Mort à l'arrivée (D.O.A.) - Annabel Jankel & Rocky Morton - 1988

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pak
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Mort à l'arrivée (D.O.A.) - Annabel Jankel & Rocky Morton - 1988

Message par pak » 01 déc. 2017, 19:52

Mort à l'arrivée (D.O.A.)
Annabel Jankel & Rocky Morton (1988)

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Interprètes principaux :

Dennis Quaid (Dexter Cornell)
Meg Ryan (Sydney Fuller)
Charlotte Rampling (Madame Fitzwaring)
Daniel Stern (Hal Petersham)
Jane Kaczmarek (Gail Cornell)
Christopher Neame (Bernard)
Robin Johnson (Cookie Fitzwaring)
Robert Knepper (Nicholas Lang)
Jay Patterson (Graham Corey)
Brion James (Detective Ulmer)
Jack Kehoe (Detective Brockton)
Elizabeth Arlen (Elaine Wells)
Karen Radcliffe (Jane Corey)
William Forward (Le résident en chef)
Lee Gideon (Monsieur Fitzwaring)
Bill Bolender (Nick Lang Sr.)
John Hawkes (Sloane)
Michael Costello (Le président de l'université)
Bill Johnson (Le sergent de police)
Brent Anderson (Metcalf)...

Scénario : Charles Edward Pogue, d'après le script original de Russell Rouse et Clarence Greene

Musique : Chaz Jankel

Production : Andrew J. Kuehn, Ian Sander, Cathleen Summers, Laura Ziskin / Bigelow Productions, Silver Screen Partners III, Touchstone Pictures

Distribué par Buena Vista Pictures (États-Unis) / Warner Bros. (France)


Sortie États-Unis : 18/03/1988 - Sortie France : 09/11/1988



Le sujet : Une nuit, un professeur à l'université, ancien romancier à succès, pénètre dans un commissariat et s'effondre en annonçant qu'il vient d'être empoisonné. Commence l'étrange récit de "sa mort"...


Ce que j'en pense :

L'introduction en noir et blanc, malgré la musique rock estampillée années 1980, annonce la couleur (si je puis dire), le film s'inscrit dans une démarche d'hommage au film noir classique. Et on parle bien là d'hommage. Car si à propos du western, on annonce régulièrement sa mort au fil des décennies alors qu'il en sort dans les salles encore régulièrement, au point que l'expression western crépusculaire est désormais utilisée pour qualifier un genre certes loin de la profusion de productions d'avant les années 1960, mais qui perdure au point de soi-disant agoniser depuis plus de 50 ans, on évoque rarement le film noir pour lequel Humphrey Bogart est l'acteur le plus symbolique, genre qui n'a pas survécu aux années 1970. Dans les années 1980, il y a bien quelques tentatives, même si dès 1981, on en est déjà au remake avec La Fièvre au corps (Body heat) de Lawrence Kasdan ou Le Facteur sonne toujours deux fois (The Postman always rings twice) de Bob Rafelson, et malgré des films comme Sang pour sang (Blood simple, 1984) des frères Coen, L'Année du dragon (Year of the dragon, 1985) de Michael Cimino, Un été pourri (The Mean season, 1985) de Phillip Borsos ou encore Sans pitié (No mercy, 1986) de Richard Pearce, on sent bien que le genre disparaît quasi complètement à la fin des années 1980, pour être remplacé par un genre plus vicieux, plus glauque, le thriller, dont Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs) de Jonathan Demme sera le fer de lance dès 1991, imposant une structure qui sera longtemps copiée, rarement égalée, et seuls de rares talents comme David Fincher arriveront à se distinguer, au point de presque revenir aux bases du genre noir avec un film comme Gone Girl en 2014.

