Le Météore de la nuit - It Came from Outer Space - 1953 - Jack Arnold

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Moonfleet
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Le Météore de la nuit - It Came from Outer Space - 1953 - Jack Arnold

Message par Moonfleet » 03 juin 2019, 16:33

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Le Météore de la nuit (It Came from Outer Space) - 1953


John Putnam (Richard Carlson), un astronome amateur, vit dans la petite ville de Sand Rock en Arizona. Alors qu’il observe romantiquement le ciel étoilé avec sa maîtresse, la jeune institutrice Ellen Fields (Barbara Rush), il est témoin de la chute d’un météorite dans le désert alentour. La curiosité étant plus forte que tout, ils se rendent sur les lieux du crash où ils découvrent ce qui se révèle être le plus grand cratère jamais créé par un impact d’objet venant du ciel. Au plus bas John découvre un vaisseau spatial et son effrayant habitant bientôt entièrement recouverts par l’éboulement de rochers provenant du sommet du cratère. Bien évidemment, personne ne croit une seule seconde à l’incroyable histoire narrée par John surtout lorsqu’il affirme qu’il s’agit d’extra-terrestres ; et surtout pas le shérif Matt Warren (Charles Drake) qui voudrait en profiter pour le faire passer pour fou espérant ainsi se débarrasser de son rival en amour. Puis des hommes disparaissent et refont surface avec une démarche et des regards qui n’ont plus grand chose d’humain. Ce qui ne fait que renforcer l’inquiétude de John alors que l'hostilité des habitants se fait grandissante face à la menace qui se précise et qu'ils sont bien obligés de reconnaitre, celle d'envahisseurs extra-terrestres. Seulement les apparences sont trompeuses...

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S’il ne m’a jamais pleinement convaincu dans le domaine du western, autre genre de prédilection de la compagnie Universal, Jack Arnold, qui fut tout d’abord l'assistant de Robert Flaherty au Service Cinématographique de l'Armée, une fois embauché au sein de cet important studio devint sous la tutelle du producteur William Alland l’un des plus grands spécialistes du film de science-fiction lors de son premier âge d’or dans les années 50. En tant que cinéaste, il réalisera donc tout d’abord cet excellent Le Météore de la nuit (It Came from Outer Space) en 1953, mais également ensuite les agréables et attachants L’Etrange créature du lac noir (Creature from the Black Lagoon) en 1954 ainsi que Tarantula en 1955. Il ne s’arrêtera cependant pas en si bon chemin puisqu’en 1957 il signera son chef-d’œuvre, toujours à l’intérieur de ce genre, L’Homme qui rétrécit (The Incredible Shrinking Man) qui, contrairement aux précédents et malgré les progrès techniques ayant eu lieu durant les 60 années qui ont suivi, n’a quasiment pas pris de rides.

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Après ce préambule, je conseille à ceux qui ne supportent pas de connaitre à l’avance les tenants et aboutissants d’une histoire de cesser la lecture du texte, les spoilers n’allant pas manquer. Semblant s’inscrire dans la veine paranoïaque et anticommuniste qui règnera en maître dans le genre dès le début de cette décennie marquée par le Guerre froide et la Chasse aux sorcières initiée par le sénateur McCarthy, It Came from Outer Space, sans se dévoiler différent au premier abord, en prend au contraire le contrepied comme l’avait déjà fait Robert Wise deux ans plus tôt avec son célèbre Le Jour où la terre s’arrêta (The Day the Earth Stood Still), préfigurant aussi des films un peu plus récents comme le E.T. de Steven Spielberg. Le film d’Arnold se révèle donc être l’un des rares films progressistes et pacifistes de l’époque dans le domaine de la science-fiction, à contre courant de la centaine d’autres films de série B et ses petits hommes verts belliqueux dont le meilleur exemple reste La Guerre des mondes (The War of the Worlds) de Byron Haskin d’après H.G. Wells, sorti à quelques semaines d’intervalles.

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Certes avec naïveté mais non sans courage ni sincérité, les auteurs fustigent donc la xénophobie ambiante et la tendance paranoïaque chez leurs compatriotes (au travers notamment les échanges verbaux entre le savant-Carlson et le shérif/Drake), la peur et la haine irréfléchies dès lors que se fait jour une part d'inconnu, et prône par la même occasion le droit à la différence. La conclusion du film n'est pas tranchée et oscille entre optimisme et pessimisme, les extra-terrestres estimant les terriens encore trop immatures et ‘arriérés’ pour accepter cette rencontre ‘du 3ème type’ d’une manière totalement pacifique, préférant de ce fait repousser ce rendez-vous à plus tard de peur de se voir malmenés par cette population passée un peu trop rapidement de la curiosité à l’hostilité. Et pourtant, avec intelligence et une certaine réjouissante roublardise (on pourrait dire comme pour Hitchcock, un malin savoir-faire pour manipuler le spectateur, ceci dès l'affiche expressément trompeuse), le scénariste Harry Essex, reprenant le premier jet d’une histoire inventée par le grand romancier de science-fiction Ray Bradbury (‘Chroniques martiennes’, ‘Fahrenheit 451’), fait au début tout pour nous faire croire que nous nous trouvons en présence d’une sorte de mélange entre L’invasion des profanateurs de sépultures (The Body Snatchers) de Don Siegel et la série Les Envahisseurs qui seront néanmoins tous deux tournés plusieurs années après. En effet nous avons ici à faire à un homme quasiment seul témoin à avoir vu les extra-terrestres, la situation au tiers du film ayant pu faire dire à un éventuel narrateur : "maintenant, John Putnam sait que les envahisseurs sont là, qu'ils ont pris forme humaine et qu'il lui faut convaincre un monde incrédule que le cauchemar a déjà commencé" ; Jack Arnold et ses auteurs avaient donc déjà eu l’idée de faire prendre forme humaine à leurs Aliens tout en nous faisant dans un premier temps penser qu’ils étaient belliqueux.

