[17/09/2019] Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension (Bach Films)

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pak
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[17/09/2019] Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension (Bach Films)

Message par pak » 04 sept. 2019, 16:46

Attention ! Alerte ! Film culte à l'approche !
Ou gros nanar...

C'est le problème avec ce genre de film, inclassable, bordélique, visuellement riche, incompréhensible, ou au contraire trop simpliste, imaginatif, peut-être trop pour des esprits cartésiens... Ses admirateurs lui colleront automatiquement l'étiquette culte, qui est, comme celle du chef-d’œuvre, parfois un peu trop utilisée, et ses contempteurs, généralement plus nombreux, lui donneront celle du navet, au mieux du film raté. Et il y a un peu de tout ça dans ce film.

Dans les années 1980, il y a eu une période où liberté de ton, avancées technologiques et numériques, n'étaient pas encore forcément liés à l'usine à rêve préfabriquée et systématique que nous connaissons depuis les succès des premiers Harry Potter et la vague Marvel ou tout autre licence à gros budgets qui répondent à la même logique commerciale.

Du coup émergèrent certains projets improbables, à propos desquels on peut se demander si les producteurs ont vraiment lu le scénario avant de signer leur chèque et donner le feu vert. Ainsi donc virent le jour des films comme Howard... Une nouvelle race de héros et son canard super-héros, Les Maîtres de l'Univers de son Musclor de pacotille, la tentative d'anthologie d'heroic fantasy Métal hurlant, ou encore Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, démarquage comique référentiel au cinéma d'action asiatique d'Indiana Jones, échec en salles, et vénéré en vidéo. Bien-sûr il y eu quelques réussites, comme Brazil par exemple, ou Qui veut la peau de Roger Rabbit qui avec le recul n'était pas le carton assuré et représentait un gros risque financier (quelques années plus tard, Cool World s'est planté au box-office).

Tous ces films ont comme point commun d'avoir essayé autre chose, de prendre le spectateur (ce qui peut s'avérer bénéfique) ou la critique (ce qui est très dangereux) par surprise. Souvent, l'échec commercial est au rendez-vous, parce que c'est foncièrement débile, ou parce que les distributeurs ne savent pas trop quoi faire de ces films, sans parler de la réception critique ou plus en amont de la panique des producteurs qui exigent coupes et nouveau montage...

Mais parmi ces OVNI cinématographiques, ou plutôt OFNI, Objet Filmique Non Identifiable, voire OCNI, Objet Cinématographique Non Identifié, bref, on ne sait pas trop comment les nommer, parmi eux, donc, il y en a un qui est encore plus inclassable, car on n'avait rien fait ce comparable avant, et on ne le fera pas après non plus, c'est le culte (oui, c'en est un) Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension.

Même après plusieurs visions, il est difficile de raconter ce film. Déjà le héros, improbable, scientifique, neurochirurgien, aventurier, rock star, rien que ça. Il est entouré d'une équipe, nommée "Les Chevaliers de Hong Kong", bien qu'aucun ne soit chinois. Ils n'ont pas de capes et des tenues plus ou moins futuristes comme les héros de chez Marvel. Non eux, c'est plutôt la panoplie BCBG années '80 qui les branche, ce qui nous vaut un défilé de mode masculine typique de l'époque, sauf un, qui se distingue des autres en tenue de cowboy type cirque de Buffalo Bill. Si on essayait de résumer l'intrigue, on pourrait dire qu'il y a une opposition entre deux scientifiques. L'un a fait partie d'une équipe de chercheurs dans les seventies, qui mettaient au point une machine pour accéder à un monde parallèle. Et on parle non pas de quatrième dimension, déjà pris, ni même de la cinquième (ces visionnaires avaient déjà deviné que celle-ci nommerait en France la nouvelle série The Twilight zone trois ans plus tard ! ), non, là, c'est la huitième ! Au passage, notons que s'il y a huitième, c'est qu'il existe une sixième et une septième ! Bref, ça échoue, mais notre savant insiste et finit par y entrer dans cette dimension, mais il va au passage se griller quelques neurones, et voudra, comme tout savant devenu dingo, détruite la Terre, avec l'aide de méchants extraterrestres. En face, ben il y a notre jeune Buckaroo, qui lui, tente une expérience lui permettant de passer au travers de la matière à bord d'une voiture éminemment équipée, idée qui sera reprise pour Retour vers le futur, mais là pour voyager dans le temps. Ce faisant, Buckaroo découvre cette huitième dimension, ne se doutant pas de ce que ça va déclencher. Car là ce sont de gentils extraterrestres qui vont le prévenir des conséquences néfastes pour la planète s'il continue. Du coup nos deux savants vont s'opposer, vu que Buckaroo c'est le gentil, et que donc, il doit sauver notre planète.

