Les yeux dans les ténèbres - Eyes in the Night - Fred Zinnemann - 1942

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kiemavel1
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Les yeux dans les ténèbres - Eyes in the Night - Fred Zinnemann - 1942

Message par kiemavel1 » 13 nov. 2018, 23:28

Le détective Duncan McLain reçoit la visite de son amie Norma Lawry qui s'inquiète de l'idylle qui vient de débuter entre sa belle-fille Barbara, une apprenti comédienne, et Paul Gerente, un acteur vieillissant un brin gigolo qui avait jadis été également son amant. Elle lui demande conseil pour briser cette aventure naissante mais lorsqu'un peu plus tard l'acteur est assassiné chez lui, un quiproquo donne à penser à Barbara que sa belle-mère est coupable du meurtre et elle profite de cette confusion pour tenter un chantage sur cette belle-mère un peu encombrante et tente même de l'obliger à quitter son père, un scientifique de renom ... Norma qui nie avoir commis le meurtre, s'adresse au détective pour dénouer les fils de l'histoire. Premier problème, le cadavre a disparu mais Maclain surprend un homme en train de replacer un tapis qui ornait la pièce avant le crime et comprend qu'une organisation criminelle cherche à dissimuler le meurtre pour poursuivre en toute discrétion son entreprise d'infiltration de l'entourage du savant...

2ème film de long métrage de Fred Zinnemann après le plaisant mais impersonnel L'assassin au gant de velours (Kid Glove Killer) tourné la même année. Cette seconde tentative est bien plus originale mais le début fait un peu peur. 1er point, j'ai découvert ce film en version française, or une version française, sans doute réalisée dans les années d'après guerre, cela a toujours suscité chez moi beaucoup d'appréhension mais passées les quelques minutes d'acclimatation nécessaires afin de s'habituer à la voix d'Ann Harding en VF, c'est supportable. Très vite on découvre les principaux personnages : un détective aveugle, son assistant assez fruste, son chien très malin, et on anticipe immédiatement le programme. On va plus être dans l'enquête criminelle fantaisiste et un peu poussiéreuse, voire carrèment dans la comédie policière que dans une intrigue "sérieuse" de film policier mais cela ne se confirme qu'en partie. L'intrigue demeure au fond relativement sérieuse et n'est en tout cas pas traitée par dessus la jambe et sur le ton de la comédie, les éléments comiques ne venant que se greffer sur une intrigue classique de film policier, doublée toutefois plus tard d'un film d'espionnage beaucoup plus discutable.


Edward Arnold faisait sa première apparition dans le rôle de Duncan Mclain car devant le succès rencontré par ce film, une suite réalisée par Richard Whorf, The Hidden Eye fut tourné en 1945. Le principal intérêt du film réside dans ce personnage principal du détective aveugle et dans la performance d'Edward Arnold qui fut souvent cantonné à des rôles de bougon mais qui offre ici une palette très vaste. Un détective aveugle ? A priori on se dit : c'est comme pour Robert Dacier (Ironside), on ne va pas voir beaucoup de courses poursuites et pas beaucoup d'action en général :mrgreen: et bien pas du tout. Mclain est un expert en combat à mains nues, il a d'ailleurs plusieurs fois l'occasion de donner du coup de poing et ce n'est pas montré de manière incohérente. Parfois, c'est la ruse qui lui permet de prendre le dessus physiquement sur un adversaire persuadé de sa supériorité sur l'homme soufrant d'un handicap. Parfois, ce sont ses autres sens très aiguisés qui lui permettent de se jeter dans la mêlée en se guidant aux sons des coups échangés au cours d'une bagarre. Ses autres sens ultra performants compensent largement son handicap. Un parfum de violettes qui embaume la chambre ou a été commis le premier crime lui permettra plus tard d'identifier un meurtrier. Une poignée de porte pourtant discrètement actionnée lui permet de deviner qu'il est sous surveillance et de ne plus communiquer que par petits papiers au lieu de le faire oralement. Mais parfois, la fantaisie reprend encore plus nettement le dessus car il lui arrive de jouer la comédie pour tromper les espions. Il feint l'ivresse ; se met au piano et chante à tue tête pour couvrir les bruits que ne doivent pas entendre les méchants espions. Parfois, la dimension comique est encore plus nette en raison de la personnalité de l'assistant un peu balourd qui est parfois les yeux de Mclain et en raison de sa complicité avec son chien qui intervient et agit en faveur de son maitre à plusieurs reprises (les performances de l'animal sont assez extraordinaires mais il manque au moins une fois de faillir à sa mission quand il est à 2 doigts d'abandonner son maitre pour les doux yeux d'un beau caniche). Bref, souvent fantaisiste mais plaisant !

En revanche, Ann Harding dont c'était le retour au cinéma après 5 ans d'absence n'a pas grand chose à faire. La débutante Donna Reed interprète sa belle fille. C'est une ravissante idiote, une enfant gâtée jalouse d'une belle mère aimée de son père et qui est abusée d'abord par un gigolo puis par son entourage "professionnel" qui se sert d'elle. Un autre débutant, Stephen McNally (Horace McNally au générique ) fait parti de la conspiration car je vend la mèche, l'intrigue -époque oblige (tournage en 1942) - nous entraine dans un récit d'espionnage avec époux scientifique détenant les secrets d'une arme redoutable, espions nazis infiltrés dans l'entourage des "héros", chantage, enlèvement et séquestration jusqu'à ce que le papa se décide à livrer la recette de l'arme fatale destinée à terrasser l'ennemi Yankee. Bref, c'est traité sans grande conviction et on l'aura compris , ce n'est pas dans ce gimmick destiné à intéresser le public de l'époque que réside l'intérêt de ce film. Bilan : Plaisant mais pas indispensable à moins d'être un grand amateur d'énigmes policières et de vouloir épuiser le genre des Sherlock Holmes aux Thin man en passant par les Bulldog Drummond et les Charlie Chan.

Produit par Jack Chertok pour la MGM / Scénario : Guy Trosper et Howard Emmet Rogers d'après la nouvelle "The Odor of Violets" de Baynard Kendrick / Directeur de la photographie : Charles Lawton et Robert Planck / Musique : Lennie Hayton et Daniele Amfitheatrof

Avec Edward Arnold (Maclain), Ann Harding (Norma Lawry), Donna Reed (Barbara Lawry), Stephen McNally (Gabriel), Erick Rolf (Boyd) et Steven Geray (Anderson)

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pak
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Re: Les yeux dans les ténèbres - Eyes in the Night - Fred Zinnemann - 1942

Message par pak » 13 nov. 2018, 23:40

Avis qui tombe à point nommé puisque Artus sort le film en DVD le 04/12/2018 (du moins c'est la date prévue), et pour le coup en VO mais sans VF qui donc existe...

Une sortie Artus, donc il est à craindre que le film soit dans son jus...
Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard


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chip
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Re: Les yeux dans les ténèbres - Eyes in the Night - Fred Zinnemann - 1942

Message par chip » 12 déc. 2018, 08:00

Le DVD :
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