Bas les masques - Deadline - U.S.A. - 1952 - Richard Brooks

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Cole Armin
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Bas les masques - Deadline - U.S.A. - 1952 - Richard Brooks

Message par Cole Armin » 07 sept. 2011, 21:29

Réalisé par Richard Brooks
Avec Humphrey Bogart, Ethel Barrymore, Kim Hunter, Ed Begley, Warren Stevens, Paul Stewart, Martin Gabel, Joe De Santis
Studio : Fox

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Brillant film sur le milieu du journalisme. Un sujet qui sied parfaitement au réalisateur Richard Brooks (également scénariste), qui nous donnera de très bons films contestataires (Graine de violence, Cas de conscience, ...). Le scénario touche à des thèmes majeurs (le rôle des journaux, ...).

Bogart en patron de journal (qui lutte contre une bande de gangsters que Bogart aurait pu intérpréter si on était dans les années 1940 !) est très convaincant de même que les acteurs secondaires.

Un film qui reste sous-estimé (et oublié dans la filmographie de Bogart).

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pass
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Re: Bas les masques - Deadline - U.S.A. - 1952 - Richard Brooks

Message par pass » 08 janv. 2015, 14:57

Premières représentations à Nice le 11 Février 1953 et à Paris le 25 et 27 Mars 1953 en VF et VO .

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Moonfleet
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Re: Bas les masques - Deadline - U.S.A. - 1952 - Richard Brooks

Message par Moonfleet » 06 juin 2019, 07:54

Bas les masques (Deadline USA) - 1952


Devant la commission sénatoriale de New York, le gangster Tomas Rienzi (Martin Gabel) est blanchi de tous les crimes qu’on lui impute ; il peut ainsi reprendre ses activités illégales sans inquiétudes. Ce même jour, le journal The Day, qui a suivi le dossier Rienzi de très près, est sur la sellette ; son rédacteur en chef, Ed Hutcheson (Humphrey Bogart), apprend qu’il est sur le point d’être vendu à un concurrent sans scrupules qui ne fera que précipiter sa chute après avoir licencié ses salariés. Très proche du fondateur décédé depuis maintenant plus de 10 ans, Ed est désappointé par cette décision et par le fait que sa veuve (Ethel Barrymore) capitule devant l’exigence de ses filles. Il reste néanmoins 15 jours de répit au journal : Ed décide alors de ne pas lâcher le cas Rienzi, souhaitant faire tomber ce caïd de la pègre et son groupe de pression afin que son quotidien disparaisse dignement après un dernier coup d’éclat. Par ‘chance’, un cadavre de jeune femme est découvert et il se pourrait que le coupable soit justement Rienzi. Ed va tout mettre en œuvre pour que son équipe de reporters fasse un efficace travail d’investigation sur cette affaire. Dans le même temps, il va essayer de reconquérir Nora (Kim Hunter), son ex-femme sur le point de se remarier, et tenter de faire changer d’avis les héritières du journal quant à sa vente…

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Réputé pour son progressisme et son goût pour les sujets qui ‘fâchent’, le réalisateur Richard Brooks fut d’abord journaliste sportif avant de se lancer dans l’écriture de scénarios et de romans puis enfin de passer derrière la caméra dès 1950. Libéral rempli de bonnes intentions et de concepts généreux, il va passer une bonne partie de sa carrière à traiter avec talent, force et sincérité de sujets à caractères sociaux ou politiques ainsi qu'à dénoncer les abus et idées qu’il ne tolérait pas. Tout au long des années 50 et 60, il nous aura ainsi gratifié de très belles réussites dans des genres différents comme, pour n’en citer que quelques-unes, Cas de conscience (Crisis), son premier film sur un médecin qui se questionne à savoir s’il doit sauver ou non la vie d’un dictateur, Le Cirque infernal (Battle Circus) contant une romance se déroulant sur le front de la Guerre de Corée, La Dernière chasse (The Last Hunt), virulent pamphlet contre le massacre des bisons et de la nation indienne, Le Carnaval des Dieux (Something of Value) abordant le colonialisme et la ségrégation raciale, ou encore le fulgurant Graine de violence (Blackboard Jungle) en 1955, toujours aujourd’hui l’un des films les plus puissants et tendus sur la difficulté d’enseigner face à la violence d’une certaine jeunesse livrée à elle-même. Sa passionnante et éclectique filmographie comprendra également des adaptations de pièces de Tennessee Williams (La Chatte sur un toit brulant ; Doux oiseaux de jeunesse), de violentes diatribes contre les dérives de la religion (Elmer Gantry), des westerns sévèrement ‘burnés’ (Les Professionnels) ou encore une adaptation glaçante de In Cold Blood de Truman Capote.

