[10/09/2019] Les Démons de Jésus (StudioCanal)

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pak
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[10/09/2019] Les Démons de Jésus (StudioCanal)

Message par pak » 13 sept. 2019, 03:22

Jusqu'aux années 1990, Bernie Bonvoisin était surtout connu des nostalgiques du groupe Trust, dont l'heure de gloire eut lieu au début des années 1980, notamment avec les albums "Répression" et "Marche ou crève", et bien-sûr le tube "Antisocial" qui restera dans les annales du rock français, et dans la mémoire collective de ceux qui furent ados ou jeunes à la sortie du disque.

Le groupe s'est séparé en 1985. Il y aura ponctuellement et régulièrement des reformations et arrêts du groupe, et leur retour le plus récent date de 2016, avec deux nouveaux albums dont un cette année. Donc Bernie, c'est le monde du rock et de la musique. Mais pas que...

Car en 1997 sort son film Les Démons de Jésus, sa première réalisation, et... c'est une réussite ! À l'époque une bouffée d'air frais, un film inclassable. Le film situe son histoire dans les années 1960, dans le milieu de forains qui ont dû se sédentariser, et est une sorte de conte social dans lequel l'auteur ne se met pas de limite. Il filme à l'instinct et laisse les mots lancer leur musique de dialogues amoureusement écrits. Il y a comme une rencontre entre l'écriture anar d'un Michel Audiard, mais qui serait issu de la gauche ouvrière avec l'univers frappé d'un Albert Dupontel mais sans le côté fracassé de ses personnages.

Bonvoisin plante ses caméras dans une banlieue quelconque, mais on y respire mieux que dans celle décrite par Mathieu Kassovitz dans La Haine sorti huit mois plus tôt. L'auteur dénonce tout autant, mais avec l'humour et en se décalant volontairement de la réalité. On est un peu à Groland, version manouche. L'une des répliques de Jésus, le personnage principal interprété par un Thierry Frémont en roue libre : "Nous on aime l’effort, mais on ne le pratique pas". C'est la maxime de cette famille de bons à rien, vivant de la débrouille et de petites combines, vivant dans un environnement familial laissé à l'abandon par une société, qui, déjà, ne regarde plus ce côté de la ville, l'extérieur, ce qu'on appelait la zone. Alors il y a le chômage, l'alcoolisme, les trafics, les conflits entre petits clans...

À travers le rire et les bons mots, Bernie Bonvoisin un monde qui porte les gênes des cités de l'époque du tournage, situation qui n'a pas vraiment évoluée positivement de nos jours. D'ailleurs le drame va s'immiscer dans cet univers iconoclaste, virage qui risque d'en heurter quelques-uns. Les mêmes qui, probablement, verront dans cette comédie sociale noire une certaine vulgarité, notamment dans les dialogues. Alors qu'au final, l'auteur ne fait que perpétrer une certaine poésie des faubourgs née dans le cinéma des années 1930, remise au goût du jour. Mais certains mots risquent quand même de piquer des oreilles.

Bien-sûr on pourra reprocher au film son scénario un peu léger, car il n'y a pas vraiment de trame narrative autre que les magouilles de Jésus et son frère Dédé, ainsi que le protectionnisme de Jésus envers sa sœur. Mais l'ensemble du casting compense largement, Thierry Frémont,
royal en grande gueule bien secondé par Patrick Bouchitey jouant son frère Dédé, les deux ayant une sœur bien trop mignonne, rôle qui révéla vraiment Nadia Farès, et bien-sûr Fabienne Babe, Victor Lanoux (dont le personnage rappellerait son Robert de La Smala, mais qui aurait échoué à rebondir dans la vie), Martin Lamotte, Marie Trintignant et toute une galerie de "gueules".

Bernie Bonvoisin n'arrivera pas à retrouver cet équilibre dans ces deux films suivants, Les Grandes bouches (1998), avec presque la même équipe, et le costumé Blanche (2002), tellement catastrophique que Bonvoisin en restera là et retournera chanter. La sortie de Les Démons de Jésus en Blu-ray nous ramène aussi à cette fin des années 1990 et du début des années 2000, où une génération de réalisateurs semblait vouloir bousculer le cinéma français, et offrir autre chose que du film nombriliste d'auteur issu de la FEMIS ou que de la grosse comédie franchouillarde. Bernie Bonvoisin, donc, mais aussi Mathieu Kassovitz (La Haine), Jan Kounen (Dobermann), Jean-Pierre Jeunet (Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain), Florent-Emilio Siri (Nid de guêpes), Jean-François Richet (Ma Six-T va crack-er), Nicolas Boukhrief (Le Convoyeur)... Mouvement qui a finalement fait pschitt...

Les Démons de Jésus a été nommé au César du meilleur premier film en 1998.

Après plusieurs éditions en DVD, dont la première datait du 04/11/1997, Studiocanal offre enfin Les Démons de Jésus en Blu-ray (je vais pouvoir me débarrasser de mon Laserdisc). Hélas, à part un entretien avec Thierry Frémont, pas de supplément sur ce film culte pour beaucoup.

Dans les bacs depuis le 10 septembre.


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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

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pak
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Re: [10/09/2019] Les Démons de Jésus (StudioCanal)

Message par pak » 13 sept. 2019, 15:53

Ah oui, j'avais oublié, cette édition est une exclusivité FN...

Bref, uniquement dispo chez eux. :?
Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

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