Les bas-fonds d'hawaï - Hell's Half Acre - 1954 - John H. Auer

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kiemavel1
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Les bas-fonds d'hawaï - Hell's Half Acre - 1954 - John H. Auer

Message par kiemavel1 » 05 mai 2019, 21:10

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Helĺ's Half Acre est une des assez nombreuses délocalisations du film noir mais, semble t'il, le seul dont l'action se passe à Hawaï (1). Comme dans nombre de films du genre, un homme tente d'échapper à son passé, mais ici ce sont deux vies antérieures antagonistes que Chet Chester (Wendell Corey) voit resurgir, et, plus grave, surtout pour la paisible épouse qu'il retrouve après des années de séparation, ses deux passés sont sur le point de se heurter.

Chet fut d'abord marié quelques jours à Donna (Evelyn Keyes) juste avant d'être appelé sous les drapeaux et de disparaître officiellement à Pearl Harbor. Des années plus tard, son ex femme retrouve sa trace de manière assez étonnante. Chet, qui est aussi musicien, est l'auteur et le compositeur d'une rhapsodie hawaïenne suffisamment populaire pour avoir été gravée sur disque. Quand, par le plus grand des hasards, des amis de la "veuve de guerre" lui font écouter la dite rhapsodie, elle reconnaît immédiatement dans un passage des paroles, le texte d'une dédicace que lui avait écrite Chet bien des années auparavant. Elle décide alors de rompre avec son fiancé et de partir à la recherche de son mari.
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Elle débarque donc à Honolulu au moment où le présumé disparu, devenu pendant la guerre, on ne sait trop comment, racketeur et mêlé à des affaires douteuses avec la pègre locale, vient de rompre avec ses 2 partenaires (Robert Costa et Philip Ahn). Chet souhaite se recentrer sur des affaires honnêtes, en premier lieu son hôtel, le Hawaiian Retreat . C'est évidement au moment où il souhaite revenir dans le droit chemin et profiter de son "trésor de guerre" que ses ennuis commencent puisque ses complices en viennent l'un, à vouloir le faire chanter, l'autre à lui réclamer une plus grosse part des revenus générés par les activités illégales du passė. Très vite, Chet y perd sa fiancée  ...tandis que son ex femme se présente …

Plus que la plongée dans les bas fonds d'Hawaï, les retrouvailles entre Evelyn Keyes et Wendell Corey - et ses conséquences -auraient du présenter le principal intérêt de ce film. Du reste, le couple vedette s'en sort plus qu'honorablement mais scénariste et réalisateur ne les ont pas beaucoup aidé car le récit ne progresse pas beaucoup et durant ce "ventre mou" du film, Wendell Corey tient bien trop longtemps son "Je ne suis pas celui que vous croyez" et du coup Evelyn Keyes tient tout aussi longtemps son effarement devant cet homme fuyant qui nie être celui qu'elle croit reconnaître et qui la repousse. Si l'on met de coté le soucis de crédibilité, le jeu d'évitement de Corey, son inquiétude, sa prétendue indifférence contredite par ses regards en coin posés sur la très sexy Evelyn sont plutôt à mettre au crédit du film mais on tourne vite en rond quand on comprend que pour Corey sa vie est partie dans une direction trop dangereuse pour que le scrupuleux mari renoue avec son paisible passé. Et au final, ce moteur du film est assez languissant même si Wendell Corey joue parfaitement sa partition d'homme épuisé et résigné tandis que Evelyn Keyes est parfaite en douce et sensuelle épouse qui ne comprend pas les dérobades d'un homme qu'elle a visiblement aimé.
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Si Chet tente de veiller à ce que son ex épouse reste à l'écart, c’est que l’environnement est dangereux, les ex complices et leurs acolytes ne restant pas inactifs. Ces rôles sont eux aussi bien servis par de solides interprètes et plus largement, le film fourmille de bons seconds rôles. Un seul dans un registre amusant, celui tenu par Elsa Lanchester qui interprète une expatriée devenu chauffeur de taxi. C'est elle qui balade Evelyn Keyes dans les lieux interlopes d'Honolulu et lui explique notamment comment se montrer assez vulgaire pour attirer les gogos dans un dancing à hôtesses (elle se fait engager comme Taxi Dancer pour enquêter). Dans les rôles de « centristes « , on remarque à peine l'un des « asiatiques de service «  du cinéma américain : Keye Luke (Chief Dan, le commissaire de police). Un peu plus Nancy Gates (Sally Lee, la fiancée de W. Corey). Elle s'illustre dans un meurtre très surprenant … mais succombe elle même très vite. Et encore un peu plus Leonard Strong (Ippy, un indic). Mielleux, voix fluette, regard fuyant. Il nous fait un peu du Peter Lorre, en plus sec … Et si c'était un animal ? Une fouine
Mais c'est surtout les méchants qui se font le plus remarquer : Philip Ahn (Roger Kong), l'ex associé et surtout le couple improbable constitué de la belle – mais vache – Rose Otis (Mary Windsor) et la bête, Tuby (Jesse White) qui ramasse presque autant de coups qu'il en donne.

