La princesse de Samarcande - The Golden Horde - 1951 - George Sherman

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kiemavel1
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La princesse de Samarcande - The Golden Horde - 1951 - George Sherman

Message par kiemavel1 » 16 juin 2019, 01:43

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Vers 1220, l'armée de Gengis Khan, connue sous le nom de Horde d'or, arrive aux portes de Samarcande. Pour prendre la ville et la piller, il place deux de ses fidèles à la tête de son armée : son propre fils Juchi et son allié Tugluk, le roi Kalmouk. Ils sont cependant devancés par une troupe de croisés anglais conduite par Guy de Devon qui est introduite en ville par un officier de la princesse Shalimar qui lui annonce la défaite de son armée. Guy propose de prendre en main la lutte contre le Khan mais Shalimar décline l'offre, préférant employer la ruse plutôt que la force contre un ennemi en bien trop grand nombre. Elle invente avec son astrologue une soi disant prophétie disant que seul un conquérant venu de l'est sera en mesure de l'épouser et que si cela s'accompli, le couple régnera sur le monde. C'est ainsi qu'elle compte bien séduire les deux envoyés de Gengis Khan et les dresser l'un contre l'autre. Elle est bien aidée par le fait que les deux hommes sont déjà ennemis mais son plan est compromis par les initiatives de Guy et de ses croisés qui ne pensent qu'à en découdre …
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Deux stratégies s'opposent pour affronter la horde de Huns (Hein ?) : A ma droite, Shalimar : 1m57, 85-60-87 - beaucoup de dents (32 comme tout le monde mais Ann Blyth, on dirait qu'elle en a plus que nous quand elle sourit) - des robes de princesse…et très futée. A ma gauche, Guy de Devon : arrogant comme un anglais, grande épée, grand par la taille, des gros bras mais avec une toute petite tête. Par contre, il est pistonné : Il a été envoyé par Dieu (enfin, le sien). La première rencontre se passe mal. Alors que Shalimar reçoit en audience son astrologue (dans ces pays là c'est encore plus important qu'un premier ministre) elle est dérangée par le bruit provoqué par les croisés anglais sans gêne qui rient dans les couloirs et chahutent avec les servantes. Ça ne s'arrange guère quand Guy déclare à la princesse (je résume l'idée) : Laisse faire, femme, je m'occupe de tout :shock: . L'idée qu'une femme ne peut pas être compétente dans ce genre d'affaire ne va pas quitter le croisé puisqu'il ne va pas cesser de répéter à Shalimar pendant les 2/3 tiers du film : Mais laisse nous faire puisqu'on te dit qu'on est des épées ! C'est dire s'ils sont courageux mais un peu présomptueux les croisés car les défenseurs de la vraie foi ne sont guère plus nombreux que les apôtres. En fait, les croisés ne servent presque à rien : ils livrent une petite bataille au tout début, se battent dans le palais lors de la première rencontre avec les Mongols. Plus tard, les archers de Guy vont abattre un messager important mais pour le reste, c'est Shalimar qui assure. Pour qu'il ne contrarie par ses plans, elle est même contrainte d'écarter Guy et de l'exiler dans les montagnes à l'écart de la ville. On revoit certes le chef des croisés de temps à autre parce qu'il faut bien faire progresser l'idylle prévisible mais pour les coups d'épée, il va falloir attendre la partie finale pour que le film s'anime très nettement.
