La Première sirène - Million Dollar Mermaid - 1952 - Mervyn LeRoy

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Moonfleet
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La Première sirène - Million Dollar Mermaid - 1952 - Mervyn LeRoy

Message par Moonfleet » 12 juil. 2019, 13:52

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La Première sirène (Million Dollar mermaid) - Mervyn LeRoy

Australie, fin du 19ème siècle. Annette Kellerman (Esther Williams) a eu la polio très jeune ; depuis elle n'a jamais pu retrouver l'usage normal de ses jambes, elle qui rêvait pourtant d’une carrière de danseuse. Elle va néanmoins en cachette tous les matins nager dans le plan d’eau près de chez elle ; le jour où son père (Walter Pidgeon) s’en rend compte, au lieu de la disputer comme elle pouvait s’y attendre, il la pousse à s’engager dans des compétitions de natation. Elle va vite remporter toutes les courses et se faire un nom sur le continent. Seulement son père doit déménager en Europe pour son travail ; sur le bateau qui les y conduit, ils font la rencontre de deux 'saltimbanques' (Victor Mature et Jesse White) qui vont proposer à Annette de la coacher afin qu’elle acquiert aussi la célébrité en Europe. Et effectivement, ce qui va la lancer c’est l’accomplissement d’un marathon nautique sur la Tamise jusqu’à Greenwich en passant dans le centre de Londres devant des milliers de spectateurs éberlués. Puis elle ira en Amérique se produire dans les fabuleux spectacles de l’Hippodrome de New York…

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En préambule à cette chronique sur ce biopic consacré à la sportive qui inventa la natation synchronisée et qui milita assez tôt pour les droits de la femme, rappelons rapidement de quoi était capable Mervyn LeRoy, réalisateur aujourd’hui un peu tombé aux oubliettes, ses œuvres étant désormais plus connues que lui. Souvenons nous qu'il fut quand même l'homme qui nous aura offert l'un des films les plus puissants du début des années 30, l'inoubliable Je suis un évadé (I was a Fugitive from a Chain Gang), l'un des plus célèbres films de gangsters avec Le Petit César (Little Caesar), l'une des meilleures et des plus grinçantes comédies musicales de la Warner avec Chercheuses d'or 1933 (Gold Diggers of 1933) ou encore l'un des films pré-code les plus réjouissants avec Three on a Match. Passé à la MGM en changeant totalement de ton et de style, beaucoup plus adapté au classicisme de la firme du lion, il nous aura encore octoryé de beaux moments de cinéma tels le superbe mélo romantique La Valse dans l'Ombre (Waterloo Bridge) ou encore ce sommet du film familial cher au studio, Les 4 Filles du Dr March (Little Women). Nous pourrions encore citer Ville haute, Ville Basse (East Side, West Side), superbe drame au prestigieux casting, ou Quo Vadis, intéressant péplum ne serait-ce que pour la composition halluciné de Peter Ustinov.

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Bien évidemment, cette imposante filmographie est inégale, ce qui n’empêche ce cinéaste d’avoir sa place tout à fait méritée dans les annales de l'histoire du cinéma. La Première Sirène (Million Dollar Mermaid) - certainement l’un des films les plus louangés avec Esther Williams – n’est pas une comédie musicale comme nous aurions pu le croire - il n'y a d'ailleurs absolument aucune chanson - mais un biopic sur la célèbre nageuse australienne des années 20, Annette Kellerman, qui fut aussi une 'star' du cinéma muet ainsi qu’une féministe avant l’heure, se battant par exemple pour pouvoir porter un maillot de bains une pièce à une époque où la pudeur trouvait cette tenue totalement indécente, notamment dans la société américaine très puritaine d'alors. Million Dollar Mermaid représente en quelque sorte pour Esther Williams ce que fut Les Pièges de la passion (Love me or Leave me) pour Doris Day, le film qui lui fit jouer autre chose que des comédies et qui mit en avant ses dons de comédienne dramatique. Mais si Doris Day prouvait alors qu'elle pouvait tout faire avec le même talent, Esther Williams manque quand même un peu de charisme pour ce genre de rôle même si elle s'en sort néanmoins très honorablement. Avec la mise en scène un peu trop timorée de Mervyn LeRoy - George Sidney ou Charles Walters auraient probablement tiré ce biopic vers de plus hauts sommets - qui parvient néanmoins à nous délivrer quelques superbes mouvements de caméra, ce sont les deux éléments qui empêchent Million Dollar Mermaid d'être autre chose qu’un très bon divertissement.

