Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

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kiemavel1
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Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par kiemavel1 » 16 nov. 2019, 23:56

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George (Keenan Wynn) est propriétaire d'un restaurant de bord de mer près de l'autoroute 101 en Californie. Il se lasse des querelles permanentes entre ses 2 employés, la serveuse Kotty (Terry Moore) et le cuisinier Slob (Lee Marvin). George, qui aime secrètement Kotty, réprimande son cuisinier pour son harcèlement constant sur la jeune femme qui refuse ses avances. Elle est de toute façon la petite amie de Sam (Frank Lovejoy), physicien nucléaire dans un laboratoire voisin, et c'est pour lui plaire qu'elle a repris ses études dans le but de travailler pour le gouvernement. Un soir, Slob reçoit de Perch, un pêcheur local, une livraison de poissons mais aussi une petite boite que Slob dissimule puis cache dans sa chambre. La nuit suivante, Sam rejoint Slob et la conversation qui s'engage permet de comprendre que le scientifique vend à Perch et Slob des informations secrètes sur le programme nucléaire américain. Kotty entend leur conversation et est horrifiée de découvrir que son héros -et petit ami- est un traître …
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En tant que spectateur, il est rare qu'après le visionnage d'un film, je me sois demandé ce qui avait pu conduite à sa production dans le cadre hollywoodien, surtout s'agissant d'un film ayant un sujet aussi pris au sérieux à l'époque et possédant un tel casting … Et bien ce film est si étrange qu'il est de ceux là car il est à ce jour le plus dingue des films anticommunistes que j'ai pu voir, sous genre du thriller américain certes gros pourvoyeur de films ratés à force d’excès de zèle et de ridicule dans l'expression de leur conviction mais avec le film d'Edward Dein, je ne parlerais même pas de nanard mais de film absolument hors normes, dingue, saugrenu …. et toutes sortes de qualificatifs voisins.

Et on cherche une explication … On s'aperçoit que les initiateurs du film n'étaient pas des foudres de guerre : Edward Dein au scénario, ici avec sa femme, a écrit et réalisé des films quasiment invisibles, ou mal considérés (La femme sangsue et d'autres) … et un film de vampires dans un cadre de western : Dans les griffes du vampire (1959). Voilà qui est digne du réalisateur du seul film anticommuniste dans lequel le burlesque s'est invité ! Or, qui s'attendrait à ce qu'un film montrant la fuite des plans nucléaires américains chez les soviétiques et mettant en vedette Frank Lovejoy, Lee Marvin, Terry Moore, Keenan Wynn et Whit Bissell prendrait par moments des allures de bouffonnade ?
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Cela dit, d’aucuns - dont moi, en cours de route – pourraient douter de la qualité de l'humour disséminé dans le récit. On pourra aussi douter de l’intérêt d'un grand nombre de petits détails saugrenus relatifs à certains des personnages ou contenus dans nombre de dialogues. On pourra trouver que toutes ces bizarreries ne s'intègrent pas très bien à la dramaturgie car l'intrigue est bien, malgré les digressions stylistiques, celle d'un thriller d'espionnage passant donc par des tensions véritables et des scènes violentes mais au bout du compte, malgré toutes les maladresses, ce film a un charme unique dans le cycle noir et pour cette raison il vaut selon moi la peine d'être vu.

