La Robe déchirée - The Tattered Dress - 1957 - Jack Arnold

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Cole Armin
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La Robe déchirée - The Tattered Dress - 1957 - Jack Arnold

Message par Cole Armin » 03 sept. 2010, 07:20

Réalisé par Jack Arnold
Avec Jeff Chandler, Jeanne Crain, Jack Carson, Gail Russell, Elaine Stewart, George Tobias, Edward Andrews, Phillip Reed, Edward Platt, Paul Birch, Alexander Lockwood, Edwin Jerome, William Schallert

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Film noir bien mené par l'artisan Jack Arnold, auteur de plusieurs westerns mémorables dont Une Balle signée X.

Jeff Chandler est crédible dans le rôle principal, un rôle plutôt intéressant dans la carrière de l'acteur. Son jeu toujours sobre est éclipsé par Jack Carson, d'ordinaire confiné à des petits rôles. Carson est très à l'aise dans son rôle et monopolise l'écran. Trois actrices talentueuses sont à remarquer Jeanne Crain, Gail Russell et Elaine Stewart.
La plupart du film se situe dans un tribunal avec un plaidoyer final mémorable par Chandler.

Un drame sous-estimé.

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kiemavel1
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Re: La Robe déchirée - The Tattered Dress - 1957 - Jack Arnold

Message par kiemavel1 » 08 janv. 2016, 17:17

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The tattered Dress (1957)
Réalisation : Jack Arnold / Production : Albert Zugsmith (Universal) / Scénario : George Zuckerman / Photographie : Carl E. Guthrie / Musique : Frank Skinner et Henry Mancini