Autre attrait, le superbe travail du directeur de la photographie qui s'amuse des habitations aux galeries extérieures, des ruelles étroites reliées par des escaliers et des cul-de-sac d'Honolulu, toute une géographie particulière très bien employée, notamment dans de très réussies – au moins esthétiquement - séquences nocturnes. Elles sont nombreuses, le coté « paradis tropical » n'aurait de toute façon pas très bien collé ni aux personnages sombres ni à cette histoire, même si d'autres metteurs en scène ont essayé de faire des films noirs se déroulant dans des paradis tropicaux, en couleurs  et en « plein soleil » (Phil Karlson, par exemple)
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Le texte s'est orienté dans un sens plus positif que je ne l'imaginais pour un film pas mauvais du tout mais cependant assez inférieur à Traqué dans Chicago (City that never Sleeps), dirigé lui aussi par le méconnu John H. Auer et sorti l'année précédente. Je signale aussi un autre titre facultatif qu'il donna au genre : L'homme que j'ai choisi (The Flame) de 1947. Vu en vost anglais

Metteur en scène : John H. Auer. Scénario : Steve Fisher. Directeur de la photographie : John L. Russell
avec Wendell Corey, Evelyn Keyes, Marie Windsor, Jesse White, Nancy Gates, Keye Luke, Philip Ahn, Robert Costa, Leonard Strong et Elsa Lanchester.

(1) … et le film fut effectivement tourné sur place, tout comme Big Jim McLain d' Edward Ludwig mais je ne le compte pas comme « film noir » … et même à peine pour un film :mrgreen:
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Les deux beautés si dissemblables du film
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chip
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Re: Les bas-fonds d'hawaï - Hell's Half Acre - 1954 - John H. Auer

Message par chip » 06 mai 2019, 09:22

En parcourant ce livre, on constate que l'on ignore les 3/4 de la production de la modeste Republic pictures.
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chip
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Re: Les bas-fonds d'hawaï - Hell's Half Acre - 1954 - John H. Auer

Message par chip » 06 mai 2019, 09:23

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Cole Armin
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Re: Les bas-fonds d'hawaï - Hell's Half Acre - 1954 - John H. Auer

Message par Cole Armin » 08 mai 2019, 08:27

Belle présentation :D

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kiemavel1
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Re: Les bas-fonds d'hawaï - Hell's Half Acre - 1954 - John H. Auer

Message par kiemavel1 » 08 mai 2019, 10:31

Merci.
Oui, c'est donc sorti en DVD (je l'ai) et ensuite en B-R chez Olive Films, éditeur américain. Uniquement VO.
Par contre, pour peu qu'on soit observateur, on peut y ajouter des sous titres anglais trouvables sur le net. Pour aider.

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