Donc en 1988, on en est à l'hommage, ce qui se confirmera par la suite dans les années 1990-91 avec des films comme Miller's Crossing encore une fois des frères Coen accros au genre, Les Arnaqueurs (The Grifters) de Stephen Frears ou Dead Again de Kenneth Branagh. En revoyant ces films, on perçoit rapidement le dénominateur commun d'auteurs qui souhaitent citer en un exercice de style les fondamentaux du film noir. Mais l'exemple le plus significatif, et le plus surprenant, annonçant la mort du genre est peut-être Qui veut la peau de Roger Rabbit (Who framed Roger Rabbit) de Robert Zemeckis qui, la même année que Mort à l'arrivée (les deux films étant sortis à quelques mois d'intervalle), à travers sa parodie reprenant les gimmicks du film noir pour une enquête sur la disparition de cartoons, peut être vu et lu comme une parabole sur la disparition du film noir classique. Annabel Jankel et Rocky Morton, les coréalisateurs anglais de Mort à l'arrivée, initient donc cette démarche d'hommage (si on en doutait encore, il suffit de regarder les noms de certains personnages que le héros du film rencontrera : Ulmer, Fuller, et Nicholas Lang n'est-il pas un mixe de Nicholas Ray et Fritz Lang ? ), tout en gardant une part de créativité, d'une manière relativement simple puisqu'ils recyclent un film de Rudolph Maté sorti en salles en 1950 en plein âge d'or du genre, et qui portait le même titre. Un choix malin dans le sens où le pitch est original, et surtout le film n'est pas le plus connu dans sa catégorie, tout en l'étant assez pour parler aux cinéphiles, et donc prêtera moins le flanc aux comparaisons que s'ils avaient choisi un classique encensé par la critique et cité comme référence. On peut lire un peu partout que le film de Maté est lui aussi un remake, celui d'un film allemand connu en France sous le titre L'Homme qui cherche son assassin (Der Mann, der seinen mörder sucht) réalisé par Robert Siodmak en 1930, dont l'un des scénariste était Billy Wilder. Siodmak et Wilder, les hommes qui donneront plus tard des fleurons du film noir, respectivement Les Tueurs (The Killers) en 1946 et Assurance sur la mort (Double indemnity) en 1943. Pourtant affirmer que Mort à l'arrivée premier du nom est un remake de ce film allemand est à la fois un peu vrai et à la fois surtout faux. Un peu vrai car le point commun entre les deux trames est un homme à la recherche de son meurtrier. Mais surtout faux car dans le film allemand, le héros veut retrouver son futur assassin qu'il a missionné lui-même car suicidaire mais n'arrivant pas à passer à l'acte, alors que dans l'américain, le héros est déjà quasi mort, empoisonné, et n'a que peu de temps pour mettre la main sur son empoisonneur avant de succomber. De plus, le déroulement des intrigues n'ont strictement rien à voir, nettement plus rocambolesque et burlesque côté allemand, désespéré et sans issue côté américain. Si les scénaristes de Mort à l'arrivée se sont inspirés du film de Siodmak, alors ils n'en ont gardé que l'idée d'un homme qui soit à la fois victime et enquêteur, mais pour un développement complètement original. Ces scénaristes sont en fait constitué d'un duo travaillant ensemble, le tandem Russell Rouse / Clarence Greene, le premier écrivant et réalisant, tandis que le second écrivait et produisait, et ce durant une bonne vingtaine d'années. L'adaptateur de 1988, Charles Edward Pogue, réactualisera le script original de manière assez maligne, et c'est presque miracle au regard de son travail par ailleurs, peu original (un autres remake, celui de La Mouche, la troisième suite de Psychose, les deux Cœur de dragon, le nanar Kull le conquérant et des adaptations de Sherlock Holmes pour la télévision... ).

Ceci dit, l'héritage du film noir est lourd, voire encombrant pour quiconque se lançait dans les années 1980 dans l'entreprise. Mais surtout vis-à-vis du film de Maté. En effet, si le postulat de départ permet un démarrage en fanfare, il faut admettre que le film original n'était pas exempt de défauts, l'originalité de son idée centrale plaçant une barre trop haute pour que le film reste à niveau sur toute sa durée, sûrement la raison pour laquelle ce film n'est pas souvent cité lorsqu'on évoque le genre. Postulat dont profite évidemment ce remake qui débute par l'arrivée du personnage principal dans un commissariat, hagard, et qui vient annoncer son propre assassinat. D'entrée on est happé par le côté inéluctable de ce point de départ. Ce qui saute aux yeux aussi d'emblée, c'est le respect des auteurs pour le matériau d'origine, ce qui n'était pas évident puisqu'ils ont fait leurs classes dans la publicité. Annabel Jankel et Rocky Morton étaient alors considérés comme des petits génies de la vidéo. Durant les années 1980, avec la prolifération des clips musicaux et les progrès techniques, la période était aux expérimentations, et les deux compères connaissent une certaine notoriété grâce à leurs travaux mêlant images réelles, animation et ordinateurs. Ils rencontrent le succès avec Max Headroom, série cyberpunk présentant ce qui est considéré comme le premier personnage de télévision en images de synthèse, même si à la base, ce n'est pas exact, puisque ce personnage était en fait joué par un acteur maquillé et affublé de prothèses sur le visage, et ce c'est qu'après avoir été filmées que les images obtenues ont ensuite été bidouillées sur ordinateurs. Cette série inhabituel va rencontrer un engouement public et être diffusée un peu partout, notamment en France sur la jeune chaîne Canal + en 1988, et bien qu'ayant peu duré (2 saisons pour 14 épisodes), elle marquera suffisamment pour entrer dans la mémoire audiovisuelle de la décennie. Et ouvrir la porte d'Hollywood aux deux petits malins, porte qui va d'ailleurs vite se refermer suite au four de leur second et dernier film, l'adaptation du jeu vidéo Super Mario Bros. dans laquelle ils vont donner libre cours à leurs délires visuels... et pondre un navet grotesque, au point de dégoutter Nintendo, propriétaire du personnage, de retenter une expérience de genre (et à vrai dire, ce n'est pas plus mal ! ).