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A signaler, ce qui était à l’époque extrêmement rare à Hollywood (et même plus globalement dans le milieu du cinéma), qu’après avoir écrit les audacieux scénarios des Démons de la liberté (Brute Force) pour Jules Dassin, de Storm Warning pour Stuart Heisler ou de Key Largo pour John Huston, Brooks fut également le scénariste de presque tous ses propres films (les plus importants tout du moins). Auteur complet, il fut réhabilité en France grâce surtout à Patrick Brion qui écrivit le premier ouvrage à son sujet, le reste de la critique étant toujours restée assez frileuse envers le cinéaste, l’accusant souvent (parfois -mais pas toujours- à bon escient) de naïveté, de manquer de subtilité et de s'avancer avec des gros sabots. On a d’ailleurs souvent fait la fine bouche dans l’Hexagone envers les réalisateurs ‘engagés’ se mouillant politiquement et socialement parlant. Le cinéma ‘de gauche’ de Richard Brooks n’est certes pas toujours d’une grande finesse mais la force de conviction et l’efficacité qui en découle sont presque toujours de mise. La même année que Bas les masques (qui n’était alors que le troisième film de son jeune réalisateur), Samuel Fuller payait lui aussi son tribut au journalisme avec le fulgurant Violences à Park Row (Park Row) ; 1952, année faste pour la liberté de la presse au cinéma ! Car, en plein maccarthysme, le film de Richard Brooks est avant tout une œuvre courageuse et passionnée en faveur de cette liberté d’expression ainsi que de l’intégrité du journaliste, en même temps qu’une caustique dénonciation de la corruption, du ‘journalisme populiste’ et du capitalisme galopant.

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L’intrigue de ce très bon Deadline USA se développe, au sein d’un scénario parfaitement bien charpenté, sur quatre niveaux imbriqués. Malgré tout (évacuons d'emblée dans ce paragraphe les plus gros griefs que je ferais au film), ces seulement 85 minutes nous aurons semblé un peu trop courtes, chacun de ces ‘points de vue’ n’ayant pas le temps d’être développés comme il l’aurait fallu pour rendre le film encore plus attachant et puissant ; d’où une légère insatisfaction dans le ressenti final, due à ce trop plein de pistes et d’aspects pas menés à bout. Bas les masques, c’est évidemment tout d’abord la peinture de ce monde foisonnant que représente le quotidien d’un grand journal américain ; Richard Brooks connaissait parfaitement bien son sujet pour avoir débuté sa carrière en tant que journaliste, mais ne dispose cependant pas d’assez de temps pour s’y plonger plus avant, nous rendre encore plus vivant ce diligent microcosme ; au vu de la superbe séquence des 'funérailles' du journal, nous ne pouvons que le regretter. C’est principalement le segment ‘enquête’ qui phagocyte un peu cet aspect documentaire qui s’avérait donc pourtant bien plus passionnant que les investigations que mènent les reporters en se substituant en quelque sorte à la police. Ayant parfaitement compris dès le départ de quoi il en retournait, persuadés de connaitre l’identité du criminel de ‘la jeune femme au vison’, les spectateurs que nous sommes en arrivent à la conclusion qu’il n’était peut-être pas nécessaire de s’appesantir autant sur cet aspect ‘policier’ alors que l’on aurait préféré voir plus longuement s’agiter les journalistes au sein de l’immeuble qui concentre leur bouillonnement, milieu bien moins souvent abordé que celui de la pègre ou des forces de l’ordre. Quoiqu’il en soit, cet aspect film noir nous permet quelques puissantes séquences comme l’interrogatoire du frère de la victime ou encore la réjouissante scène de la cadillac entre Bogart et Martin Gabel.

