Agent secret S.Z. - Carve her Name with Pride - 1958 - Lewis Gilbert

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kiemavel1
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Agent secret S.Z. - Carve her Name with Pride - 1958 - Lewis Gilbert

Message par kiemavel1 » 05 déc. 2019, 22:36

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Londres, 1940. À la demande de sa mère française, Violette Bushell se rend à Hyde Park pour trouver un soldat français afin de l'inviter à célébrer le 14 juillet au sein d'une famille anglaise et elle rencontre ainsi Etienne Szabo, un officier de la légion étrangère. Les deux jeunes gens décident très vite de se marier mais à l'issue d'une brève lune de miel, Étienne doit déjà rejoindre son régiment. 2 ans plus tard, Violette célèbre l'anniversaire de leur fille Tania lorsqu'un télégramme leur annonce la mort d’Étienne à El Alamein. 6 mois après ce drame, Violette est contactée par les services secrets britanniques qui souhaitent la recruter. Après avoir longuement hésité, elle commence sa dure formation au sein du S.O.E …
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Un très bon « drame de guerre » dont le scénario est basé sur l'histoire vraie de Violette Szabo, une franco-anglaise recrutée au sein de la section F ( F pour France, le théâtre d'opération de cette section) du Special Operations Executive (SOE), qui reçu une solide formation en Angleterre et intervint ensuite sur le territoire français afin de recenser et remobiliser les réseaux de résistants décimés par les arrestations, servir d'agent de liaison et coordonner leurs actions.
A la fin de la guerre, elle fut la 2ème femme à recevoir la George Cross après Odette Sansom - dont l'histoire fut également portée à l'écran (1) – un autre ancien agent du SOE qui fut employée en tant que conseillère technique sur le tournage au cours duquel elle travailla étroitement avec Virginia McKenna qui interprétait le rôle de Violette. Cet appui d'un témoin direct des faits ainsi que sa maîtrise de la langue française (le grand-père de McKenna était français) renforçait encore la crédibilité de la jeune actrice dans ce rôle où elle se montre parfaite dans toutes les dimensions d'un personnage à multiples facettes.
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Elle est d'abord montrée comme une jeune fille enjouée, avec ses amies (sa grande amie étant interprétée par l'excellente Billie Whitelaw), parfois facétieuse (durant sa période de formation, elle est à l'initiative d'un vol d’alcool dans le bâtiment des officiers), ayant une grande complicité avec ses parents (toutes les séquences familiales sont charmantes bien qu'un brin désuètes) mais c'est aussi une jeune femme timide et farouche avec les hommes … qui devient pourtant très vite une grande amoureuse (on pourra trouver l'acteur français Alain Saury pas tout à fait à la hauteur de sa partenaire) puis une mère très attentionnée (la séquence des adieux est poignante). Au démarrage du récit, elle n’est donc en rien une jeune femme intrépide même si on comprend qu'une partie de la séduction qu'a exercé sur elle son futur époux, c'est sa volonté de se battre au service de son pays.
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La première partie du récit prend donc un tour assez romanesque, en raison à la fois de la personnalité de la jeune femme et surtout des aspects de sa vie qui nous sont montrés. Si par la suite, elle devient une stagiaire déterminée, un agent débrouillard et une femme courageuse, le coté doucement glamour de l’héroïne demeure un temps car, sans le vouloir, sur son charme naturel, elle séduit presque tous les hommes qu'elle croise même si un gouffre immense sépare les tactiques de séduction (vaine) de Tony Fraser (Paul Scofield), un collègue « espion » de la tentative de (discret, c'est l’Angleterre des années 50 quand même ) chantage sexuel du chef de la Gestapo.