Mais heureusement, même s'ils se permettent quelques coquetteries de caméras, les réalisateurs les espacent suffisamment pour que ça ne dérange pas la lecture du récit, et sont relativement discrètes (hormis les dé-cadrages de travers sur la fin qu'ils auraient pu éviter), et s’intègrent dans une mise en scène léchée et travaillée. De ce point de vue là, on ne va tout de même pas se plaindre qu'ils évitent la facture télévisuelle à leur long-métrage et qu'ils ne se contentent pas de se reposer sur un script certes fort, car une idée géniale d'écriture ne suffit généralement pas seule à assurer le réussite d'un film. D'autant que cette mise en scène nous entraîne dans un tourbillon infernal, où plutôt c'est le héros qui est aspiré, dépouillé très rapidement de ce qui le maintenait en vie, jusqu'à son propre corps transformé en compte à rebours mortel. Ce qu'on apprécie aussi chez les auteurs, c'est leur manière d'installer une ambiance double. La première est d'ordre climatique. Les faits ont beau se dérouler durant les fêtes de Noël, à Austin au Texas, il nous est suggéré que la région subit des températures anormalement hautes, en tous cas suffisamment pour empirer l'état de santé et l'aspect physique du héros, dont la sueur dégouline sur le visage et macule sa chemise trempée. Les couleurs sont chaudes, la moiteur palpable, et lorsqu'il réalise ce qui lui arrive, cette impression de chaleur va s'accentuer, peut-être pas reflétant la réalité, mais en tous cas telle que va la ressentir l'agonisant. D'ailleurs on en arrive à l'autre ambiance, plus dans l'onirisme, ou plutôt le cauchemardesque. Insidieusement, et malgré le côté réaliste des décors et lieux traversés, c'est une impression de mauvais rêve qui s'installe, et qui perdure lorsque la nuit vient assombrir la scène. C'est là que certains effets de mise en scène, qu'on pourrait penser gratuits, prennent tout leur sens, puisque la perception du personnage de la réalité va en se dégradant. La caméra se fait alors le révélateur de l'environnement perçu comme un univers qui, déjà, n'est plus tout à fait le sien. L'effet nocturne vient renforcer l'impression de rêve éveillé, et le cauchemar s’installe alors définitivement, avec cette propriété cossue où un suicide sera commis, cet étang de goudron qui englouti tout, cette fête foraine perçue par les sens affaiblis d'un homme en perdition.

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Pas trop la forme moi...

