Her Kind of Man - 1946 - Frederick de Cordova

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kiemavel1
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Her Kind of Man - 1946 - Frederick de Cordova

Message par kiemavel1 » 24 juil. 2019, 19:14

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A l'époque de la prohibition, dans une salle de jeu clandestine, un homme est pris en flagrant délit de tricher et fait irruption plus tard dans la soirée dans le bureau de Joe Marino, le patron d'une boite de nuit alors que celui ci s'entretient avec Steve Maddux, son beau frère, celui là même qui avait confondu et humilié le joueur. L'arme au poing il réclame son argent et est abattu par Maddux alors qu'il s' apprêtait lui même à tirer. Loin d'être sûr d'obtenir la légitime défense, Maddux fuit en Floride s'éloignant ainsi de sa petite amie Georgia, chanteuse de Music Hall qui venait d'obtenir un bon contrat à Broadway. Elle y est remarquée par le journaliste Don Corwin qui multiplie les articles pour promouvoir sa carrière et qui s'éprend de la jeune femme. Pendant ce temps, Maddux, fréquentant plus que jamais les salles de jeu connaît des revers de fortune et suite à une ruse de Marino accepte de s'associer avec lui. Rassuré sur sa situation, Maddux revient vers Georgia …
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Devant ce film étrange, on a parfois l'impression que la Warner avait ressorti le vieux scénario d'un film criminel des années 30 d'un tiroir, tentant de l'adapter au goût du jour en y saupoudrant des éléments de film noir. Mais en raison d'un scénario bancal, d'une caractérisation des personnages incertaine, d'une tension et d'une violence latente ou « en couvaison «  trop parcimoneusement saupoudrés, les moments de violence arrivaient comme par surprise et apparaissaient même presque incongrus et faux puisque l'atmosphère violente qui se concrétisait bien souvent par des séquences brutales dans les films de gangsters était ici très intermittente et donc bien trop fugace.
Sans être du tout un mauvais film, il soufre quand même de multiples petits maux et manque d'une véritable unité de ton quand bien même il comporte de solides ingrédients de film noir : un homme parti de rien et s'élevant socialement grâce à des activités illicites ou à la lisière de la légalité (ici un joueur devenant patron de tripots) et donc la montée et la chute d'un gangster. Un triangle amoureux impliquant deux hommes, un bon et un (plutôt) mauvais, rivaux auprès d'une chanteuse de Music Hall. Deux associés devenant brutalement des ennemis. Un jeune homme fasciné par un aîné dominateur qu'il finit par trahir ...
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Il y en a même presque trop ... d'ingrédients … de personnages importants, et le film exploite la plupart des possibilités offertes. Pour en donner une idée sans rentrer dans le détail des faits, je laisse entrevoir ces possibilités en présentant les personnages principaux.