À partir de là, le film part dans tous les sens ! Et vu les péripéties et rebondissements qui vont s'enchainer, parfois totalement surréalistes, souvent improbables, mettant les protagonistes dans des situations régulièrement délirantes, on se dit qu'ils ont dû être une demi-douzaine à écrire le scénario. Et pourtant non. C'est l’œuvre d'un seul, Earl Mac Rauch, qu'on connait pour avoir été à l'origine du scénario de New York, New York et dont est sans nouvelles depuis son quatrième et dernier scénario, Wired, biopic sur John Belushi sorti en 1989. En fait l'auteur est retourné à son premier métier, écrivain, et continue de faire vivre sur le papier l'univers de Buckaroo Banzaï, puisque lui et le réalisateur sont en bisbille avec la MGM sur les droits d'exploitation de l'univers à l'écran.

L'autre cocréateur de l'univers, le réalisateur W.D. Richter, n'a réalisé qu'un autre film, Late for dinner, sorti en 1991, et qui atterrira chez nous directement en VHS en 1994 sous le titre Passeport pour le futur, avec une histoire encore tirée par les cheveux, dans laquelle deux hommes sont cryogénisés en 1962, pour se réveiller en 1991 ! Mais W.D. Richter est surtout scénariste, et on lui doit ceux de Nickelodeon, de la version de Philip Kaufman de L'Invasion des profanateurs, celle de John Badham de Dracula, l’histoire de Brubaker, mais l'échec commercial de l'adaptation de son script devenu Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin qui suivait celui justement de Buckaroo Banzaï mis un frein à sa carrière, même si on a pu voir trois autres films issus de ses scénarios entre 1993 et 2005, dont le sympathique Week-end en famille de Jodie Foster.

Car oui, Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension a été un échec cuisant, ne rapportant que la moitié de ce qu'il a coûté sur le territoire américain, soit environ 6 millions de dollars pour un budget de 12 millions. En France, le film passa totalement inaperçu, avec un peu moins de 70 000 entrées. Du propre aveux des publicistes de l'époque, personne ne savait trop quoi faire du film une fois la version définitive montée et montrée. MGM n'a finalement pas engagé de gros moyens de promotions, ne croyant plus au film, et sa sortie fut donc assez limitée. Les entrées aussi...

Il faut dire que rien ne prépare à la première vision du film. D'entrée, il faudra choisir entre profiter des trésors d'imagination développés dans ce joyeux bordel dont la maitrise semble avoir échappé à ses créateurs, ou au contraire se fermer dès les premières scènes et alors c'est cuit car à aucun moment le film reviendra sur des rails plus classiques. Le film a été nommé au prix du meilleur casting en 1985 par la Casting Society of America (association professionnelle américaine de directeurs de casting) et c'est mérité car l'équipe d'acteurs est pour beaucoup dans le plaisir à (re)voir ce film, même s'ils ne sont pas tous connus. Néanmoins, avec Peter Weller, John Lithgow, Ellen Barkin, Jeff Goldblum, Christopher Lloyd, et Clancy Brown, on a déjà un aperçu du haut niveau d'interprétation. Notamment John Lithgow génialement fou, proche du cartoon (cabotinage, certes, mais avec quel talent ! ). Quant à Peter Weller, complètement investi dans son personnage improbable de super-héros avant l'heure, il n'aura jamais vraiment réussi à s'imposer au cinéma malgré le carton de RoboCop et des choix pointus (Le festin nu, Cat chaser), enchainant trop d'échecs artistiques ou commerciaux (le sympa Blue-Jean cop, le sous-Alien Leviathan, le raté Planète hurlante... ). Buckaroo Banzaï aurait dû être le véhicule le portant au sommet, les auteurs étant tellement sûrs d'eux que le titre d'une suite était même annoncé juste avant le générique de fin.

L'apparition d'un des films les plus barrés des années 1980 en Blu-ray est donc un micro-évènement, car ceux qui comme moi l'ont vu en salles à sa sortie et ont aimé malgré ses défauts sont peu nombreux, mais qui sait si la découverte de ce film ne consolidera pas son statut culte. Merci à l'éditeur de nous permettre de rejoindre Buckaroo Banzaï, Penny Priddy, New Jersey, John Bigbooté, Perfect Tommy, Reno Nevada et Lord John Whorfin (oui, ce sont bien les noms des personnages), en HD en plus.

Le boitier type Mediabook contient :

- Le film en Blu-ray,
- Le film en DVD,
- Un livret de 24 pages intégré à l’étui (dossier de presse, revue de presse, photos),
- Une présentation du film par Claude Gaillard (co-auteur des livres "Bad Requins, l'histoire de la sharksploitation" et "Dans l'enfer vert de la Rambosploitation").


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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

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