La séquence d'ouverture annonce déjà le programme : gros plan sur Terry Moore qui se trouve en contrebas du restau, allongée sur le sable en maillot de bain. Lee Marvin s'approche d'elle l'air goguenard. Lorsqu'il parvient au premier plan, on s'aperçoit qu'il a l'oreille collée à un coquillage et qu'il sourit, semblant écouter une conversation avant d'opiner du chef, puis il se penche sur Terry Moore, l'embrasse de force et la soulève du sol. Elle se débat alors et le frappe. Il la projette au sol et tandis qu'elle jure, lui, parvenu au sommet de la dune, décroche ses dessous qui séchaient et les jette sur le sable :o
Le festival Lee Marvin se poursuit ainsi tout du long et il vole littéralement toutes les scènes où il apparait :
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Plus tard, avec son complice -officiellement pêcheur- qui va, dans la séquence suivant, lui livrer un microfilm, s'engage une bagarre pour de rire assez dingue car les traitres à la solde des commies se foutent sur la gueule sans retenue mais cela les fait finalement marrer tous les deux. Séparés par George, les deux hommes protestent et Marvin, tel un clébard grognant, va résister et refuser de relâcher le torchon qu'il serre dans sa mâchoire :mrgreen:
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Assez vite, on a droit à 5 minutes de musculation, une longue séquence scindée en deux parties et dialoguée de manière démente :
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D'abord des exercices avec des haltères durant laquelle George et Slob se charrient sur leur musculature respective mais espèrent rivaliser avec les Monsieur Muscle de la plage :
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Ensuite, il y a le concours de mollets arbitré par Kotty :
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Au milieu, Slob, en s'étranglant à moitié, déclare vouloir travailler à rendre son cou plus fort :
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Plus loin, le film vire carrément au Slapstick (avec 2 chutes à la clé) durant l'essayage du matériel de plongée en vue des prochaines vacances que George doit passer avec son ami Eddie :
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Cette longue séquence permet d'en savoir plus sur un des très rares clients du restau (ce n'est pas que la cuisine n’est pas bonne, c'est surtout que le budget est mince), Eddie (Whit Bissell), est un ami de George avec qui il s’est battu pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est resté traumatisé par la guerre et en est revenu avec une profonde aversion pour la violence. L'essayage, qui anticipe leurs prochaines vacances à Acapulco et leurs futures plongées sous-marine, permet de mettre en scène de manière croquignolesque la phobie des armes qui a pris Eddie depuis la guerre puisqu'il a peur de harponner le poisson naturalisé qui orne un des murs de la salle, lequel trophée a été électrifié (pour que l'effet soit total). Accessoirement, un harpon ... un type qui a peur de s'en servir … voilà qui pourra resservir plus tard…
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Les seuls autres clients du lieu sont les chauffeurs routiers Pepe (Donald Murphy) et Artie (Jess Barker) et on aperçoit brièvement un autre scientifique, vendu lui aussi au commies (interprété par Frank DeKova). On ne quitte d'ailleurs pour ainsi dire pas le restaurant censé être l'épicentre d'un complot soviétique en vue de dérober certains des secrets nucléaires les plus étroitement gardés des états unis. Mais heureusement, Kotty va défendre les valeurs de son pays en tentant de déjouer les sombres projets de ces traitres (de temps en temps, ce que j'écris est si beau que j'aurais envie de me complimenter moi même ).

Au milieu du délire, on retrouve quand même des séquences plus attendues : les méchants tuent et on évoque le nom d'un mystérieux chef de réseau invisible qu'il faudra bien démasquer (Mr. Gregory)… deux gros effets de surprise - que d'aucuns auront anticipés - interviennent dans la partie finale et, entre temps, quelques détails sonnent justes : la façon dont sont exprimées les motivations respectives de Sam ( qui trahit pour l'argent) et Slob ( par soif de reconnaissance) ou encore, les propos qu'ils échangent sur Kotty (dont Sam prétend se moquer mais qui interdit à Slob de la harceler) mais justement ces changements de ton sont particulièrement déroutants, entre un sens de l'humour qui ne fonctionnera pas avec tous les spectateurs, quelques bribes de romance mollassonne (surtout au début puisque, évidemment, Kotty largue son fiancé et c'est à ce moment là que George se déclare mais on ne peut même pas parler ici de classique "triangle amoureux") et une intrigue de thriller d'espionnage qui se voulait extrêmement sérieuse et typique de cette période de la guerre froide mais en raison des nombreuses digressions, forcément la tension se relâche méchamment conférant à ce film un statut absolument à part de ce sous genre populaire du thriller d'espionnage durant les années 50.
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Malgré ces réserves, en tant qu'ovni du genre, ce Shack Out on 101 est à voir. Autres attraits périphériques : la superbe photo N&B signée Floyd Crosby (le père du petit gros à moustaches de Crosby, Stills, Nash and Young) et l'excellent musique très jazzy signée Paul Dunlap (rien à voir avec les pneus. Oui, c'est bien le même qui plus haut doutait de la qualité de l'humour de l'œuvrette du jour). Vu en vost.
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Attention : spoiler photographique
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C'est pour dissimuler l'importance de son rôle au sein du réseau que Slob joue au fou jusqu'aux derniers instants du film
Modifié en dernier par kiemavel1 le 19 nov. 2019, 12:39, modifié 1 fois.

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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par kiemavel1 » 17 nov. 2019, 00:28

La petite (1m55) Terry, 90 ans, est toujours de ce monde :
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chip
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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par chip » 17 nov. 2019, 13:52

ça donne envie... Michael F.Keaney lui attribue 3 étoiles et demi ( sur 5) dans FILM NOIR GUIDE, et qualifie le film de bizarre et Terry Moore de " voluptuous" et de " terrific ", même si elle ne peut voler les scène à Lee Marvin, le principal intérêt du film.

