Dis-moi que tu m'aimes - 1974 - Michel Boisrond

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Moonfleet
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Dis-moi que tu m'aimes - 1974 - Michel Boisrond

Message par Moonfleet » 10 oct. 2019, 15:45

Dis-moi que tu m’aimes – 1974 – Michel Boisrond


Bernard (Daniel Ceccaldi) et Richard (Jean-Pierre Marielle) sont deux dirigeants d’une agence de publicité. Tout comme leur principal client et ami Lucien (Jean-Pierre Darras), ils ont actuellement des problèmes de couple, minés par de fréquentes disputes. Il faut dire que ces machos ne font guère de cadeaux à leurs épouses respectives, Victoire (Mireille Darc), Charlotte (Marie-Josée Nat) et Pascaline (Geneviève Fontanelle) qui décident de se ‘rebeller’. Les deux premières chassent leurs maris de la maison après qu’ils aient poussé le bouchon un peu trop loin alors que Pascaline s’enfuit avec un professeur d’équitation. Les trois hommes vont essayer de récupérer leurs épouses après avoir cohabités… sur leur lieu de travail…

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Michel Boisrond fût tout d’abord assistant de René Clair sur ses plus beaux films des années 50 (La Beauté du Diable ; Les Belles de Nuit ; Les Grandes Manœuvres) puis réalisateur de quelques oeuvrettes pas désagréables durant les années 50/60 comme Le Chemin des Écoliers d’après Marcel Aymé avec Bourvil, Lino Ventura, Alain Delon… ; il signa aussi le plus regardable des OSS 117 de l’époque – je ne parle évidemment pas des parodies jubilatoires du duo Hazanavicius-Dujardin -, A tout cœur à Tokyo, autrement moins bâclé que les films d’André Hunebelle, ou encore une version du Petit Poucet avec Jean-Pierre Marielle dans le rôle de l’ogre qui a marqué quelques cinquantenaires que nous sommes devenus à l’époque de sa diffusion à la télévision à la fin des années 70... Dis-moi que tu m’aimes est son avant dernier film, travaillant ensuite exclusivement pour la petite lucarne. Il scénarisa cette comédie piquante en collaboration avec Annette Wademmant qui avait commencé son cursus cinématographique par écrire des dialogues et des scénarios pour Jacques Becker (Edouard et Caroline ; Casque d’or) et Max Ophuls (Madame de ; Lola Montes...) : on a connu bancs d'écoles moins prestigieux !

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Dis-moi que tu m’aimes n’est certes pas une grande comédie – loin s’en faut – mais elle se révèle néanmoins fort sympathique et surtout souvent formidablement réjouissante grâce avant tout à l’inénarrable duo formé par Jean-Pierre Marielle et Daniel Ceccaldi. En en faisant des tonnes pour notre plus grand plaisir, Ils incarnent ici des phallocrates un peu excessifs dans leurs actes et propos qui se voient mettre à la porte de leurs propres maisons par leurs épouses – soumises pour certaines - qui en ont marre de se faire prendre pour des ‘bobonnes’ ou des objets, par exemple Bernard n’hésitant pas à violer Victoire en pleine partie de golf devant les yeux de ses potes qui trouvent à peu près ça normal "puisqu’ils sont mariés quand même" ! Vous imaginez bien au vu de cette description que ce film fera de nos jours se dresser les cheveux sur la tête de certains d’autant qu’au final les couples finiront par oublier leurs 'mésententes' et se retrouveront tous réunis avec gaieté et en chanson, notre quatuor finissant par entonner le sympathique thème principal de Claude Bolling façon comédie musicale ; idée assez savoureuse d'ailleurs et pas si fréquente que ça.

