The Boss - Byron Haskin - 1956

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kiemavel1
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The Boss - Byron Haskin - 1956

Message par kiemavel1 » 21 oct. 2017, 22:16

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Réalisation : Byron Haskin / Production : Frank N. Seltzer / Distribution : United Artists / Scénario : Dalton Trumbo / Photographie : Hal Mohr / Musique : Albert Glasser

Avec : John Payne (Matt Brady), William Bishop (Bob Herrick), Gloria McGehee (Lorry Reed), Doe Avedon (Elsie), Roy Roberts (Tim Brady), Rhys Williams (Stanley Millard)

En 1919, dans une ville du Midwest, le capitaine Matt Brady défile à la tête de ses hommes lors de la parade organisée pour le retour des anciens combattants. Avec son ami d'enfance le sergent Bob Herrick, il retrouve enfin sa ville, bien décidé à suivre sa propre route et monter sa propre affaire avec Bob en dépit des désirs de son frère ainé Tim, le maitre occulte de la ville, à la fois homme d'affaires et celui qui fait et défait les carrières politiques, qui souhaite le faire travailler avec lui. Il retrouve sa petite amie de longue date, l'institutrice Elsie Reynolds mais un soir d'ivresse, retardé par son ami Bob, lui aussi secrètement amoureux d'Elsie, Matt se présente en retard à un rendez-vous puis en raison de la répulsion qu'elle semble éprouver à son égard en raison de son ivresse, il l'a rejette violemment, rompt les fiançailles et sur un coup de tête épouse la 1ère fille rencontrée dans un bar. Lorsque son frère meurt à la suite d'une violente dispute au sujet de cette fille dont Matt refuse de divorcer malgré qu'elle pourrait nuire à la réputation de la famille, Matt le remplace comme le Boss de la ville. Il étend son influence jusqu'à devenir le maitre de l'état...
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Ce film de Byron Haskin -co-produit par son acteur principal- était un projet très ambitieux mais il fut réalisé avec un budget minuscule. Or, malheureusement, la biographie d'un parrain, une sorte d'ancêtre du fameux parrain de Coppola (surtout le 2ème volet)…avec le budget pour réaliser la biographie d'un patron de bistro, cela fonctionne moyennement sur moi. C'est comme ça que je pourrais présenter ce film avec un brin de provocation car je crois qu'il est plutôt apprécié par les admirateurs de John Payne. Le scénario du film de Byron Haskin, signé sous un nom d'emprunt par Dalton Trumbo, fait le portrait psychologique d'un être fruste et opportuniste qui transpose par prudence au début du siècle le portrait à peine maquillé d'un homme ayant réellement existé. Le scénario s'inspire en effet de la vie et de la personnalité de Tom Pendergast, surnommé le "Boss Tom", un homme politique et homme d'affaires de Kansas City. Pendergast, décédé en 1945, avait été l'un des dirigeants politiques les plus puissants des États-Unis. Tout comme dans le film, Pendergast avait pris la direction de la scène politique locale lorsque son frère aîné qui dirigeait le parti démocrate était mort.
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Il faisait et défaisait les carrières politiques et comme son incarnation cinématographique, il était impliqué dans des fraudes électorales, des affaires de corruption, de trafics d'influence…et tutti quanti comme on dit à Napoli. Dans le film, on voit son incarnation utiliser ses liens politiques pour faire pression sur des industriels, favoriser la carrière politique de ses poulains en bourrant les urnes ou plus subtilement en créant ou finançant des associations favorables aux candidats qu'il lance. L'un d'eux, Ernie Jackson, le personnage interprété par Joe Flynn, était une représentation romancée du président Harry Truman, qui a été soutenu par Pendergast lorsqu'il fut candidat au Congrès en 1934. L'acteur ressemblait même à Truman. Si cette évocation des relations incestueuses entre l'élite politique et les milieux d'affaires américains commençait à être intéressante, en partie faute de moyens, le film ne fait que survoler cet aspect et en dit finalement moins sur la corruption que bien des films plus modestes dont le modèle serait The Phoenix City Story. Pendergast était aussi un homme d'affaires qui avait notamment fait fortune dans le