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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par kiemavel1 » 17 nov. 2019, 18:51

chip a écrit :
17 nov. 2019, 13:52
ça donne envie... Michael F.Keaney lui attribue 3 étoiles et demi ( sur 5) dans FILM NOIR GUIDE, et qualifie le film de bizarre et Terry Moore de " voluptuous" et de " terrific ", même si elle ne peut voler les scène à Lee Marvin, le principal intérêt du film.
Le qualificatif "bizarre" est on ne peut plus juste :wink:
"Voluptuous", Terry Moore, certes, mais c'est effectivement Marvin qui retient surtout l'attention avant tout, lui seul pour son numéro, mais la relation avec son patron interprété par un excellent Keenan Wynn est elle aussi un des grands atouts de ce film : ils se chamaillent mais ont aussi des moments de grande complicité. De même, l'autre duo (Wynn et Whit Bissell) n'a que de bonnes séquences (mais je ne suis pas sûr que le coté comique du personnage interprété par Bissell ait été absolument prémédité)

Frank Lovejoy avait été 4 ans plus tôt la tête d'affiche d'un autre film de la série "anti-rouges", bien plus carré celui là :

I Was a Communist for the F.B.I. de Gordon Douglas. Film sorti en DVD chez nous et trouvable à "pas cher" mais ça ne vaut pas d'autres films criminels de Douglas, De minuit à l'aube (par exemple et par hasard :wink: )


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chip
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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par chip » 18 nov. 2019, 08:54

J'ai " I was a communist for the F.B.I. Une critique sur " Between midnight and dawn " serait-elle à venir ? :wink:

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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par kiemavel1 » 18 nov. 2019, 10:25

chip a écrit :
18 nov. 2019, 08:54
J'ai " I was a communist for the F.B.I. Une critique sur " Between midnight and dawn " serait-elle à venir ? :wink:
Possible. Je viens de le revoir :wink:
J'adore toujours autant ce petit policier mais par contre, d'habitude je préfère sortir des oubliettes des films moins connus.

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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par chip » 18 nov. 2019, 13:28

Dire que Sidonis a le catalogue Columbia ... ce serait sympa s'il nous sortait ce film de Douglas, et j'ai même un enregistrement dvd en VF. :lol:

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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par kiemavel1 » 18 nov. 2019, 18:05

chip a écrit :
18 nov. 2019, 13:28
Dire que Sidonis a le catalogue Columbia ... ce serait sympa s'il nous sortait ce film de Douglas, et j'ai même un enregistrement dvd en VF. :lol:
Gordon Douglas c'est un nom … Il doit quand même avoir une dizaine de films édités en France. Mark Stevens, Edmond O'Brien, Gail Storm, c'est un casting … Espérons ...

Je dois avoir les deux, VF et vost
Il n'y a pas bien longtemps, j'ai aussi récupéré une rareté (je pense) : L'impasse tragique en VF (La VF ne m'intéressait pas spécialement, c'était juste pour rendre service et faire le transfert de la vhs au dvd. Enfin, rendre service ...j'ai mis bien trop longtemps à faire le job et surtout expédier :oops: :wink: )

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chip
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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par chip » 19 nov. 2019, 09:31

J'ai bien évidemment " The dark corner " en VO s/t, très moche jaquette où Stevens n'est pas cité sur le recto. Un dvd à rééditer dans une belle collection et avec bonus .

onvaalapub
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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par onvaalapub » 20 nov. 2019, 13:51

Je me sens concerné ici :wink:
L’impasse tragique est un excellent film et c’est vrai que le DVD mériterait de ressortir dans une meilleure qualité et avec la VF et des sous titres bien entendu pour que chacun ait le choix.
Quant à Frank Lovejoy, voilà encore un acteur que j’ai découvert grâce à ce site tout comme Mark Stevens. Je n’interviens pas souvent mais je lis tout !

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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par kiemavel1 » 20 nov. 2019, 18:53

Gosh … Je suis découvert !
Le plus sûr moyen de s'en sortir serait de supprimer le témoin gênant mais ça m'embête un peu quand même. Quoique … comme tu dis " Je n'interviens pas souvent " : 7 messages en 3 ans, ça mériterait bien de t'envoyer Elisha Cook Jr. , Jack Lambert ou WIlliam Talman pour te secouer un peu ou pour acheter ton silence :shock: :wink: (MP à venir du coup :mrgreen: )

PS : Il serait peut-être temps que je lâche un peu le film noir :idea:

zundertaker
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Re: Shack Out on 101 - 1955 - Edward Dein

Message par zundertaker » 04 déc. 2019, 08:47

Nous venons de poster il y a quelques temps un vrai sous-titre, qui remplacera avantageusement la traduction qui avait été faite avec des sous-titres sur 4 lignes. La traduction a été faite, au plus juste, pas facile avec ces mots argots, et le timing adapté pour une lecture plaisante.

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