[11/09/2019] Normandie Niémen (Gaumont)

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pak
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[11/09/2019] Normandie Niémen (Gaumont)

Message par pak » 08 sept. 2019, 16:26

Hé bien, voilà une arlésienne qu'on ne pensait pas voir en Blu-ray de sitôt ! Même si un petit espoir s'était fait jour lorsque Gaumont avait édité le film en DVD le 16 mai 2012, dans sa collection "Gaumont à la demande", hélas sans restauration particulière.

Car il aura fallu attendre 2012 pour voir ce film sur un support numérique ! Et c'est là qu'on mesure le gouffre qui sépare la France des États-Unis en matière de cinéma de guerre et de célébration des combattants dans des films à leur gloire. Certes, la France ne fut pas aussi glorieuse que l'Amérique durant le second conflit mondial, notamment durant la piteuse campagne de France et pendant l'occupation. Pourtant il n'y a pas eu que des défaites. De Bir Hakeim à Monte Cassino, en passant par les pilotes français dans la RAF, ou comme ici, dans l'armée rouge, pour finir sur les campagnes d'Alsace et d'Allemagne à la fin du conflit, il y avait vraiment matière à épopées ou fictions.

Certes il y a eu La Bataille du rail, mais fait dans l'urgence à la gloire de la résistance, plus docufiction que film. Il y a eu Paris brûle-t-il ? aussi. Mais on sait aussi ce que des films comme L'Armée des ombres, Le Vieux fusil et Lacombe Lucien ont provoqué comme polémiques. Comme s'il était interdit de sortir de l'image d’Épinal. Quand on voit ce que les américains ont produit sur leurs implications dans des guerres, allant parfois exorciser leurs démons (voir la panoplie de films sur le Vietnam).

Et en vidéo c'est encore pire. Normandie Niémen de Jean Dréville, avant 2012, n'avait été édité qu'en VHS en octobre 1997 par Film Office, grâce à Télédis, société de distribution française indépendante, qui achetait des films à faibles valeurs ou des sociétés de productions en liquidation, et ce dès les années 1950 (ce que fera plus tard René Chateau, puis les groupes audiovisuels pour se constituer un catalogue pour les chaines de télévision et l'édition vidéo).

Cette édition en Blu-ray est donc la bienvenue et comblera les fanas d'aviation. L'éditeur est Gaumont car la société a racheté le catalogue Télédis en 2002.

Pour rappel, le groupe de chasse, initialement nommé Normandie, est né de la volonté du général de Gaulle d'avoir des français libres sur tous les fronts, et d'assoir ainsi sa légitimité devant tous les alliés. Au second semestre 1941, ça incluait aussi l'URSS depuis l'invasion allemande de juin. D'abord pensée comme une unité blindée, cette participation au front de l'Est française sera finalement aérienne, plus facile à mettre en œuvre. C'est donc une poignée de pilotes des forces libres, issus de divers horizons, qui va se retrouver sur l'un des théâtres d'opération des plus terribles. Le groupe sera opérationnel en mars 1943, et dès le 5 avril, il remporte ses premières victoires.

Semaines près semaines, ces pilotes français, qui sont loin d'être des communistes convaincus, et par forcément à cheval sur la discipline, vont gagner la confiance puis le respect des soviétiques. C'est certes une poignée d'hommes, mais c'est ainsi que naissent les légendes. En juillet 1944, le groupe prend le nom de Normandie Niémen en hommage à sa participation aux batailles du fleuve Niémen, sans parler des nombreuses distinctions militaires soviétiques. Ils marqueront tellement les esprits russes que lorsque l'état commandera en 1967 une série de films retraçant la reconquête de son territoire jusqu'à la prise de Berlin, la fresque de Youri Ozerov qu'on connait en France sous le titre La Libération (éditée en Blu-ray par Bach Films en octobre 2017), cette participation ne sera pas oubliée et sera évoquée le temps de quelques scènes, alors que ça n'a concerné que quelques dizaines d'hommes au milieu de millions d'autres (rappelons que l'URSS a eu plus de 10 millions de morts entre 1941 et 1945). Des pertes, le Normandie en aura aussi, une quarantaine d'entre eux ont été tués ou portés disparus (des 38 pilotes abattus au-dessus du territoire tenu par les Allemands, seuls 3 rentrèrent en France, l'ordre de l'état-major Allemand de mai 1943 de faire fusiller tout membre du Normandie capturé n'est pas pour rien dans ce petit nombre de rentrants).