Enfin soulignons le fait que les auteurs brassent divers aspects du film noir sans trop en faire et évitent de s'emmêler les pinceaux malgré l’enchaînement des situations, un peu sur un modèle à la Martin Scorsese avec After Hours. Ils convoquent ainsi le polar psychologique (une récurrence dans le film noir américain dans la dernière moitié des années 1940 et la décennie suivante), le thème plus classique de la course contre la montre (ici dérisoire), en passant par la manipulation, la jalousie, la traîtrise, la multiplicité des suspects, les fausse pistes... Même le côté embrouillé du scénario parfois peu clair ou trop dispersif (un peu comme son modèle) participe à cette revue en règle de la série noire, chaque scène semblant vouloir rebondir sur l'un des aspects pour ne jamais ennuyer. On retrouve aussi la figure du personnage principal blasé, comme un détective sans plus aucune illusion sur l'humain, ou un flic qui aurait vu trop d'horreurs, et qu'un électrochoc va réveiller, le forçant à s'impliquer plus personnellement qu'il ne l'avait plus été depuis trop longtemps, quitte à en mourir, et qui use d'une ironie mordante, celle de ceux qui n'ont plus rien à perdre. Et au diapason, la conclusion n'en sera pas moins ironique, confortant le pessimisme inhérent au film noir, mettant en scène des drames dont les raisons sont souvent pathétiques. Par rapport au film original, puisque comparaison il y aura forcément, les auteurs inscrivent leur film dans leur époque, et ne cherche pas à calquer le modèle. Le début en noir et blanc n'est qu'un clin d’œil, la suite se démarquant fortement de film de Rudolph Maté hormis bien-sûr l'idée centrale. Ainsi la vision de la société américaine et les motivations des personnages sont typiques de l'individualisme des années 1980, axé sur le gain et la notoriété de plus en plus enflée par la télévision et les médias. La victime empoisonnée n'est donc plus un notaire, mais un écrivain qui a connu son heure de gloire sans avoir su en profiter, ce qui le rend au regard de ses contemporains pitoyable, au mieux, quand il ne suscite pas de sentiments plus violents, car l'ère est au capitalisme économique, en train de devenir le modèle mondial, d'autant que son opposé soviétique est sur le point de s'écrouler.

Hélas, quelques failles empêchent l'adhésion totale. Quelques défauts qui freinent l'enthousiasme, le principal étant peut-être celui de l'époque du tournage, car on ne peut que constater que l'esthétisme des années 1980 a souvent trop mal vieilli et ne rend vraiment pas nostalgique de cette décennie, un comble pour un film qui voudrait justement jouer sur la nostalgie d'un certain âge d'or du cinéma. Par exemple la coiffure de Meg Ryan est assez ridicule, et on a constamment envie de vérifier si elle porte une perruque ou un caniche sur la tête ! Certaines tenues ne sont pas en reste, comme celle de Charlotte Rampling dans son ultime scène bardée d'une robe faite d'une espèce d'amas de chiffons façon papier cadeau raté, ou celle de la panoplie caricaturale du jeune rebelle du début. La bande son aussi est parfois limite supportable, même si on nous épargne la récurrence typique de l'époque de monter des scènes muettes avec comme seul fond sonore une chanson, si possible un hit apte à faire vendre des disques (il suffit de revoir des films comme les Rocky, Highlander et autres Top Gun... ). Heureusement le synthétiseur est assez discret dans l'ambiance musicale. Le saxophone moins... Un des rares clichés du film, qui trouve encore des résonances de nos jours où l'évocation du film noir s'accompagne régulièrement d'un air de saxo. On aura quand même droit à la présence du groupe Timbuk3, alors basé à Austin, lieu du tournage, qui placera deux morceaux pour le film, groupe quasi inconnu en France dont on connaît surtout le titre Standard White Jesus, et qui, bien que nominé au Grammy Award des meilleurs nouveaux artistes en 1987, ne fera pas d'étincelles non plus dans les charts anglo-saxons. Enfin, on ne peut pas dire que Meg Ryan, craquante il est vrai (d'ailleurs Dennis Quaid craquera, et formera avec elle l'un des plus beaux couples hollywoodiens des années 1990, avant leur divorce prononcé en 2001), serve à grand chose, son rôle étant complètement inutile à l'intrigue, même si elle est la protagoniste de la scène la plus incongrue du film, qui la voit être littéralement collée, à prendre au premier degré, au héros avec de la super glu. L'idée était excellente, à défaut d'être réaliste (en même temps je n'ai pas tenté l'expérience), mais la situation n'est pas assez longtemps exploitée et aurait due être prolongée pour pimenter les investigations du héros (un peu à l'instar de Gérard Lanvin et Bernard Giraudeau menottés ensemble dans Les Spécialistes de Patrice Leconte, idée reprise du film La Chaîne de Stanley Kramer qui voyait Tony Curtis et Sidney Poitier enchaînés l'un à l'autre prendre la poudre d'escampette). Bien-sur, ce personnage d'étudiante est là pour servir de parfait opposé à celui campé par Charlotte Rampling, la première, jeune, généreuse, un peu naïve, qui a la vie devant elle, l'autre, semblant appartenir à une autre époque, aigrie, froide, manipulatrice. Là encore on revient aux fondamentaux du polar.