ciment. Dans le film, on voit Brady débuter dans les affaires vraiment lucratives en imposant au propriétaire d'une cimenterie qu'il lui cède la moitié de ses parts contre l'assurance d'obtenir des marchés publics. Il y gagnera un ennemi durable car le frère de cette entrepreneur, interprété par Rhys Williams, est un journaliste influent. Mais c'est surtout la crise des années 30 puis ses liens avec les bas-fonds qui finiront par le perdre car bien que devenu un délinquant en col blanc, il ne s'éloignera jamais vraiment du caniveau, ses liens avec le gangstérisme précipitant sa chute car il va se faire déborder par encore plus sordide que lui : le méconnu Robin Morse composant un gangster (le personnage de Johnny Mazia) vraiment inquiétant.
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Mais plus que l'ascension et la chute d'un parrain, c'est le portrait psychologique d'une personnalité extrême et le volet 'vie privée' de la vie de cet homme qui fait l'intérêt de ce film. Pour ses admirateurs, John Payne y avait trouvé un de ses meilleurs rôles dans un film qui fut aussi un de ses derniers avant qu'il ne passe à la télévision, notamment pour la série The Restless Gun. Il tenait au projet puisqu'il le co-produisit et lui même pensait qu'il avait livré dans ce film la meilleure performance de sa carrière. La plus voyante, c'est sûr. La meilleure, ça l'est moins. Certes, il campe sur plusieurs dizaines d'années un personnage censé être dans sa trentaine au début du récit et on le suit jusqu'à sa chute, et la métamorphose physique de Payne est assez spectaculaire mais pour le reste, j'ai l'impression de voir une caricature de cet acteur déjà peu subtil et c'était selon moi déjà dans le personnage. Mon premier soucis -qui n'en sera pas un pour d'autres- est qu'il compose l'un des personnages principaux les plus antipathiques de toute l'histoire du genre et il est évident que c'est tout à fait volontairement que Payne a composé ce personnage pour qu'à aucun moment le public ne soit de son coté.
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Pour aimer ce film, il doit falloir éprouver au minimum de la curiosité pour ce monstre. En dehors de la partie finale ou l'on verra un homme abattu et fragilisé par les trahisons successives, on ne verra jamais John Payne autrement que la mine sombre, l'air dédaigneux, le visage renfrogné et l'oeil mauvais. Je pense que l'on doit pouvoir regarder avec une certaine fascination cette personnalité extrême, ce cas pathologique, cet arriéré hargneux, cette personnalité auto destructrice qui se montre incapable d'aimer et qui détruit tout le monde autour de lui. Le seul être que Brady aura un peu respecté est son ami Bob, l'ami d'enfance avec lequel il fera la guerre et qui l'accompagnera un temps au début de son ascension sociale. C'est Brady qui va l'inciter à étudier le droit afin d'en faire son avocat et homme de confiance. Même lorsqu'il deviendra son rival amoureux, il continuera un temps à supporter son ami alors même que c'est Bob qui fini par épouser Elsie, l'ex fiancée de longue date de Brady. La rancoeur finira tout de même par le rattraper car lui même fait un mariage désastreux. Brady traine avec lui une femme qu'il méprise, notamment pour sa laideur. Sur un coup de tête, il avait forcé la main d'une pauvre fille rencontrée dans un bar et il ne va pas cesser de la rabaisser et de l'humilier même quand elle va tenter de s'embellir et de s'éduquer pour se faire aimer de son mari, tout en refusant obstinément de divorcer. Même lorsqu'il se retrouvera en difficultés financières, il la repoussera encore. Leur relation peut faire penser à celle qu'entretienne Gassman et sa femme, qu'il méprise et humilie, dans le film de Scola Nous nous sommes tant aimés ! mais dans le film d'Haskin, la relation est beaucoup plus violente et elle est montrée sans une once de l'humour mordant de Scola.

Je suis moyennement client de ce film de Byron Haskin qui est plutôt défendu par de nombreux critiques sérieux et, encore une fois, qui est souvent tenu pour être celui dans lequel John Payne a livré sa meilleure ou l'une des meilleures interprétations de sa carrière. Passé à la télévision chez nous mais pas hier. Vu en vost.

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