[11/09/2019] La Fayette (Gaumont)

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pak
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[11/09/2019] La Fayette (Gaumont)

Message par pak » 12 sept. 2019, 20:54

Lorsque j'ai évoqué la sortie en Blu-ray du Normandie Niémen du même réalisateur Jean Dréville, sorti trois avant celle de ce film historique, je regrettais que le cinéma français ne se penchait plus vers ses figures guerrières du passé alors que son pendant américain n'hésitait jamais, refaisant parfois la même histoire avec plus ou moins de bonheur(voir Alamo par exemple).

La faute aussi à la télévision, dont on ne compte plus les rediffusions du Jour le plus long, et qui oublie que la France a parfois, aussi, produit des films spectaculaires (même si un peu aidé par des fonds italiens). Qui se souvient de la dernière diffusion de ce La Fayette sur une chaine en clair ? Bon en fait, si, on sait, ce n'est pas si vieux, car sur France 2 dans la nuit du 6 au 7 novembre 2012 à l'occasion des éléctions américaines, à 1h du matin... Autant dire que quasi personne n'a regardé ! Et comme le film a été restauré, il a fait partie de la programmation de Ciné+ Classic cette année (encore faut-il avoir cette chaine).

Notre fameux marquis est pourtant une figure intéressante au destin assez incroyable. Certes la partie la plus connue et glorieuse de sa vie est son soutien et sa participation à la révolution américaine contre les anglais. Mais il a aussi traversé l'une des périodes les plus dangereuses pour un homme de sa stature : la Révolution de 1789, le règne de Napoléon, dont il osa refuser la Légion d'Honneur que l'empereur voulait lui attribuer, la Restauration, le règne de Charles X, la révolution des Trois Glorieuses entrainant la chute de ce dernier, la Monarchie de Juillet... C'est finalement la maladie qui l'emportera, à 76 ans, âge quasi canonique, vu la période traversée.

C'était aussi un homme assez contradictoire, noble aidant à faire tomber une monarchie en Amérique, puis en France, anti-bonapartiste, et qui participera à ramener une monarchie en France après la Révolution et l'Empire. Il avait une sorte d'idéal impossible, rêvant d'une sorte de monarchie républicaine, un non-sens, qui fera dire de lui, du moins en France, pas que des compliments, Napoléon le trouvant tout simplement niais. Il faut dire que sa fougue semblait prendre le pas sur la réflexion, ce qui pouvait amener à son attitude magnifique à 19 ans qui le vit combattre en Amérique, mais qui pouvait sembler ridicule en politique un certain âge passé.

Bien-sûr le film de Dréville ne va pas si loin. Ce qui est évoqué ici est la jeunesse de La Fayette, son combat aux côtés de Washington. Et pour cela, le réalisateur a les moyens. Sur le dossier de presse du film, on peut lire : "300 acteurs, 50 000 figurants, 5000 cavaliers". Sans parler de certains lieux de tournage : châteaux d'Azay-le-Rideau, de Chenonceau, et de Versailles.

L'argent dépensé se voit largement à l'écran. Et comme ça a été tourné en 70 mm, et en couleur, on en prend plein les yeux. Les scène de batailles, tournées dans la Yougoslavie de Tito, un temps Mecque du cinéma, sont impressionnantes. Mais cette impression est surtout due au nombre et à la multitude de couleurs. Car pourquoi avoir confié cette fresque à Jean Dréville ? Non pas que le film soit raté, mais on sent le réalisateur un peu dépassé. Cela se remarque par le jeu compassé ou un peu faux d'une partie du casting qui se veut prestigieux, mais qui est assez hétéroclite... Mieux aurait valu un Henri Verneuil, mais il n'avait pas encore le statut de réalisateur de super-productions, venant juste de triompher avec La Vache et le prisonnier...

Ne boudons pourtant pas trop notre plaisir de voir ce gigantesque film qui fait presque figure d’exception dans notre cinéma hexagonal, même si plus figuratif que passionnant, et remercions Gaumont pour son travail de restauration du patrimoine en offrant au film un accueil similaire à celui que les français lui ont témoigné en 1962, se déplaçant en nombre pour découvrir ce film qui devait être visuellement somptueux en salle (le film fit plus de 3,7 millions d'entrées, le plaçant quatrième du box-office français).

Quant au marquis, verra-t-il un jour un film à la mesure de sa vie, héros plus fêté aux États-Unis qu'en France, mais dont la nationalité est un frein pour qu'Hollywood se penche sérieusement dessus. Encore qu'avec les américains, tout est possible. En 2011, il était question d'un projet de diptyque mené par Jean-François Richet, avec Vincent Cassel dans le rôle-titre. Le projet est en stand-by (abandonné plutôt ? ) et à la place on a eu droit à Vidocq dans L'Empereur de Paris...


En attendant, nous aurons toujours ce Blu-ray Gaumont, au nouveau master restauré en 2K par les laboratoires numériques Éclair pour l’image et Diapason pour le son (pour rappel, Gaumont avait déjà proposé le film sans restauration le 06 juillet 2016 dans sa collection "Gaumont à la demande"). Apparemment du bel ouvrage sauf pour une séquence dont Gaumont n'a pas retrouvé se source suffisamment bonne (manquante du négatif, issue de l’interpositif), mais c'est peu de chose.

Dommage par contre qu'à part une interview de Patrick Glâtre, auteur du livre "Jean Dréville, cinéaste" paru le 26/12/2006 (éditions Créaphis), aucun supplément ne soit proposé.

Dans les bacs depuis le 11 septembre.

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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

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