Avec Jeff Chandler (James Gordon Blane), Jeanne Crain (Diane Blane), Jack Carson (Le shérif Nick Hoak), Gail Russell (Carol Morrow), Elaine Stewart (Charleen Reston), George Tobias (Billy Giles), Edward Andrews (Lester Rawlings), Philip Reed (Michael Reston), Edward Platt (Ralph Adams)
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Après avoir passé la soirée avec son amant, au milieu de la nuit Charleen Reston rentre à son domicile ayant gardé sur elle la robe déchirée par son amant au moment de son départ. Son mari, le richissime Michael Reston, la force à l'accompagner jusqu'au domicile de l'amant que Reston abat dans la rue. Pour le défendre, l'homme d'affaires engage l'avocat vedette New-Yorkais James Gordon Blane qui est réputé ne jamais perdre les affaires qu'il prend en main. À Bolton, où doit se dérouler le procès, en raison de la popularité de la jeune victime qui était originaire de cette petite ville, Blane fait face à l'hostilité de la population et ça ne s'arrange pas lorsqu'il gagne le procès après avoir brisé la réputation de la victime et avoir réussi à convaincre le jury que le jeune homme avait pu agresser Charleen Reston. Mais à la veille du verdict, Blane était tombé dans un piège monté par le shérif Nick Hoak, un ami de la victime que l'avocat avait mis sur le grill durant son interrogatoire. Accusé de tentative de corruption sur un membre du jury, Blane doit à son tour passer en jugement…
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Lutte des classes dans le prétoire…Ce film de Jack Arnold est un drame judiciaire noir dont tous les principaux personnages sont antipathiques : le richissime meurtrier Michael Reston (Philip Reed) qui loin de faire profil bas se montre arrogant : "Quand je renverse un verre sur le tapis, mon majordome nettoie après moi ; lorsque vous versez le sang, votre avocat devrait faire la même chose". Sa séduisante et provocante femme Charleen (Elaine Stewart) est une vamp allumeuse avec laquelle l'avocat va avoir une brève aventure. La ville de Bolton où vivait la victime et où a lieu le procès n'est pas la petite ville saine, sanctuaire de la morale et des valeurs traditionnelles américaines. Même s'ils ont des raisons d'agir comme ils le font, l'accueil hostile de la population puis les agissements de quelques notables -et surtout ceux du shérif local- qui ne vont pas s'arrêter à une simple manipulation pour tenter de discréditer l'avocat, jettent un regard très sombre sur l'Amérique profonde. Et même la seconde victime -l'avocat- n'est aucunement sympathique ; en partie selon les critères des années 50 car cet homme divorcé de sa femme Diane (Jeanne Crain) profite largement de sa nouvelle liberté et est montré comme un grand coureur (c'est souligné d'emblée par la séduction éclair d'une jeune inconnue dans le train qui conduit l'avocat et son ami journaliste à Bolton). C'est aussi un grand joueur…et c'est d'ailleurs ce vice qui manque de le perdre puisque c'est ce gout du jeu qui le fait tomber dans un piège qui va le discréditer et entrainer sa mise en accusation. Mais c'est surtout professionnellement que Blane est critiquable car l'avocat vedette égocentrique qui se doit de réussir et de gagner ses procès -sans tenir aucun compte de la culpabilité des gens qu'il défend- va très loin puisque lors du 1er procès, sa force de persuasion et surtout son habilité redoutable durant les interrogatoires va mettre sur la sellette les témoins favorables au jeune homme abattu par le mari jaloux -dont le shérif, d'où le désir de vengeance de ce dernier- et il va parvenir à convaincre le jury en grande partie en brisant la réputation d'un jeune homme qui était très populaire à Bolton.
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Même si les éléments de film noir et purement criminels existent bien (le meurtre initial ; la manipulation impliquant plusieurs notables ; plus tard le meurtre d'un "détective"…et enfin l'épilogue violent sur les marches du tribunal) ; pour l'essentiel, derrière les procès -celui de Reston puis celui de Blaine - le film entend surtout montrer l'opposition de deux milieux sociaux à travers les deux personnages centraux. D'un coté Blane, le citadin riche, éduqué et intellectuellement supérieur (c'est évident durant l'audition du shérif qui est piégé par Blaine et qui lâche des informations nuisant à la victime ou pouvant au moins instiller le doute l'esprit des jurés) ; et de l'autre l'Amérique profonde, la petite ville de Bolton et ses habitants incarnée avant tout par une forte personnalité : le rustique shérif superbement interprété par Jack Carson. Sous des dehors sympathiques, le shérif Nick Hoak est un vrai teigneux. Il commence par faussement arrêter Blane, un prétexte pour lui faire découvrir la ville…mais surtout un prétexte pour le jauger mais à ce stade il ne s'agit pas encore d'intimidation. Ce n'est qu'à l'issue du procès favorable à Reston qu'il devient franchement hargneux ayant doublement des raisons de se venger. D'une part, c'était un ami de la victime dont il partageait la passion du football (un choix symbolique...Hoak est un ex joueur qui connut son heure de gloire tandis que la victime était un jeune joueur prometteur) et il est en partie responsable de l'issue du procès ayant été berné par la rouerie (d'autres dirait intelligence) de l'avocat. Ne supportant ni le verdict ni l'humiliation subie durant son interrogatoire, il va être à l'origine du piège tendue à Blaine avec l'aide de quelques notables et surtout celui de sa maitresse Carol Morrow (Gail Russell) qui faisait partie du jury. Le rugueux shérif est prêt à tout pour que justice soit faite car dans son esprit Reston est coupable … et il l'est ; mais trouvant répugnant ce pouvoir de l'argent qui permet à certains de demeurer au dessus des lois, il va aller très loin pour réparer les "injustices de la justice". Mais si Arnold et son scénariste n'apportent nulle solution, il n'y a pas non plus d'ambiguité. S'ils ne sont pas avec Blane, ils ne sont pas plus avec Hoak qui est montré comme une brute abusant de son petit pouvoir local.