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Car, alors que dans le film de Siegel et la série de Larry Cohen, les métamorphoses auront pour but de parvenir plus discrètement à infiltrer la société afin d’en prendre le pouvoir, dans Le Météore de la nuit il s’agit d’extra-terrestres s’étant écrasés accidentellement sur notre planète et n’ayant qu’une idée en tête, en repartir au plus vite sans avoir causé de dommages aux terriens, les estimant pas encore assez prêts à pouvoir accepter leur ‘horrible’ apparence ; ici, avec des intentions entièrement pacifiques, ils ne se glissent pas à l’intérieur de la dépouille de leurs victimes mais les ‘dupliquent’ pour pouvoir se mêler à la foule incognito et ainsi se procurer du matériel de réparation pour leur vaisseau spatial sans se faire repérer. Mais ne parvenant pas à parfaitement imiter leurs modèles dans leurs comportements, leur démarche mécanique et leurs regards vides d’expression finiront par les faire se ‘démasquer’. L’idée de faire jouer les acteurs d’une manière tout à fait neutre rend les personnages toujours aussi inquiétants malgré les centaines de films de ce style vus entre temps ; les plans en contre plongée légèrement penchées sur Barbara Rush toute de noir vêtue en haut d’une dune demeurent eux aussi assez flippants et somme toute sacrément mémorables. C’est donc une vraie réussite de ce point de vue tout comme –et là je pense être minoritaire- en ce qui concerne la création du ‘monstre’ qui, certes en caoutchouc, me semble toujours aussi ‘repoussant’ et non risible contrairement à beaucoup de spectateurs contemporains. Le fait de ne le voir que subrepticement, par ‘bribes’, et jamais dans son ensemble contribue à le rendre jusqu’au bout assez menaçant.

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L’on peut d’ailleurs constater que l’absence d’un budget important a permis de stimuler l’inventivité et la créativité des auteurs et techniciens qui, avec des bouts de ficelles, sont arrivés (et arrivent encore) à nous bluffer sans oublier pour autant d’insuffler de la poésie à certaines séquences (notamment l’arrivée accidentelle et le départ 'en feu d'artifice' du vaisseau spatial) ; poésie des images provenant également à postériori du charme un peu désuet que dégage désormais ce classique indémodable de la science-fiction, premier film en 3D de la Universal. Pour masquer ce manque de moyens, on citera la très ingénieuse idée de faire parfois adopter par la caméra un point de vue subjectif à l’aide aussi d’une lentille déformante comme si le spectateur se mettait à la place de l’Alien, ce qui renforce au début l’ambigüité quant à son intention puisque l’atmosphère ainsi créée donne une sensation d'insécurité et de forte angoisse. Les plans aériens qui suivent en panoramiques la voiture sont eux aussi tout aussi inquiétants, Jack Arnold (avant Gordon Douglas pour le tout aussi formidable Them! – Des Monstres attaquent la ville) utilisant à la perfection les paysages désertiques à sa disposition d’où à chaque instant peuvent surgir quelconque menace tapie au détour d’un croisement, de derrière les arbres décharnés aux formes menaçantes... L’angoissante utilisation du theremin comme instrument de musique principal de l'orchestration, la réussite des effets spéciaux et visuels malgré le fait qu'ils soient très artisanaux et rudimentaires, la beauté de la photographie en un noir et blanc très contrasté, ainsi que la bonne idée d'avoir tourné quasiment l’ensemble du film en décors naturels sans emploi intempestif de transparences, contribuent eux aussi à faire oublier que nous nous trouvons devant un film de série B sans grand budget.

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Le Météore de la nuit -malgré l’ambiance mystérieuse et inquiétante instaurée dès le début pour mieux nous tromper et nous mettre dans le même état d’esprit que les habitants de la petite ville avec leur angoisse de l’inconnu et leur méfiance vis à vis de l’étranger, malgré le malaise qui se dégage à partir de cet étonnant travelling dans l’obscurité de l’intérieur du vaisseau qui fait pour la première fois deviner l’aspect répugnant des Aliens afin de provoquer en nous la même réaction de recul que celle des protagonistes- avec son humanisme inattendu, se sera donc avéré plus subtil que ce que l’on pouvait en attendre au départ. Un film solidement mis en scène, efficacement conduit, correctement interprété (notamment par Richard Carlson qui sera à nouveau à l’affiche de L’Etrange créature du lac noir et par Barbara Rush aussi convaincante en institutrice romantique qu'en alien inquiétant) et qui se permet un discours pacifiste assez inhabituel dans le cinéma de genre de l’époque. Malgré quelques séquences un peu trop bavardes et une grande naïveté (à postériori), à n'en pas douter l'un des meilleurs films de SF de cette vague déferlante des années 50.
Source : DVDclassik