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Rien évidemment de bien sérieux dans tout ceci d’autant que le plus gros problème que semble poser la séparation entre Daniel Ceccaldi et Mireille Darc est la garde de leur chien ! Mais la piètre condition de la femme est néanmoins évoquée avec certes bien plus d’amusement et de fantaisie que de gravité ; parmi ces femmes malmenées ayant retrouvées une certaine liberté, l'une s'accomplira encore plus dans son travail, l'autre aura enfin le droit d'entrer dans la vie active tandis que la plus riche partira élever des moutons plus au Sud de la France. Sachant ne pas se trouver devant un pamphlet social, on pourra vraiment y prendre beaucoup de plaisir. Et puis la situation de la cohabitation forcée de ces machos obligés de reprendre une vie de célibataire et de camper sur leur lieu de travail dans le bureau de l’un d’entre eux est vraiment cocasse. Il faut dire qu’outre les deux grands comédiens déjà évoqués qui ont à multiples reprises joués ce genre de personnages durant les années 70, leurs partenaires ne sont pas en reste, Jean-Pierre Darras étant très drôle en troisième larron surtout lorsqu’il se met dans la deuxième heure à nous offrir une prestation pré-Cage aux folles qui fera également grincer quelques dents mais qui il faut l’avouer fait beaucoup rire surtout dans les réactions provoquées chez Marielle qui sursaute à chaque fois que son ami commence à le frôler depuis qu’il a subitement éprouvé une grande attirance à son égard. Ses pleurs en plein bistrot après avoir appris être cocu sont également assez mémorables. Il est certain que ce n’est pas la finesse qui prime – l’on s’en rend d'ailleurs compte dès le générique avec nos deux comédiens jouant les jolis-cœurs face caméra avec force clins d’yeux - mais si l’on sait ce que l’on va voir, ça ne pose aucun problème.

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Quant à leurs partenaires féminines, il est toujours aussi agréable de croiser une Mireille Darc en pleine forme ainsi que les trop rares Marie-Josée Nat et Geneviève Fontanel. A signaler également au sein du casting un délicieux Georges 'Arsène Lupin' Descrières. A condition de ne pas en attendre monts et merveilles et en sachant que le tout ne va pas sans lourdeurs, clichés ni caricatures à gros sabots, une comédie amusante, bien enlevée, truculente et joyeuse - à l’image de la musique de Claude Bolling – sur les relations de couple chez les cadres supérieurs durant les années 70, sur les inégalités femmes/hommes et enfin sur l’émancipation des femmes au début de la décennie évoquée. Michel Boisrond n’est certes pas Yves Robert mais il nous aura cependant fait passer un très agréable moment.
Source : DVDclassik

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pak
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Re: Dis-moi que tu m'aimes - 1974 - Michel Boisrond

Message par pak » 10 oct. 2019, 20:47

J'aime bien ce genre de films, parce que visuellement ça me parle.

C'est une période que j'ai vécu, môme certes, mais l'environnement visuel (mode, meubles, voitures, objets du quotidien... ) ça me parle, parce que ça a fait partie de ma vie.

Je dirai moins ça pour les comportements humains, car je ne les comprenais pas, trop jeune. Plus concerné par ceux-ci dans les films des années 1980, car j'y entrais dans le monde de l'adolescence, et j'en sortis (jeune) adulte.

Ces comédies de mœurs françaises (mais c'est vrai aussi pour les films français dont le contexte se veut contemporain, comédies, drames, polars... ), je les aime généralement bien car elles racontent une France que j'ai connu et qui a déjà disparu (c'est moins vrai à partir des années 1990).

Et effectivement, une partie ce qu'on se permettait de montrer dans les films de cette époque déclencherait de nos jours un tel tollé qu'on comprend que, à travers le discours (honorable) du respect des un(e)s et des autres, au nom d'une certaine égalité (fictive, mais aveuglons-nous... ), on a perdu quelque chose d'essentiel aujourd'hui, une sorte de liberté de ton, qui certes pouvait blesser, mais montrait aussi une certaine ouverture, ouverture que beaucoup revendiquent de nos jours alors qu'au contraire, à force de dénoncer à tort et à travers, les drapés dans la dignité favorisent les isolements et le renfermement.

M'enfin, je crois, bref, allez, je me repasse le diptyque Un éléphant ça trompe énormément / Nous irons tous au paradis ce soir, tiens ! :mrgreen:
Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard

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Moonfleet
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Re: Dis-moi que tu m'aimes - 1974 - Michel Boisrond

Message par Moonfleet » 11 oct. 2019, 06:22

Rien à ajouter ; je suis dans la même situation et le diptyque Robert je ne m'en lasse pas. ;)
Source : DVDclassik

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