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À l'opposé ; en haut de l'échelle (surtout sociale, hein ; pas de l'évolution des espèces quand même) il y a Blane qui est véritablement le seul membre de sa classe sociale car même Reston est présenté comme un nouveau riche arrogant et stupide mais en aucun cas comme quelqu'un de la classe de Blane. Son ami le journaliste Ralph Adams (Edward Platt) est de la même classe mais d'une catégorie à part. C'est le témoin (journaliste) et l'ange sur l'épaule de Blane car c'est lui qui tente à plusieurs reprises de remettre l'avocat sur le droit chemin. Dès notre prise de connaissance avec Blane, le journaliste est à ses cotés et lui propose de défendre un accusé dénué de moyens mais innocent ; mais cette affaire est rejetée par l'avocat qui préfère ouvertement défendre Reston pour la simple raison que ce procès médiatique et lucratif lui sera doublement profitable. Adams sera tout du long sur cette ligne ; c'est la conscience qui suit Blane pendant les procès, toujours en soulignant les penchants les plus sombres de son ami. L'avocat est quand même épaulé par une femme "classe" et bien comme il faut ; c'est son ex femme qui réapparait lorsqu'il est à son tour mis en accusation. Ce personnage interprété par Jeanne Crain est presque sans intérêt et lorsqu'elle se met à agir, son rôle est difficile à accepter (elle intervient dans le final et influe de manière décisive sur l'issue du procès). Si je parlais de femme "bien comme il faut", c'est que les deux autres femmes de notre histoire sont moins recommandables. La première, c'est la tentatrice, la femme fatale et pousse au crime car Reston digère d'autant moins l'infidélité de sa femme qu'elle le provoque et l'humilie (il faudrait aussi parler des liens entre les époux sous entendus par les dialogues et suggérés par la mise en scène d'Arnold…et au delà, de la relation qu'ont les deux principaux personnages masculins avec les femmes, tant ils semblent être aussi des incarnations de deux types de virilité et de séduction…). La belle Mme Reston reste très en retrait et n'est que l'élément déclencheur, le catalyseur de l'histoire (elle doit aussi avoir un certain pouvoir calorifique mais c'est autre chose). La troisième femme a un rôle plus important ; c'est la pauvre fille manipulée. La jurée interprétée par Gail Russell fait un peu doublement peine à voir. D'une part, la brutalité du shérif s'exerce aussi sur celle qui peut faire basculer le procès et d'autre part, si on découvre le film sans avoir vu de films tardifs de la carrière de la sublime Gail Russell, on pourra avoir un peu de peine de la découvrir prématurément abimée, surtout que ce rôle ingrat la pousse à jouer dans des registres la mettant peu en valeur (elle est notamment poussée à bout par Blane…)
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Un mot sur les personnages secondaires…On remarque (un peu) l'avocat Lester Rawlings interprété par l'excellent Edward Andrews mais il ne fait que passer car l'avocat prestigieux chargé de la défense de Blane disparait assez vite ; et surtout Billy Giles (George Tobias), un ancien client de Blane qui va se mettre à son service pendant la préparation du procès (les rares éléments de suspense sont presque tous liés à ce personnage). Si la mise en scène de Jack Arnold est sage et anonyme, sa direction d'acteurs est remarquable car les deux principaux personnages ne sont pas seulement sur le papier en totale opposition, c'est visible à tous points de vue dans le jeu des acteurs qui les incarnent. Ils n'ont rien en commun et se distinguent par leur posture, leur gestuelle, leur manière, leur vocabulaire. Si l'opposition entre les deux hommes est intéressante, le plus remarquable dans cet assez bon film néanmoins pas indispensable, reste quand même les deux plaidoiries de Blane, aussi brillantes l'une que l'autre et dans lesquelles Jeff Chandler est très bon (mais leur "état d'esprit" est totalement différent…volontairement évasif). Je signale aussi l'excellente musique Jazzy signée Frank Skinner (et Henry Mancini). Puisque les deux films présentent plus d'un point commun, The Tattered Dress - sorti en Belgique sous le titre : La robe Déchirée - peut être vu comme un Autopsie d'un meurtre du pauvre. Diffusé à la télévision. DVD gravé (VF)
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chip
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Re: La Robe déchirée - The Tattered Dress - 1957 - Jack Arnold

Message par chip » 09 janv. 2016, 16:57

Bon film Universal que Sidonis pourrait, devrait, mettre dans sa collection " classiques perles noires "

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