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Bah, on peut comprendre Dennis...

On aurait aussi souhaité que la décrépitude du personnage principal soit mieux gérée, car cet aspect manque de logique chronologique. En effet par moment il est amorphe et semble sur le point de défaillir, pour ensuite être suffisamment fort pour se battre, ou pour s'envoyer la pin-up Meg, et ce à quelques heures de sa fin programmée. On ne sent jamais sa graduelle déchéance le menant petit à petit vers la conclusion de son triste destin : c'est suggéré de manière trop heurtée, et sans véritablement décroissance régulière. Même s'il faut signaler la subtile évolution des couleurs, qui se dégradent à mesure de l'évolution du récit, procédé utilisé afin de, pour le coup, suivre la lente (sur la durée du film) mais en même temps rapide (sur la durée d'une vie) dégradation de l'état de santé du loser du récit, pour finalement revenir au noir et blanc de l'introduction. Et on en revient à la dimension du cauchemar, ou du moins du rêve, car le débat rêve en noir et blanc / rêve en couleur n'est toujours pas tranché, pour peu qu'il le soit un jour, ou même pour peu qu'il y ait vraiment tranchage. Car le cerveau "ne fait" qu'assimiler ce qu'on apprend, vit et voit, et dans une culture visuelle des années 1940-50 où les images étaient majoritairement en noir et blanc, face à une autre culture depuis les années 1960 où les images sont devenues exclusivement couleurs, la mécanique du rêve a forcément évolué, son interprétation aussi, autant de la part du rêveur que du scientifique. Mais le doute persiste, et les auteurs surfent sur ce doute. Puisqu'on a évoqué les artefacts des années 1980, relevons un détail assez cocasse qui déstabilise un court instant, preuve que les autorités nous ont bien façonné et conditionné. Dennis Quaid interprète un professeur de littérature, et on le voit au début du film assurer un cours dans sa classe... la cigarette au bec ! Chose impensable de nos jours, que ce soit au cinéma (d'autant qu'il a été fortement question d'interdire les cigarettes dans les films, sous-entendant par là, quoi que assez clairement quand même, que ces scènes inciteraient à fumer, donc par extension il faudrait aussi comprendre qu'un casse de banque inciterait à voler, que les fusillades inciteraient à tuer, que Bullitt inciterait à mal conduire, et que 9 semaines ½ inciterait à acheter des frigos ou que Les Hommes du président tendrait à prouver que les politiques ont vraiment des idées à la con ! ) ; comme dans la réalité (le prof qui allumerait sa clope en plein cours se verrait rapidement remercié). Et comme on évoque Quaid, faisons un zoom sur lui. C'est l'atout principal du film, et il fait aisément oublier, ou au moins passer, les réserves exprimées plus haut. Les années 1980 le voient monter en puissance et, malgré de rares erreurs (Les Dents de la mer 3... ), s'annonce comme un des meilleurs acteurs de sa génération œuvrant durant cette décennie. Il était déjà excellent dans L’Étoffe des héros bien que noyé dans le nombreux casting, et dans une série de films (L'Aventure intérieure, Big Easy, Enemy) et va s'imposer dans le biopic Great Balls of Fire ! qui aurait dû lui valoir au moins une nomination aux Oscar. Hagard, fiévreux et paumé (la dépendance à la cocaïne de l'acteur d'alors n'est sûrement pas étrangère à sa crédibilité dans cette errance physique), semant involontairement la mort autour de lui, il est, avec le sens du rythme des réalisateurs, pour beaucoup dans le plaisir que l'on prend à suivre ce film.

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Quelqu'un a du feu ?

Au-delà du bel hommage rendu au film noir, qui ne préfigurait en rien la suite calamiteuse de la carrière des auteurs, ce film est aussi l'exemple du remake réussi, qui par moment même dépasse celui qui l'a inspiré, ce qui n'est pas si courant. J'aurai presqu'envie de citer dans cette même logique deux autres remakes, Desperate Hours de Michael Cimino, remake de 1990 du flm de William Wyler, La Maison des otages, sorti en 1955, et Les Nerfs à vif (Cape fear) que Martin Scorsese donnera en 1991, remake du film homonyme de J. Lee Thompson sorti en 1962. Certains vont hurler : j'assume... ! Dans une production peu fournie, Mort à l'arrivée se présente comme l'un des meilleurs films noirs américains de la fin du genre, avec Big Easy (1985) avec encore Dennis Quaid, Mélodie pour un meurtre (Sea of love, 1989) avec Al Pacino, et quelques autres déjà cités comme Sang pour sang, L'Année du dragon, Un été pourri ou Sans pitié.