Maddux est le personnage principal le mieux tenu et son interprète, Zachary Scott, y est remarquable. Il est calme jusqu'à la froideur, plein d'assurance, séduisant, suave (les séquences intimes avec Georgia font partie des plus réussies). Il est donc très loin des manières des gangsters à l'ancienne et s'il est capable de se battre contre son rival (sur un ring de boxe), il surprend finalement tout le monde – y compris le spectateur – quand il finit par sortir sa mitraillette Thompson (dans la séquence la plus absurde du film, celle qui lance les événements violents de sa partie finale). Plus intéressant et surtout plus finement observé sont les notations sur d'autres traits de sa personnalité. Maddux est aussi un homme dévoré d'ambition et très orgueilleux qui s’éloigne de Georgia dès qu'il se trouve provisoirement en état de faiblesse. Or, il s'y retrouve régulièrement puisqu'il tue un homme, est presque remplacé par un rival et surtout il subit les aléas de la vie de joueur. Mais Maddux force sa chance et joue en permanence sa vie, pas seulement dans ses affaires : il bluffe (pour convaincre Georgia de revenir à lui), fait tapis (il lui propose le mariage pour emporter la mise vis à vis de son rival) et dans un final où il aura tout contre lui, quand un des personnage dira à Georgia que Maddux possède 1 % de chance de s'en sortir, elle répondra : " C'est bien plus qu'il ne lui en faut ".
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Georgia King (Janis Paige, merveilleuse de sensualité discrète) est donc la compagne de Maddux puis sa femme. Elle aussi est une forte personnalité, indépendante et qui a du répondant face aux diktats de Maddux ... mais il est vraiment Her Kind of Man et en ce qui concerne les faits importants, elle lui cède tout et est finalement toujours derrière lui, même dans les moments où d'autres flancheraient ( face aux 2 crimes, certes commis l'un en état de légitime défense et l'autre en réalité accidentel). Il faut dire aussi que le rival est fade et beaucoup moins bien traité par les scénaristes. La rivalité entre Maddux et le chroniqueur de Broadway, Don Corwin si elle occupe beaucoup l'écran dans la partie centrale du film, ne donne pas grand chose. Dans ce qui était son premier film noir, Dane Clark était bizarrement distribué dans ce rôle de journaliste affichant presque toujours un large sourire (il doit sourire ici davantage que dans tous ses autres films réunis). Souriant … jusqu'à un certain point car il surprend quand même face à Maddux (sur un ring) puis plus tard face au jeune apprenti gangster qui admire Maddux mais, trop mal caractérisé, le personnage ne soutient pas la comparaison avec celui de son rival si bien qu'il ne profite pas des absences de ce dernier pour prendre vraiment sa place ; mais résolu, il ne s'éloignera pas tout à fait quand Georgia décidera finalement d’épouser "l'autre".
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Critère qui ne l'aide pas à charmer aussi bien Georgia … que le spectateur, il est souvent flanqué d'un policier, Bill Fellows, qui enquête sur Maddux à propos notamment du crime initial. C'est l'enquêteur le plus cool de l'histoire du film de gangsters si bien que lorsqu'il s'énerve enfin et organise une descente dans un des tripots de Maddux, on est vraiment pris par surprise (même les scénaristes qui font faire n'importe quoi à Maddux). Plus intéressant est le personnage de Candy (Harry Lewis), un jeune apprenti gangster fasciné par le charisme, la maitrise et l'assurance de Maddux. Il offre donc ses services au (gentil) gangster, devient ainsi son homme à tout faire … et son souffre douleur (la relation est ambiguë et suggère probablement l'homosexualité de Candy). Enfin, un mot sur le couple Marino : Joe (George Tobias), l'associé de Maddux est un des rares à se montrer plus roublard que lui mais il est lui aussi caractérisé un peu légèrement et le plus souvent en décalage avec les personnages similaires du genre puisque lui aussi est un peu trop rigolard. Quant à son épouse Ruby (Faye Emerson), qui est aussi la sœur de Maddux, elle n'a presque rien à faire.
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Bilan très mitigé donc pour ce film qui reste très regardable mais qui gâche ses possibilités et qui est noir … mais pas trop, un noir light en quelque sorte … ce dont même les étonnantes affiches attestent. Et encore je n'ai pas mis la plus souriante. Vu en vo avec sous titres anglais.

Frederick de Cordova était surtout réalisateur de comédies (aucune éditée en France, la seule que je connaisse, Bedtime fot Bonzo, jadis édité en zone 1 vaut son pesant de Caouettes. D'ailleurs les principaux protagonistes en sont un chimpanzé et un ancien président américain et celui qui a l'air le plus malin à l'écran n'est pas celui qu'on croit), de quelques Musicals (dont un Elvis édité) et secondairement de film d'aventures et de westerns, parmi lesquels 3 Yvonne de Carlo dont 2 sont plaisants et un assez bon western militaire avec Audie Murphy (tous édités en zone 1 et/ou 2 avec français) … et enfin il avait aussi réalisé un second film criminel : Illegal Entry dans lequel Howard Duff tapait plus fort sur les passeurs et sur la pègre "profiteuse de misère" que sur les clandestins. Donald, un avis sur le film ? ^^ (Il fut diffusé en VF chez nous)
Modifié en dernier par kiemavel1 le 25 juil. 2019, 10:58, modifié 1 fois.