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Ce qui n’est déjà pas si mal surtout que tout y est quand même très solide ; le scénario est bien écrit, le Technicolor est superbe, les personnages très attachants surtout que le casting est très bien choisi à commencer par l’adorable enfant-acteur Donna Corcoran. Victor Mature plus fantaisiste qu’à l’accoutumé y interprète l'un de ses rôles les plus sympathiques, celui du manager au grand cœur un peu ringard, Jesse White apporte la petite touche humoristique – avec notamment son partenaire… kangourou -, David Brian (le manager de l’hippodrome amoureux de sa ‘sirène’) et Walter Pidgeon (le père d’Annette) complétant admirablement ce quatuor de personnages masculins. Quant à Esther Williams, elle est toujours aussi sculpturale, toujours élégante quelle que soit sa tenue - en robe de soirée, en robe de ville, en tenue décontractée ou en maillot de bain -, et nage toujours aussi divinement ; même si elle manque un peu de conviction dans son interprétation, elle seule pouvait interpréter d'une façon convaincante une nageuse hors-pair comme Miss Kellerman. A signaler que bien évidemment, Hollywood oblige, le film prend de grandes libertés avec la réalité et que par exemple, même si l’idée du scénariste est savoureuse, le chien Rintintin n’a jamais été découvert par 'Sullivan-Mature'. Hasard cocasse pour les amateurs de ‘Musicals’, le titre Neptune’s Daughter du film muet de 1914 au cours duquel dans La Première sirène Annette Kellerman a eu un grave accident sur le tournage suite à l’éclatement de l’aquarium géant dans lequel elle se produisait, rappelle évidemment celui d’Edward Buzell de 1949 avec… Esther Williams.

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Si la mise en scène de Mervyn Leroy manque d'un peu de fougue, en revanche les numéros aquatiques tranchent avec cette sagesse et emportent le morceau ; et c'est Busby Berkeley 'à la baguette' qui réalise une nouvelle fois une époustouflante performance et qui nous livre ici l'un de ses numéros ‘kaléidoscopiques’ les plus étonnants avec ‘Fountain and Smoke’, celui absolument prodigieux des descentes en toboggans suivi des plongeons à partir de trapèzes volants. Que ceux qui sont allergiques aux comédies musicales le sachent même si ça a déjà été dit plus haut : La Première sirène ne comporte donc aucune chanson, aucun élément kitsch et pourrait plaire au plus grand nombre contrairement aux autres films de l'actrice-nageuse. Me concernant, même si ma préférence se reporte sur quelques autres titres de sa filmographie (Dangerous when Wet de Charles Walters ou Bathing Beauty de George Sidney), je reconnais à celui-ci une intrigue qui utilise l'ellipse à merveille, très solidement réalisé par un Mervyn Leroy certes en petite forme mais toujours aussi professionnel. Un biopic aussi attachant que ses protagonistes, un film qu’Esther Williams a surement dû prendre plaisir à jouer d’autant que si Kellerman n’avait pas inventé la natation synchronisée, l’actrice n’aurait ensuite pas pu faire une aussi fastueuse carrière. Annette Kellerman fut ravie de l’interprétation d’Esther Williams alors que cette dernière intitula en 1999 son autobiographie ‘Million Dollar Mermaid’, le surnom qu’on lui donna par la suite. Très agréable !
Source : DVDclassik


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