L'idée du scénario trouvera une résurgence étonnante, lorsqu'en 2006 sort en salles l'agité Hyper tension avec le très doux Jason Statham qui lui ne se lamentera pas sur son sort et ira distribuer des douzaines de pains dans la tronche pour s'en sortir, réalisé par un autre tandem, les remuants Mark Neveldine et Brian Taylor, qui, époque oblige, n'hésiteront pas à trahir le concept originel pour donner une suite à leur film parkinsonien... Mais auparavant un remake du remake a été produit en Australie en 1969, Color me dead d'Eddie Davis, inconnu sous nos cieux.

Cela étant, le film ne trouvera pas son public, et c'est même un gros échec commercial, puisqu'il ne remboursera même pas la moitié de ses 29 millions de dollars de budget à la fin de son exploitation en salles américaines. En France le film passe totalement inaperçu, collectant dans les 190 000 entrées, ce qui ne le place même pas dans le top 100 des films sortis en cette année 1988, année marquée par le succès mondial de Qui veut la peau de Roger Rabbit, comme un ultime pied de nez au genre. Car il faudra cumuler les entrées de la plupart des films cités ici pour dépasser celles du film d'animation.


Note : 14/20.

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Bande-annonce :


Le film n'a eu droit qu'à une édition DVD, sortie le 22 janvier 2003 chez Touchstone Home Video, sans suppléments. Il existe pourtant un Blu-ray aux USA.

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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

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Message par pak » 01 déc. 2017, 20:00

Quelques affiches :

- Française :
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- Américaines :
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- Allemande :
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- Espagnole :
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Message par pak » 01 déc. 2017, 20:04

Des photos :
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Dennis Quaid avec le couple de réalisateurs


Et deux photos du tournage :

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Message par pak » 01 déc. 2017, 20:11

D'autres photos, format portrait :

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Honneur au héros du film, Dennis Quaid

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Puis l'héroïne, Meg Ryan

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Le couple vedette

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La veuve noire, Charlotte Rampling

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Daniel Stern

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Le bad boy, Robert Knepper, à ses débuts, le futur salopard 'T-Bag' de la série Prison Break

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La bonne trogne de Brion James, second couteau incontournable des années 1980-90

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Christopher Neame

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Jane Kaczmarek

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La réalisatrice Annabel Jankel
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Message par pak » 01 déc. 2017, 20:12

Deux lobbys françaises :
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Message par pak » 01 déc. 2017, 20:13

Quelques photos en N & B :
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Re: Mort à l'arrivée (D.O.A.) - Annabel Jankel & Rocky Morton - 1988

Message par kiemavel1 » 13 déc. 2017, 01:20

Les dossiers ouverts par pak sur les films qu'il choisit de présenter, ce n'est même plus de la critique. C'est quand même pas aussi épais que le dossier judiciaire du petit Gregory mais c'est roboratif !

Au passage, je ne connais pas. Par contre, je garde un meilleur souvenir que toi du film de Maté que j'avais bien aimé à la révision à l'occasion de la sortie du DVD Wild Side. Le film avait été édité auparavant chez "pas cher". D'ailleurs, deux éditions, c'est bien. C'est même carrément assez (running gag ; bien que je n'ai pas le coeur à plaisanter sur ce sujet :mrgreen: )

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pak
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Re: Mort à l'arrivée (D.O.A.) - Annabel Jankel & Rocky Morton - 1988

Message par pak » 13 déc. 2017, 12:19

C'est malin, l'a fallu que j'aille vérifier la définition de roboratif pour voir si c'était un compliment ! :lol:

Je me replonge dans mes amours des années 1980... L'âge, ça faire de ces trucs...
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chip
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Re: Mort à l'arrivée (D.O.A.) - Annabel Jankel & Rocky Morton - 1988

Message par chip » 13 déc. 2017, 12:39

Même démarche :lol:

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