs films au genre et surtout en respectant totalement le programme. Passé au moins une fois sur une chaine française. DVD gravé (vost)
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kiemavel1
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Re: La pièce maudite - The Brasher Doubloon - John Brahm - 1947

Message par kiemavel1 » 15 déc. 2015, 09:56

Nancy Guild avait été lancé par la Fox comme une alternative à Gene Tierney mais sa carrière a tourné court. Après avoir obtenu les 1er rôles féminins de Quelque part dans la nuit (Mankiewicz), La pièce maudite puis Cagliostro (Ratoff et Welles), elle se retrouva vite au coté de Francis (le mulet qui parle) ou des Deux nigauds (à peine plus malins que le précédent) mais elle tournera encore un film au coté de Mark Stevens et Rhonda Fleming : Little Egypt

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