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Car pour le reste, sans doute en partie faute de budget, on est plutôt dans des intrigues de palais plutôt que dans les grosses batailles. La prophétie de Shalimar et de son charlatan - pardon, de son astrologue- ça marche surtout si la princesse accroche le regard. Bon là, visiblement ça marche car les deux prétendants semblent assez bien accrochés par sa beauté mais elle joue surtout très intelligemment avec eux, semant le trouble entre les deux rivaux, ce qui accentue la division chez ses ennemis. Il faut dire aussi que les deux Mongoliens (c'est pas comme ça qu'on dit ?) ne sont pas des flèches. Le fils du Khan, Juchi (Henry Brandon) c'est le genre, fils à papa, toujours prêt à rappeler qu'il est le fils du patron. D'un autre coté, son rival Tugluk (Howard Petrie) est roi, ce qui en impose aussi. Leur duel est d'ailleurs la plupart du temps hilarant. S'ils ne s'étripent pas avant la fin, c'est en raison des interventions de Raven (George Macready), le chaman de Gengis Khan qui sépare les frères ennemis quand l'affrontement va trop loin. Il finit par en appeler au grand patron mais on ne le voit guère en dehors d'une scène au tout début (mais il réapparaît dans le grand final).
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Je ne sais pas si c'était délibéré pour souligner le contraste entre la vraie foi et les croyances de ces barbares mais les scénaristes ont beaucoup insisté sur les superstitions et les prophéties de ces orientaux décidément très crédules. Même le chef est un vrai couillon. Au tout début du film, on voit Gengis Khan ordonner à un soldat de donner un coup de surin à un chaman de Samarcande qui le mettait en garde contre une prophétie qui prétend que " toute personne qui tenterait de détruire Samarcande serait lui-même détruit " mais il va pourtant finir par avoir la pétoche…Un mot sur les interprètes. Dans ce genre de films, le mieux à faire serait de ne pas se prendre trop au sérieux, alors Il est toujours amusant de constater que certains comédiens prennent un ton très solennel et déclament comme dans la cour d'honneur à Avignon. C'est un peu le cas au palais (le grand vizir Torga interprété par Donald Randolph) et surtout chez les mongols : Gengis khan (Marvin Miller), son fils Juchi (Henry Brandon) et le roi Tugluk (Howard Petrie) sont très sérieux…alors qu'ils sont les plus tordants des personnages. Ils sont juste un cran au dessus du pourtant très voyant chaman interprété par George Macready. Au palais, on remarque à peine Peggie Castle qui interprète la servante favorite de Shalimar, Lailee. Au coté du Guy de Devon, deux autres croisés se distinguent à peine, Poodles Hanneford (frère Jean) et Richard Egan (Gill). Chez les croisés, le seul qui ai un rôle important, c'est évidemment David Farrar dans son premier film américain. Sa diction impeccable et son accent british collent parfaitement à ce personnage plein de noblesse et un peu grandiloquent.
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En revanche, il pense surtout avec son épée…mais il féraille finalement assez peu car les croisés sont véritablement très peu nombreux. D'un autre coté, partir en croisade à 20, faut vraiment être couillu. C'est comme si un producteur affirmait qu'il peut faire un film d'action avec 20 figurants, c'est pas possible. Ah ben si :mrgreen: Ce relatif manque d'action ne m'a pas gêné car le film se rattrape par les intrigues de couloir. Le personnage de Shalimar est intéressant car contrairement à bien d'autres figures féminines du genre, c'est par son intelligence qu'elle parvient à ses fins en s'amusant au passage des 3 imbéciles qui gravitent autour d'elle. Le croisé et les deux chefs mongols s'entendent au moins sur un point : un pays ou une guerre, ne peuvent pas être dirigés par une femme….Elle prouve le contraire...ou plutôt elle tente de le prouver car le final contredit un peu les intentions, si intentions il y avait, des auteurs. Ann Blyth est parfaite, moins sexy que d'autres, elle donne en revanche de la noblesse à ce personnage et y ajoute une touche d'humour. Petit défaut agaçant par moment, je n'ai pas aimé la musique très pétaradante de Hans Salter. Une bonne petite surprise. Pas un chef d'oeuvre, non, mais à voir tout de même.