La réputation et la reconnaissance étaient encore si fortes que malgré la guerre froide, l'URSS participa à la production du film via Mosfilm, l'entreprise nationale cinématographique de l'Union soviétique. Ce qui a permis d'avoir des acteurs russes au casting et de renforcer ainsi le réalisme du film. Car Dréville a tenu à rester dans les faits, choisissant des anecdotes réelles pour alimenter son histoire. Il se concentre sur l'aventure humaine, sur les hommes, leurs relations, leur sort. En même temps il n'a pas eu trop le choix, car l'authenticité de son film est mise à mal par le matériel utilisé. Le tournage s'est déroulé en 1959, soit 14 ans après la fin du conflit, et, déjà, il n'existe plus de modèles d'avions utilisés par le groupe. Staline avait, en 1945, fait don de son avion à chaque pilote, des Yak 3. L'unité avait aussi combattu à bord de Yak 1 et 9. Mais en 1959, les autorités russes n'ont pu fournir que des Yak 11, lointain cousin des précédents, car avion d'entrainement mis en service en 1946, dont le moteur en étoile lui faisant un gros nez ne peut faire illusion. Et évidemment, question matériel allemand, c'est déjà le néant total, quasi tout ayant été détruit. Du coup les scènes aériennes sont relativement courtes et peu nombreuses, totalisant environ 10% de la durée du film.

Mais qu'importe, cette page d'Histoire de plus en plus oubliée, peut ressusciter le temps d'une édition vidéo, avec certes un film un peu conventionnel, et peu spectaculaire.

En suppléments, peu de choses. Un module nommé "Jean Dréville au Beaumont Palace - Normandie Niemen", qui est une interview de Patrick Glâtre, auteur du livre "Jean Dréville, cinéaste" paru le 26/12/2006 (éditions Créaphis), puis une bande-annonce.

Dommage que l'éditeur n'ait pas fait œuvre de pédagogie en ajoutant un documentaire sur l'unité, je suis persuadé que dans les archives Gaumont doivent exister quelques bandes d'actualités sur le sujet. Lobster, qui a pourtant moins de moyens, a bien ajouté dans son édition DVD (à quand un Blu-ray ? ) Le Grand cirque un documentaire sur les débuts de l'aviation en France, un témoignage de Pierre Clostermann à l’occasion des cinquante ans du débarquement et un entretien avec le fils du pilote qui revient sur l’aventure de son père.

René Chateau avait édité en VHS des films comme Bataillon du ciel, Les Démons de l'aube, Le Paradis des pilotes perdus, L’Équipage (celui-ci édité cette année en Blu-ray bien rempli, merci Pathé ! )... Chateau semble perdre des droits (Les Démons de l'aube a été édité chichement en DVD par Gaumont), espérons que ces films renaitront ailleurs sur un support numérique.

M'enfin, voir Normandie Niémen en Blu-ray était inespéré ! Et Gaumont proposera ainsi et aussi le La Fayette de Dréville.

Sortie le 11 septembre prochain.


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Michel Audiard

kiemavel1
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Re: [11/09/2019] Normandie Niémen (Gaumont)

Message par kiemavel1 » 09 sept. 2019, 20:46

J'ai acheté le DVD Gaumont "à la demande" seulement en 2018 et l'ai donc redécouvert l'an dernier (vu jadis à la TV). C'est plutôt un bon film mais un petit peu décevant de la part de Dréville qui par le passé (surtout dans les années 40) avait produit mieux. Effectivement, on aurait pu s'attendre à bien davantage de séquences de "gross" bagarres aériennes et dans les baraques, pas mal de gross propaganda … Et on voit surtout des héros ordinaires, des interprètes sobres et au final un film sage qui s'autorise juste quelques moments d'émotion et avec un peu plus de dramaturgie dans le personnage interprété par Trabaud. Bon film quand même mais Dréville dépeignait le monde paysan ou celui des affaires avec plus de force et de personnalité surtout dans les films qui avaient pour tête d'affiches le grand Vanel.

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