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En plus de cet côté documentaire et de cette incursion dans le film criminel, nous assistons également à une romance, la tentative par le rédacteur en chef de reconquérir son ex-femme. A priori inutile pour de nombreux commentateurs, c’est paradoxalement à ce niveau que Richard Brooks s’avère le plus subtil, le plus moderne. C’est également cet aspect du film qui rend le personnage interprété par Bogart encore plus humain, lors notamment d’une des plus belles séquences du film, celle le voyant arriver éméché chez Kim Hunter pour opérer à une 'N-ième' tentative de séduction alors que cette dernière, à priori habituée, tout en écoutant ses jérémiades et demandes à peine voilées, prépare un couchage sur le canapé sachant très bien qu’elle devra laisser à Ed le lit conjugal sur lequel il finira assez vite par s’écrouler. Le rédacteur en chef veut tellement récupérer celle qu’il estime toujours être sa femme qu’il va ébrécher pour elle son armure d’homme probe et sans reproches. En effet, immensément jaloux de son futur rival ("encore un patron !"), il va demander à son staff de monter un dossier sur l'amant de Nora en espérant trouver une faille pour pouvoir l’attaquer et ainsi le faire baisser dans l'estime de son ex-épouse au point de faire capoter la noce à venir. Apprendre après enquête qu’il s’agit lui aussi d’un homme parfaitement honnête, fera concevoir à Ed un peu de colère et pas mal de frustration ! Très bonne idée de la part de l’auteur à part entière qu’est Richard Brooks de montrer de telles failles à son héros, autrement pur et dur lorsqu’il s’agit de sa profession et d’un point de vue éthique. Avec le mésestimé Battle Circus l’année suivante, Richard Brooks prouvera à nouveau de la plus belle des manières qu’il était un auteur très sensible lorsqu’il s’agissait d’histoires d’amour et de descriptions psychologiques, peut-être même bien plus rigoureux que lorsqu’il s’emploiera à ruer dans les brancards.

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Malgré les quelques défauts et ambigüités de comportements qui ne rendent Ed qu’encore plus humain, c’est grâce à l'honnêteté, la déontologie, l'extrême résolution et la persévérance de son personnage principal que le film trouve son angle d’attaque le plus réputé, la défense de la liberté de la presse et d’opinions. Richard Brooks a très bien connu cette situation car il s’est basé pour écrire son film sur sa propre expérience, ayant vécu dans les mêmes conditions le rachat du journal pour lequel il travaillait. Ici, la vente s'effectue pour une raison purement financière, les héritières du fondateur ayant décidé de se débarrasser du journal pour toucher le gros lot. L’acheteur est le directeur d’un groupe de presse très puissant qui a dans l’idée non d’en faire un de ses quotidiens mais de le couler une fois entre ses mains, éliminant par la même occasion une partie de la concurrence. Pour Richard Brooks qui n’a pas arrêté de le marteler durant ses multiples interviews, la disparition d’un grand journal est dans le même temps une immense perte pour la démocratie ; les différents discours du personnage tenus par Humphrey Bogart dans le courant du film, que ce soit au tribunal ou devant ses employés, iront dans ce sens. Selon cet apôtre un peu naïf du journalisme éthique qu'est Richard Brooks, la toute puissance du quatrième pouvoir sera même capable de faire tomber un homme aussi influent que le gangter Rienzi : "That's the Press Baby, the Press... and there's Nothing you can do about it. Nothing" dira-il au mafieux à la toute dernière séquence alors que les rotatives se mettent en route pour la dernière fois, accomplissant une ultime action d’éclat avant d’être mises définitivement au placard. 'The Day' sera désormais devenu une voix bâillonnée au profit d’un quotidien qui n’aura pas autant de scrupules quant à la véracité des informations, quant aux répercussions que tel ou tel fait raconté, telle ou telle image imprimée pourront avoir sur l’entourage des personnes incriminées dans leurs colonnes ; une presse plus ‘putassière’ que Brooks s’active également ici à violemment critiquer.

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La démonstration de Richard Brooks est certes naïve et pas toujours finaude mais cependant d’une grande efficacité grâce entre autres, comme ce sera souvent le cas tout au long de sa carrière, à la sincère croyance de l'auteur dans le fait qu’une œuvre puisse arriver à faire évoluer les choses et les mentalités. Pour l’aider à convaincre les spectateurs, quelques excellents comédiens dont, à la place de Gregory Peck ou Richard Widmark souhaités au départ par Darryl F. Zanuck, un immense Humphrey Bogart dans un de ses rôles les plus marquants, Kim Hunter dans celui touchant de son ex-épouse, ou encore Ethel Barrymore également parfaite dans celui de la veuve du fondateur du quotidien, n’ayant pas la langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de critiquer ses harpagons de filles : "Stupidity isn't hereditary, you acquire it by yourself." Paul Stewart, Ed Begley et Martin Gabel viennent compléter ce beau casting. Une œuvre salutaire pour sensibiliser le public à l’indispensable intégrité et indépendance journalistique, aux dérives gouvernementales mettant en danger les libertés fondamentales de la démocratie ainsi que la libre concurrence par l’acceptation de la mise en place de monopole et ainsi du contrôle de l’information. La liberté d’opinion doit être défendue sans réserves : un discours qui parcourt le film de Brooks et qui est plus que jamais d’actualité.
Source : DVDclassik

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