George Sherman devait être casanier :wink: car à priori l'équipe de tournage n'a pas bougé de Californie (une source indique Furnace Creek et la Death Valley), cad que Sherman a sans aucun doute parfois plus bougé pour tourner ses westerns, sa grande spécialité.
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Réalisation : George Sherman / Production : Robert Arthur et Howard Christie (Universal) / Scénario : Gerald Drayson Adams d'après une histoire de Harold Lamb / Photographie : Russell Metty / Musique : Hans Salter

Avec Ann Blyth (La princesse Shalimar), David Farrar (Guy de Devon), George Macready (Raven), Henry Brandon (Juchi), Howard Petrie (Tugluk), Richard Egan (Gill), Marvin Miller (Gengis Khan), Donald Randolph (Torga), Peggie Castle (Lailee) et Poodles Hanneford (frère Jean)


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pak
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Re: La princesse de Samarcande - The Golden Horde - 1951 - George Sherman

Message par pak » 16 juin 2019, 16:27

Pas super convaincu.

Au moins le film rappelle (un peu, du moins pour ceux qui veulent creuser un peu) que les Croisés et les Croisades, ça n'a pas été qu'au royaume de Jérusalem, et que la bonne foi a aussi été généreusement distribuée à coups d'épées ailleurs, mais aussi en Europe centrale et dans les pays baltes, aussi bien pour convertir les païens qui se sont bêtement trompés de dieux, ou pour fesser les dissidents chrétiens, l'église des papes n'étant pas très partageuse, et pas besoin de causes très compliquées, infidèles et / ou hérétiques, ça suffisait amplement...

Le film d'ailleurs s'appuie sur des éléments historiques. La légende du conquérant venant de l'Est s'appuie sûrement sur une rumeur qui est née pendant la première croisade, disant qu'un grand héros chrétien viendrait de l'Est, rumeur qui va enfler avec l'enchainement des défaites des Croisés. Elle a été appelée "La légende du prêtre Jean". Au début du XIIIème siècle, un souverain mongol chrétien combattait victorieusement les musulmans de l'Est, et la rumeur persista, assimilant ce seigneur (et saigneur) au prêtre Jean.

Bon, il a malheureusement énervé un certain Gengis Khan qui envoie une troupe le mater, et ce seigneur est tué. Querelle de famille puisque sa fille est l'épouse du cadet de Khan.

Ce n'est pas pour autant la fin de la légende, puisque lorsque Gengis Khan détruisit des royaumes musulmans, elle reprit de plus belle. Les victoires de Khan alimentant le bruit que cette fois-ci un descendant du prêtre Jean était victorieux des musulmans de l'Est, et qu'il sauvera la terre sainte. Et c'était d'actualité vers 1220, où se situe le scénario du film.


Samarcande existe encore, c'est une ville qui est de nos jours en Ouzbékistan. Elle est sous domination musulmane depuis le VIIIème siècle, jusqu'à ce que les armées de Gengis Khan la prennent. Ceci dit, je ne sais pas comment finit le film, mais la cité originelle, celle que Khan a conquit, a été sérieusement ravagée par ses hommes en 1220. Samarcande, c'était une ville et une citadelle. La ville tomba au bout de trois jours de bataille et pendant deux jours, elle fut mise à sac. Les survivants de la garnison et autres fidèles musulmans s'enfermèrent dans la citadelle qui fut soumise à un bombardement de pierres et de flèches. Lorsqu'un mur céda, les survivants se replièrent dans une mosquée, où la dernière bataille se déroula, les Mongols mettant le feu à l'édifice dans lequel la plupart des défenseurs moururent brûlés vifs. C'était le sixième et ultime jour de la bataille.

Ce qu'il advint de la population est assez incertain. On sait qu'avant de piller la ville, Gengis Khan fit évacuer les habitants. On sait aussi qu'il a été sans pitié pour les musulmans. Un certain nombre (important) de survivant ont été rassemblés, et décapités (on parle de pyramides de têtes). D'autres sont réduits en esclavage, et déportés en convois vers la Mongolie. Une partie de la population fut épargnée puisque la ville existe encore. Par contre, le centre, là où se trouvait la citadelle, sur un plateau, était tellement désolé qu'il fut délocalisé. Il fallut toutefois plus d'un siècle avant de voir la ville reconstruite, à côté donc des ruines de son ancien centre urbain.

Par contre, la princesse Shalimar n'a pas existé il me semble, en tous cas pas là, puisque le nom renvoi en Inde, Shalimar étant le nom donné à des jardins créés par des souverains de l'empire moghol (et pas mongol), postérieur à la chute de Samarcande.


