Walk a Tightrope - 1963 - Frank Nesbitt

Liste des films critiqués
Répondre
kiemavel1
Messages : 502
Enregistré le : 06 juin 2015, 11:49

Walk a Tightrope - 1963 - Frank Nesbitt

Message par kiemavel1 » 30 janv. 2024, 10:18

Image
Ellen, une jeune américaine heureusement mariée à Jason, un architecte et entrepreneur anglais, remarque qu’un inconnu la suit dans la rue et s’en inquiète auprès de son mari. Et de fait, l’homme semble la traquer et attendre le bon moment pour l’abattre avec le silencieux qu’il  dissimule dans son imperméable. Plus tard, alors qu’ils se rendent à un rendez-vous de travail, Jason et Doug, son ami et associé, aperçoivent Ellen rentrer dans un pub et, intrigués, ils la rejoignent. Quand elle les voit, Ellen s’évanouit et elle est alors ramenée chez elle par les deux hommes. Tandis que Doug monte à l'étage pour passer un appel téléphonique, le tueur se présente au domicile du couple et abat Jason sous les yeux d'Ellen. Alors que la jeune femme s’effondre en larmes, le comportement et les propos du tueur semblent indiquer qu’ils se connaissent et qu’il n’a fait qu’exécuter un crime qu’elle a commandité. A demi inconscient suite à sa chute dans l’escalier, Doug entend le tueur exiger le paiement du crime à Ellen mais, dans un premier temps, il n’en dit rien à la police …
Image
Ce court thriller distribué au cinéma aurait pu tout aussi bien être réalisé pour la télévision et figurer aux programmes du Alfred Hitchcock Présente ou bien de La quatrième dimension… On le doit au peu prolifique réalisateur britannique Frank Nesbitt qui réalisa l’année suivante un second thriller (1) avec une partie de la même équipe : l’acteur, scénariste et co-producteur Neil McCallum et le grand Dan Duryea en vedette, évidemment dans des rôles de « Villains » . Ce premier essai ne manquait pas de qualités … Certes la réalisation, quoique soignée malgré un budget à l’évidence assez mince, ne brille guère mais le scénario est suffisamment malin et même ingénieux pour tenir en haleine jusqu’à une partie finale où un gros twist qu’on ne voit pas venir fournit une explication tout à fait plausible et convaincante … et qui par ailleurs contredit le Happy End que certains spectateurs pourraient anticiper.
Image
Avant cet épilogue réussi, le scénario tient parfaitement la distance et maintient tout du long une totale incertitude chez le spectateur car si les deux principaux personnages - tueur et commanditaire présumée - semblent absolument sincères, leurs versions respectives de l’histoire sont totalement incompatibles et le scénario entretient parfaitement la confusion. D’un côté, le tueur est montré dans son intimité avec sa compagne, et donc avec un protagoniste auprès de laquelle il pourrait se montrer tel qu’en lui même ; or il y exprime sa totale incompréhension devant l’attitude d’Ellen … De l’autre, avant le meurtre de Jason, son épouse nous est d’abord présentée comme une jeune femme semblant sincèrement amoureuse dans quelques scènettes montrant l’intimité d’un couple où l’entente et l’harmonie semblent parfaites ; et, par la suite, rien dans ses propos ou son attitude ne vient remettre en question sa sincérité …
Image
Sauf que Doug, l’ami et associé, à demi inconscient peu après le crime, a confusément entendu les propos laissant supposer qu’Ellen a bien fomenté le meurtre de son mari et il tient dans cet histoire le rôle du témoin principal ; doutant d’Ellen et l’accusant dans un premier temps mais écoutant tout de même sa défense et ses arguments. Il est donc dans un entre-deux qui est aussi la position du spectateur …Entre-deux aussi d’un point de vue plus personnel et intime d’ailleurs, puisque s’il se veut loyal vis à vis de son ami assassiné, il semble évident qu’il est attiré par sa veuve.
Image
Un mot sur l’interprétation … Evidemment, si personne ne démérite, on voit surtout Dan Duryea toujours aussi génial en crapule mais il est bien aidé par un scénario et des dialogues qui posent très bien ce personnage et son environnement. Ce tueur occasionnel est un docker au chômage que l’on voit à l'oeuvre durant un court flashback où il est tout prêt de poignarder un autre docker avec lequel il venait de se bagarrer. Par la suite, Nesbitt le saisit dans des chambres minables flanqué d’une compagne décatie faisant plus que son âge car aussi portée que lui sur la bouteille. On voit donc, par certains aspects, un minable dans un environnement idoine … Mais il pourra aussi parfois toucher car son indignation et son désespoir sont sincères quand il se rend compte qu’ Ellen n’assume pas du tout sa responsabilité dans un crime qu’il n’a fait qu’exécuter, dit-il … Mais aussi effrayer car avec son épouse dévouée et semblant totalement inconsciente de son effrayante violence, il parle de son « boulot » avec une froideur et un cynisme totalement détaché et en parfait décalage avec la gravité des faits mais, par ailleurs, toutes ces séquences montrant l'intimité du couple sont absolument formidablement écrites.

Pensée finale : pas révolutionnaire mais parfaitement recommandable : 6,5/10


(1) Ce second film, Do You Know this Voice ?.. est probablement un peu moins réussi (présentation en approche)

Image
Neill McCallum, dans le rôle du procureur. Il avait donc créé, avec un associé, une boite de production qui ne produisit qu'une poignée de films dont les deux thrillers réalisés quasiment à la suite par Frank Nesbitt sur deux scénarios que McCallum avait écrit. Ce furent ses seuls scénarios écrits pour le cinéma.

Répondre