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Re: Her Kind of Man - 1946 - Frederick de Cordova

Message par kiemavel1 » 24 juil. 2019, 19:27

On devine ici le trouble des distributeurs face à ce film noir (mais je confirme : c'est quand même surtout un film noir :mrgreen: )


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kiemavel1
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Re: Her Kind of Man - 1946 - Frederick de Cordova

Message par kiemavel1 » 24 juil. 2019, 19:33

Et puis quand même, un peu de Janis, née en 1922 … et toujours là

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chip
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Re: Her Kind of Man - 1946 - Frederick de Cordova

Message par chip » 24 juil. 2019, 22:54

Georgia King , c'est Janis PAIGE, pas Carter, mais bon ! Janis Carter a été aussi excellente dans plusieurs films NOIR... Quant à Frederick de Cordova, il y aussi réalisé deux comédies avec.....Mark Stevens :lol: " Katie did it " et " Little Egypt " sorties en 1951.

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Re: Her Kind of Man - 1946 - Frederick de Cordova

Message par kiemavel1 » 25 juil. 2019, 11:51

Janis Paige, certes oui : étourderie rectifiée. D'ailleurs, moi je ne l'aime pas beaucoup l'autre Janis, au moins dans les films noirs où je me la rappelle parfaitement, c'est à dire : Night Editor et Framed / Traquée où dans les deux cas, elle compose un personnage de garce très caricatural, envoyant des coups d'avertisseur très voyants pour bien signifier : "C'est bien moi la mauvaise". Dans Nigh Editor, visiblement très client, Levin en joue à fond, multipliant les gros plans de fin de scène sur elle, façon Dallas ! (les plans sur JR affichant un sourire narquois ou ayant l'air de fomenter une nième entourloupe :mrgreen: ). Très fin :roll:

Puisque l'expression "du pauvre" est à la mode :wink: , je dirais que Janis, c'était la Virginia Mayo du pauvre. Attention, être très démonstrative dans ce registre là ne me gêne pas du tout, à priori … J'adore Audrey Totter par exemple mais il y a la manière de le faire et, pour le coup, je trouve les moyens d'actrice de Miss Carter assez limités.
Mais je sais que tu l'aimes bcp alors pardon (comme quoi, les gouts et les couleurs … J'en ai plein des phrases constructives comme celle là, de celles qui évitent les quiproquos, les éventuels malentendus. Maintenant, je me méfie :wink: …). Par contre, pour la suite, je vais une fois de plus en faire trop dans le genre imparable. Qu'on me pardonne par avance :mrgreen:


Janis Carter a tourné beaucoup de films noirs. En dehors des 2 cités plus haut :

One Mysterious Night (1944) de Boetticher, époque Oscar Boetticher Jr. J'ai causé du film ailleurs (et pourrait rapatrier)
The Missing Juror (1944), aussi de Boetticher. Celui que j'avais le moins aimé de ses films criminels de début de carrière
The Mark of the Whistle (1944) de la série du "siffleur", bonne série de "mystères" dont les différents opus sont sans liens entre eux. Je ne me souviens pas du tout d'elle dans ce film.
The Power of the Whistle (1945). Pas vu
I Love Trouble / Les liens du passé (1948). Bon film de Private Eye mais visible dans des copies exécrables

Et parmi ses rôles plus secondaires :
The Woman on Pier 13 (1949) de Robert Stevenson. Médiocre et bête film anti-communiste (diffusé à la TV)
Plus, à la lisière du genre : Mon passé défendu (1951)

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chip
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Re: Her Kind of Man - 1946 - Frederick de Cordova

Message par chip » 25 juil. 2019, 16:59

Moi, je les aime les deux Janis, tant que tu ne dénigres pas Lola Albright et Janet Leigh, ça va :lol:

kiemavel1
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Re: Her Kind of Man - 1946 - Frederick de Cordova

Message par kiemavel1 » 25 juil. 2019, 21:11

Dans le message précédent, en ce qui concerne les 2 films de la série du "siffleur", il fallait lire "WhistleR"

chip a écrit :
25 juil. 2019, 16:59
Moi, je les aime les deux Janis, tant que tu ne dénigres pas Lola Albright et Janet Leigh, ça va :lol:
Ah ... Ces deux là, je les aime aussi
Lola je ne sais pas mais Janet, en plus d'être bien faite, c'était une tête bien pleine


Janis, sur le plateau de Her Kind of Man, avec en arrière plan, Dane Clark et des techniciens visiblement en train de préparer une scène :

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