Du coup, quand on sait ça : pas de Croisés, pas de princesse (il est peu probable qu'une princesse soit à la tête d'une cité comme Samarcande, sous domination musulmane, qui plus est ville importante car capitale d'une riche région, la Sogdiane, et position clé de la route de la soie), et pas de fin heureuse (sauf pour les Mongols).
Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

kiemavel1
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Re: La princesse de Samarcande - The Golden Horde - 1951 - George Sherman

Message par kiemavel1 » 16 juin 2019, 18:58

Sceptique ? Doublement d'ailleurs, concernant le film d'abord … et si je lis entre les lignes, concernant ces croyances religieuses qui conduisirent à moults massacres au cours de l'histoire … et ça continu. Après, "guerre de religions", ça se discute. Qu'une partie de ceux qui portent effectivement les armes soient convaincus de se battre pour leur foi, sans doute mais pour ceux qui sont à l'origine de ces guerres et en décident, c'est la conquête du pouvoir, des territoires, des richesses et de tout ce qui va avec qui est leur motivation profonde. Leur(s) dieu(x), mon œil … et pareil pour la majorité des "gâchettes" ou des "machettes" sauf que ça leur rapporte moins : de terres, de richesses, de femmes, etc … De nos jours, le patriotisme et la religion étant sujet de moqueries, qui partirait en campagne si n'y avait quelques maisons à piller et quelques filles à trousser ?

Pour revenir au sujet, intéressante cette mise au point historique notamment concernant ces quelques détails que j'ai rapporté dans ce texte qui pourraient avoir une origine historique. Il est donc possible sinon probable que les producteurs aient réunis une petite documentation … Mais après avoir commencé l'écriture de l'histoire, les scénaristes ont du forcé sur l'apéro :wink: D'ailleurs, en ce qui concerne la fin du film, comme tu le subodores, les historiens ne seraient pas satisfaits (mais je crois que ça ne perturbait pas tellement les studios).

Pour finir, en ce qui concerne les mérites du film, ça reste un succès modeste mais pour la personnalité de la princesse et pour l'humour constant, ça passe pas mal mais c'est quand même pour fan du kitsch et des fantaisies historiques hollywoodiennes de série B. C'est la sortie par Elephant de quelques films de cette famille là qui m'a incité à retaper quelques griffonnages anciens. J'en ai d'autres sous le coude ...

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chip
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Re: La princesse de Samarcande - The Golden Horde - 1951 - George Sherman

Message par chip » 17 juin 2019, 09:13

Une vue du Furnace creek inn dans la vallée de la mort, où le film est censé avoir été tourné, j'y suis passé en octobre 2001, il faisait déjà 35 degrés le matin, pas un endroit pour vivre...

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kiemavel1
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Re: La princesse de Samarcande - The Golden Horde - 1951 - George Sherman

Message par kiemavel1 » 18 juin 2019, 13:22

chip a écrit :
17 juin 2019, 09:13
Une vue du Furnace creek inn dans la vallée de la mort, où le film est censé avoir été tourné, j'y suis passé en octobre 2001, il faisait déjà 35 degrés le matin, pas un endroit pour vivre...
De nos jours, on peut y dormir pour 300 euros la nuit. J'espère que pour le prix il y a la clim :wink:

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Re: La princesse de Samarcande - The Golden Horde - 1951 - George Sherman

Message par chip » 18 juin 2019, 13:42

La clim , elle est partout dans ces déserts, je me demande comment on peut vivre dans un tel endroit, il n'y rien à voir et faire à Furnace creek , j'ai acheté quelques timbres "James Cagney" dans le petit bureau de postes tenu par un jeune hispanique, plus de timbres John Wayne...

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Re: La princesse de Samarcande - The Golden Horde - 1951 - George Sherman

Message par kiemavel1 » 18 juin 2019, 14:43

Ben tiens, il fait justement trop chaud pour travailler dehors. J'y retourne après 16h30 pour un petit 16h30-20h30
Jusqu'à l'an dernier, ça ne me faisait rien de travailler sous la canicule (on y est pas encore chez moi) mais c'est fini. Je baisse :wink:

Sympa la plaquette de timbres. Perso j'aurais plutôt choisi de mettre une photo issue de White Heat ou Public Enemy mais Yankee Doodle Dandy, ça doit être plus "marchand"

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