Car évidemment, les affaires de Violette se complique lors de sa 2ème mission en France. Parachutée dans la région de Limoges dans les jours suivants le débarquement allié en Normandie, elle tente de coordonner les actions de sabotage dans la région (le chef des résistants est joué par Maurice Ronet) afin de ralentir les allemands. C'est la seule partie purement militaire, surtout la longue séquence de sa capture par une division SS ( avant une dernière partie dont je ne dis rien sinon qu'elle est tout aussi réussie que ce qui précède )
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Seules petits bémols, quelques libertés prises avec la réalité :
La première ne prête pas trop à conséquence et partait probablement d'une volonté de faire vibrer un peu plus la corde sensible mais le poème The Life That I Have (2), qui sert de mot de passe à Violette, est attribué à Etienne, le défunt mari alors qu'en réalité l'auteur en était un autre employé du SOE : Leo Marks (une autre célébrité de la WWII en tant que cryptographe et – par ailleurs - futur écrivain et scénariste)
La seconde réserve porte sur un détail : le fait que Violette et Étienne ne se soient jamais revus alors qu'en réalité, Étienne eut au moins une permission et ils passèrent une semaine ensemble à Liverpool.
La dernière est plus étrange car le récit montre une Violette Szabo acceptant de prendre part à la guerre en mémoire de son mari et pour suivre son exemple …  alors que la véritable Violette s'était engagée bien avant, dans la défense anti-aérienne, mais elle y était évidemment bien moins exposée qu'elle ne le fut par la suite au sein du service action mais on a quand même bien l'impression qu'elle s'engage et se sacrifie au nom du mari.
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La mise en scène de Gilbert se caractérise par un recours fréquent aux ellipses pour les scènes potentiellement les plus poignantes : celle qui suit la réception de la lettre annonçant la mort d'Etienne par exemple. La séquence s'arrête sur l'entrée de la mère de Violette (jouée par Denise Grey) qui ouvre la porte de la salle à manger où la famille et les amis fêtent l'anniversaire de la petite Tania, tenant à la main le télégramme et suspendant son geste... Et Gilbert referme littéralement la porte sur ce moment qu'il laisse hors champ … pour reprendre le récit 6 mois plus tard, par la convocation de Violette pour le premier entretien avec les responsables du SOE.

Plus tard, lors de la détention de Violette, les scènes de torture sont totalement éludées. L'interrogatoire « classique » se montrant inefficace, on cadre juste le geste du menton d'un chef de la Gestapo, l'approche de l'ombre noire d'un gros bras puis on coupe pour reprendre sur le visage blafard mais pas abîmé de la jeune femme. Jusqu'aux séquences finales -sauf celles impliquant la petite Tania – on sent cette volonté de ne pas en rajouter dans les scènes chocs et le pathos, au point d'un peu trop édulcorer la réalité dirons certains.
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Les talents ici sont tout de même multiples. Chez les interprètes se distinguent surtout, outre Virgina McKenna, l'excellent Jack Warner, toujours impeccable, Paul Scofield (l'espion et "prétendant") et Bill Owen, dans le rôle du rude mais bienveillant instructeur. Moins les français : Denise Grey est sans relief surtout comparé à son époux de cinéma Jack Warner. Alain Saury, époux assez fade et Maurice Ronet, trop peu présent à l'écran. Vu en vost … mais avis final formulé en VO : Highly recommended

(1) le film consacré à cette autre héroïne franco-anglaise s'appelle : Odette, agent S.23 de Herbert Wilcox (présentation à venir)
2 Le poème qui est cité plusieurs fois, d'abord dit par Etienne qui est censé en être l'auteur :
The life that I have
Is all that I have
And the life that I have
Is yours

The love that I have
Of the life that I have
Is yours and yours and yours

A sleep I shall have
A rest I shall have
Yet death will be but a pause

For the peace of my years
In the long green grass
Will be yours and yours
and yours


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kiemavel1
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Re: Agent secret S.Z. - Carve her Name with Pride - 1958 - Lewis Gilbert

Message par kiemavel1 » 05 déc. 2019, 22:50

La vraie Violette Szabo


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Le site le plus complet sur elle (mais en anglais) :
www.violette-szabo-museum.co.uk/
Très bien aussi … mais surtout sur les faits d'arme (et en français) :
target42d.free.fr/Special/Violette.htm


Article sur le SOE :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Special_O ... _Executive
Sur les actions du SOE en France
https://fr.wikipedia.org/wiki/SOE_en_France

kiemavel1
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Re: Agent secret S.Z. - Carve her Name with Pride - 1958 - Lewis Gilbert

Message par kiemavel1 » 06 déc. 2019, 14:00

En ce qui concerne Virginia McKenna, elle tourna 2 autres films "classiques" du cinéma de guerre britannique :

La mer cruelle de Charles Frend. Un des grands films sur la guerre sur mer. DVD Studio canal
Ma vie commence en Malaisie de Jack Lee. Un remarquable film de "camp de prisonniers" édité par Elephant Films

Quant à Agent secret S.Z. il fut diffusé à la télévision … mais pas hier. Plan B : Un DVD anglais propose une vo sous titrée dans la langue de chequespire (j'ai jamais su l'écrire). Sinon, on peut trouver des sous titres anglais sur le net (qu'il y a ensuite moyen de traduire en ligne en français. En tout cas dans une langue qui ressemble à du français intelligible ...à condition d'avoir quelques bonnes bases d'anglais et de pouvoir faire les corrections "à la volée" et profiter vraiment du film)

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